Inégalités de revenus d'une génération à l'autre : quelle ascension sociale ?

L'Insee a mesuré pour la première fois en France la mobilité intergénérationnelle des personnes par les revenus. Cet indicateur souligne notamment que les inégalités se reproduisent en partie d'une génération à l'autre.

Portrait de famille avec deux enfants.
Les inégalités se reproduisent en partie d'une génération à l'autre par une persistance des niveaux de revenus. © Halfpoint - stock.adobe.com

Les enfants de familles aisées ont trois fois plus de chances d'être parmi les 20% les plus aisés que ceux issus de familles modestes. En revanche, être une femme, avoir vécu dans une famille monoparentale, avoir des parents ouvriers ou employés ou encore résider dans les Hauts-de-France à sa majorité sont des facteurs qui limitent les chances de s'élever dans l'échelle des revenus.

Dans une analyse publiée le 18 mai 2022 sur la mesure des inégalités de revenus d'une génération à l'autre, l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) étudie la mobilité intergénérationnelle des revenus en France entre les parents et leurs enfants à l'âge de 28 ans environ.

Quelles inégalités d'une génération à l'autre ?

L'Insee note que, dans l'échelle des revenus, mieux les parents sont classés, mieux leurs enfants le sont dans leur génération. Les inégalités se reproduisent en partie d'une génération à l'autre par une persistance des niveaux de revenus.

Les revenus des parents influent donc sur ceux de leurs enfants mais ne les déterminent pas nécessairement. Parmi les enfants de 28 ans, 72% accèdent à des niveaux de revenus différents de ceux de leurs parents.

Dans la catégorie des enfants issus de parents très modestes, 31% ne progressent pas en termes de revenus ("plancher collant"). Parmi cette catégorie, seulement 12% d'entre eux s'élèvent vers le niveau de revenus le plus haut (mobilité très ascendante).

De la même façon, 34% des enfants issus de parents les plus aisés se maintiennent dans les niveaux de revenus les plus élevés ("plafond collant") alors que 15% passent dans la catégorie de revenus la moins élevée (mobilité très descendante).

Toutefois, il existe aussi des différences entre les femmes et les hommes. Les hommes ont une probabilité plus élevée que les femmes d'effectuer une mobilité ascendante et plus faible de rester en bas de la distribution des revenus. Parmi les enfants de 26 à 29 ans issus de la plus basse catégorie de revenus, 15% des fils passent dans la plus haute catégorie des revenus (contre 8% des filles) tandis que 27% des fils restent dans la catégorie de revenus des parents (contre 34% des filles).

Quant aux enfants d'immigrés, ils ont une probabilité plus forte de mieux se situer en terme de revenus que leurs parents (mobilité ascendante pour 15% d'entre eux contre 10% pour les autres). Cela s'explique en partie par leur localisation géographique (grandes villes, territoires dynamiques) et une meilleure maîtrise de la langue française que leurs parents. Mais, dans le même temps, ils ont une probabilité plus forte de rester dans la même catégorie sociale que leurs parents.

Une approche inédite en France

Cette approche de comparaison de revenus entre générations est nouvelle en France. Cela est dû à l'absence de sources statistiques permettant de lier directement les revenus des parents à ceux de leurs enfants jusqu'à une période récente (contrairement aux pays scandinaves où ce rapprochement est possible depuis plus longtemps).

L'enrichissement récent de l'échantillon démographique permanent par les données fiscales permet aussi de comparer directement pour la première fois le revenu individuel d'un jeune adulte à celui de ses parents au moment où il vivait encore dans le foyer fiscal.