Langues régionales : l'enseignement immersif en question

Le 21 mai 2021, le Conseil constitutionnel a partiellement censuré la loi sur la protection patrimoniale des langues régionales et leur promotion en particulier concernant l'enseignement immersif. C'est dans ce contexte qu'un rapport du 21 juillet 2021 propose différentes pistes pour sécuriser l'enseignement des langues régionales.

Panneau de signalisation bilingue français-basque.
Cours de langues régionales, enseignement bilingue à parité horaire... l'enseignement des langues régionales est le fruit de diverses méthodes. © Georges Blond - stock.adobe.com

Environ 121 000 élèves apprennent actuellement les langues régionales dont 11,5% (14 021 élèves) suivent un enseignement bilingue immersif.

Or, l’article 4 de la loi sur la protection patrimoniale des langues régionales a été censuré par le Conseil Constitutionnel car contraire à l'article 2 de la Constitution selon lequel "la langue de la République est le français". En effet, le texte de loi prévoyait d’accorder une place à l'enseignement immersif des langues régionales (enseignement effectué pendant une grande partie du temps scolaire dans une autre langue que le français).

Le 21 juillet 2021, les députés Christophe Euzet et Yannick Kerlogot ont donc remis au Premier ministre et au ministre de l’éducation nationale, de la jeunesse et des sports un rapport sur l’enseignement des langues régionales.

Ce rapport étudie les conséquences de la décision du Conseil constitutionnel portant sur la loi relative à la protection patrimoniale des langues régionales et à leur promotion.

L'enseignement immersif : les recommandations du rapport

Alors que l'apprentissage en immersion des langues régionales a été reconnu par le Parlement et défendu par une partie du gouvernement, la décision du Conseil "a fait naître une réelle inquiétude chez les acteurs institutionnels de l’enseignement immersif et au sein des populations qui y ont recours", notent les rapporteurs.

Ces derniers formulent des propositions tenant compte à la fois du cadre juridique et des modalités pratiques de l’offre pédagogique : 

  • proposer la création d'un conseil national de l’enseignement des langues régionales réunissant les acteurs des régions concernées et le ministère de l'éducation nationale ;
  • soutenir davantage les actions des réseaux associatifs en révisant "les contrats d’association et des conventions État-collectivités" ;
  • lever les ambiguïtés en insistant sur "le caractère nécessairement facultatif et donc volontaire de l’immersion", sur "l’objectif final de maîtrise des deux langues" (française et régionale) ou encore sur la clarification de la "langue de communication" à l'intérieur des établissements ;
  • envisager le nécessaire enseignement du et en français comme une globalité sur les trois cycles d’enseignement primaire.

La diversité des méthodes d'enseignement

Alsacien, basque, breton, catalan, corse, créole, gallo, gascon... Le rapport dresse un inventaire de l'enseignement des langues régionales en France métropolitaine et Outre-mer.

Concernant les réseaux associatifs immersifs, ces écoles comptent notamment :

  • 4 018 élèves au Pays basque avec le réseau Seaska ;
  • 4 009 élèves en Bretagne (Diwan) ;
  • 3 782 élèves en Occitanie (Calendreta).

Dans l'enseignement public, les élèves en immersif sont moins d'un millier (en langue basque, corse ou catalane).

Au delà de la pluralité de structures pédagogiques (établissements publics, privés sous contrats, hors contrats), le rapport fait état de la diversité des méthodes d'enseignement :

  • cours de langues régionales ;
  • enseignement bilingue à parité horaire ;
  • système à un enseignant pour les deux langues ou à deux enseignants pour deux langues.

Les disciplines sont dispensées en langue régionale (mathématiques, histoire, géographie…). Mais l’idiome local sert aussi pour les échanges au quotidien (pratique des langues à la cantine ou dans la cour de récréation).

Enfin, les rapporteurs évoquent la différence d'enjeu importante entre la France métropolitaine où les langues régionales sont peu pratiquées et l'Outre-mer où les échanges en langues régionales autochtones peuvent être quotidiens au sein des familles (créoles, tahitien, wallisien...).