La pauvreté gagne du terrain en France

14,8% de la population vivaient sous le seuil de pauvreté monétaire en 2018 en France métropolitaine. L’absence d’emploi et le sous-emploi restent les principaux facteurs de précarisation selon un rapport du Sénat du 15 septembre 2021. Face à ce constat, le rapport formule néanmoins des propositions pour lutter contre la paupérisation.

Des citoyens appauvris dans une file d'attente pour bénéficier d'aide alimentaire.
Le risque de basculer dans la pauvreté est accru par la précarisation du travail, la multiplication des familles monoparentales et aussi par la difficulté croissante d'accéder à un logement. © andrea - stock.adobe.com

Le taux de pauvreté monétaire mesure la part de la population vivant dans un ménage dont le niveau de vie est inférieur au seuil de pauvreté, fixé à 60% du revenu médian. Le taux de pauvreté en France, assez stable depuis dix ans, est 3,7 points au-dessous de la moyenne européenne. On constate cependant la paupérisation d’une partie de la société.

Un rapport sur l'évolution de la paupérisation d’une partie des Français paru en septembre 2021 analyse les causes de ce phénomène et avance des propositions pour tenter de l’enrayer.

De plus en plus de précarité

Cette paupérisation concerne les chômeurs, les ménages monoparentaux et les jeunes, plus exposés à la pauvreté.

Par ailleurs, les dépenses contraintes pèsent de plus en plus sur le budget des ménages modestes (la part des dépenses pré-engagées augmente depuis 2001, notamment celles liées au logement).

Dans le même temps, les sentiments de pauvreté et de déclassement progressent avec 19% des Français qui se percevaient comme pauvres en 2019 (contre 13% en 2017).

Enfin, la crise financière de 2008 a développé une dépendance au système de redistribution. Depuis, le nombre des bénéficiaires de minima sociaux (4,25 millions en 2019) a progressé de plus de 30%. Ainsi, le niveau de vie des plus défavorisés ne se maintient que grâce aux transferts sociaux.

De même, selon le rapport, le risque de basculer dans la pauvreté est accru par :

  • la précarisation du travail. Les contrats courts (moins de trois mois) et le travail indépendant (microentreprises) se développent. Le taux de chômage reste élevé depuis 35 ans (autour de 8%). Le sous-emploi (temps partiel subi, activité instable dans l’année) a concerné 5,4% des personnes en emploi en 2019, surtout des jeunes, des femmes et des individus peu ou non diplômés ;
  • la multiplication des familles monoparentales, dont le nombre a augmenté davantage que celui des emplois ;
  • la difficulté croissante d’accéder à un logement. Dans certaines zones, il est de plus en plus coûteux de se loger et de plus en plus difficile d’obtenir un logement social (seule une demande sur 9,5 est satisfaite en Île-de-France). Ces tensions accroissent le mal-logement. De plus en plus de ménages subissent la précarité énergétique (3,5 millions en 2019) : ils n’arrivent pas à se chauffer suffisamment l’hiver ou à payer leurs factures de chauffage.

Comment remédier à cette situation ?

Face à cette situation, le rapport préconise :

  • d’améliorer les outils de suivi de la pauvreté afin d’apporter rapidement des réponses adaptées ;
  • de simplifier les politiques de sortie de la précarité et de les axer sur le retour à l’emploi : cela nécessite de renforcer la formation professionnelle et les structures d’insertion, de décentraliser davantage les politiques d’insertion et d’emploi et de repenser le travail social ;
  • de relancer la construction, de doubler le chèque énergie (de 150 à 300 euros) et de faciliter la rénovation des logements considérés comme des "passoires thermiques" ;
  • d’unifier le système des prestations de solidarité, d'aider les familles monoparentales et les non-salariés précaires et de soutenir financièrement les associations d’aide alimentaire.