Feux de forêt : propositions face à l'intensification du risque incendie

Un rapport du Sénat propose de revoir la stratégie actuelle de lutte contre les feux de forêt pour l'adapter au développement des feux hors normes. La stratégie envisagée porte sur deux axes majeurs : l'aménagement du territoire en amont et un renforcement des capacités d’intervention en situation d'incendie et pour le reboisement en aval.

Photo prise le 18 juillet 2022 montrant l'incendie derrière la dune du Pilat à La Teste-de-Buch, en Gironde.
Les rapporteurs proposent notamment de mieux faire respecter les obligations légales de débroussaillement (OLD) à proximité des zones d’habitation, au besoin en rendant obligatoire une franchise dans les contrats d’assurance. © Thibaud Moritz/AFP

Sur les 40 dernières années, trois des plus grands incendies (plus de 5 000 hectares en feu) se sont produits en 2021 et 2022. Les experts projettent pour 2050 une augmentation des surfaces brûlées ce qui mettrait fin à la tendance observée, depuis les années 1980, d'une réduction significative de ces surfaces.

La stratégie d'attaque massive sur feux naissants a fait ses preuves depuis les années 1980 mais elle n’est plus adaptée au développement actuel des feux hors normes. C’est le constat réalisé par la mission du Sénat relative à la prévention et à la lutte contre l’intensification et l’extension du risque incendie dans son rapport remis le 3 août 2022.

Un risque incendie qui s'intensifie

Le rapport met en évidence une intensification et une extension du risque incendie liées au changement climatique et à l'augmentation de la biomasse des forêts. Les projections font apparaître :

  • des feux plus nombreux et plus étendus dans les zones déjà exposées (en zone méditerranéenne, les surfaces brûlées pourraient augmenter de 80% d'ici 2050) ;
  • une extension des zones à risque ;
  • un allongement des périodes de risque fort d'incendie, aujourd'hui concentrées sur les deux mois d'été, qui pourraient s'étendre de juin à octobre.

Le changement climatique accroit le risque incendie par l'augmentation des températures qui contribue à une sécheresse croissante de la biomasse. La dégradation de l'état sanitaire des forêts et l'impact d'une sylviculture trop intensive renforcent le risque incendie.

L'intensification des feux fait craindre des destructions de plus en plus importantes et la répétition d'incendies extrêmes ("mégafeux").

En amont, nécessité d'une meilleure prévention

Pour prévenir les incendies, il faut, selon le rapport, mobiliser l'ensemble des politiques publiques et définir une stratégie nationale et interministérielle de défense des forêts et des surfaces non boisées contre les incendies.

Le rapport propose aussi notamment de :

  • mieux prendre en considération la "valeur du sauvé" pour mieux calibrer les moyens de prévention et de lutte contre l'incendie. Par exemple, la valeur moyenne sauvée par l'intervention des pompiers par incendie de forêt dans les Bouches-du-Rhône est évaluée à 7,3 millions d'euros ;
  • de revenir sur les suppressions de postes envisagées à l’Office national des forêts (ONF) et de redéployer plus de personnels sur la défense des forêts contre l’incendie ;
  • décliner des plans de protection des forêts par territoires, y compris dans des zones moins exposées au risque ;
  • mieux réguler l’interface entre les forêts et les zones urbaines. Il s’agit notamment de mieux faire respecter les obligations légales de débroussaillement (OLD) à proximité des zones d’habitation, au besoin en rendant obligatoire une franchise dans les contrats d’assurance habitation, activée en cas de non-respect des OLD ; 
  • renforcer les obligations des forestiers privés (la forêt privée représente les trois quarts de la forêt française et elle est souvent insuffisamment gérée) ;
  • mobiliser le monde agricole, les discontinuités de végétation créées par l'activité agricole constituant des pares-feux naturels ;
  • sensibiliser les usagers aux risques d’incendie qui sont à 90% d’origine humaine, par le biais de campagnes de prévention et par la présence d’équipes sur le terrain.

En aval, davantage de moyens de lutte contre le feu

Constatant les carences en équipement de lutte contre le feu face à l’intensité et à la fréquence des incendies, le rapport préconise d’augmenter significativement les dotations à destination :

  • des services départementaux d’incendie et de secours (SDIS) ;
  • des moyens en équipement de la protection civile (notamment pour l’acquisition de moyens aériens).

Dans l’étape de reboisement qui succède aux sinistres, l’État devrait conditionner son aide financière à une prise en compte des risques incendie (choix des essences, gestion des espaces pare-feux…). Le besoin de financement public pour le reboisement de la forêt privée autour de Landiras et la Teste-de-Buch en Gironde est estimé à au moins 50 millions d'euros.