Formation à la citoyenneté : la Cour des comptes pointe des insuffisances

Dans la perspective d’une généralisation du Service national universel (SNU) pour les jeunes en 2024, la Cour des comptes formule plusieurs recommandations visant à renforcer l’éducation à la citoyenneté dans les écoles. La Cour insiste également pour mieux organiser les différents dispositifs d’engagement volontaire mis en place par l'État.

Fronton d'école publique avec drapeaux français.
La Cour des comptes préconise, entre autres, de renforcer la place de la formation à la citoyenneté dans tous les enseignements disciplinaires et de mieux former les professeurs. © JYF - stock.adobe.com

La Cour des comptes a réalisé une enquête portant sur la formation à la citoyenneté, à la demande du Comité d'évaluation et de contrôle des politiques publiques de l’Assemblée nationale (CEC). 

Selon le rapport en date d'octobre 2021, "la formation à la citoyenneté englobe toutes les actions publiques qui contribuent à donner aux jeunes des connaissances relatives à la citoyenneté, les incitent à adopter des comportements citoyens comme le civisme et l’engagement social, et leur offrent les cadres pour les exercer."

Une formation à la citoyenneté à conforter

Depuis 2015,  la formation à la citoyenneté repose sur un "parcours citoyen", de la maternelle à la terminale. Ce parcours comprend des enseignements pendant la scolarité pour permettre aux jeunes de mieux connaître les valeurs qui fondent la République (laïcité, égalité hommes-femmes, lutte contre les discriminations…). Deux enseignements spécifiques sont dispensés : l’enseignement moral et civique (EMC) et léducation aux médias et à l’information (EMI).

D’après le rapport, ce parcours citoyen s’insère mal dans l’organisation scolaire et passe après les exigences des autres programmes. Plusieurs freins sont évoqués :

  • faible poids de l’EMC dans les emplois du temps (une heure hebdomadaire à l’école élémentaire et une demi-heure au collège et au lycée) ;
  • absence d’horaires et de programme pour l’EMI ;
  • rareté des évaluations dans les matières : 54% des élèves de première générale ou technologique n’ont pas été notés en EMC en 2019-2020 ;
  • formation des professeurs insuffisante tant sur la citoyenneté que l’éducation aux médias…

Une offre "dispersée et mal articulée"

En dehors du système éducatif, la Cour des comptes a analysé l’engagement citoyen des jeunes dans les dispositifs de volontariat instaurés par l’État : service civique, service militaire adapté (SMA) pour les jeunes d’Outre-mer, volontariat international en entreprise (VIE)… La journée défense et citoyenneté (JDC) est le seul dispositif obligatoire dans l’attente du service national universel (SNU) annoncé par le Président de la République, Emmanuel Macron, en 2017.

La plupart de ces dispositifs sont apparus après la loi du 28 octobre 1997 pour remplacer le service militaire obligatoire. Selon le rapport, les pouvoirs publics ont multiplié les initiatives, conduisant à une offre "dispersée et mal articulée".

La part des jeunes entre 16 et 25 ans qui participent à ces dispositifs reste modeste (250 000 jeunes alors que chaque tranche d'âge compte plus de 800 000 jeunes). Seul le service civique a une ampleur nationale (140 000 jeunes.) Ces formes d’engagement ne semblent pas répondre à leurs aspirations. Le service civique n’offre, par exemple, que 10% de missions dans le domaine de l’environnement qui est pourtant largement plébiscité par les jeunes.

Enfin, le pilotage de la formation à la citoyenneté est actuellement dispersé entre divers services et structures. Selon la Cour des comptes, l’État doit donner un cadre à cet ensemble disparate pour apporter de la cohérence et construire une véritable politique de formation à la citoyenneté.