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© Sameer Al-DOUMY / AFP

Immigration : fin de l'accord franco-britannique "one in, one out"

Temps de lecture  5 minutes

Par : La Rédaction

Le 1er octobre 2026, l'accord franco-britannique sur le retour des migrants a pris fin. Cet accord avait instauré une expérimentation de la règle dite du "un pour un" ("one in, one out" en anglais) : pour un renvoi d'une personne étrangère vers la France, un accueil au Royaume-Uni.

Le 10 juillet 2025, un accord expérimental avait été conclu entre la France et le Royaume-Uni afin d'organiser le renvoi de migrants entre les deux pays.

Entré en vigueur le 6 août 2025, cet accord instaurait la règle dite du "un pour un" (en anglais : "one in, one out"). L'objectif poursuivi était de dissuader les personnes étrangères arrivées en France de traverser illégalement la Manche pour rejoindre le territoire britannique. L'expérimentation, prolongée en juin 2026, a pris fin le 1er octobre 2026, faute d'une nouvelle prolongation. 

Des traversées de la Manche de plus en plus nombreuses

Chaque année, des personnes étrangères traversent la Manche, de manière illégale, pour rejoindre le Royaume-Uni depuis la côté française près de Calais. Le nombre de traversées augmente d'année en année. En 2024, les tentatives de traversées vers le Royaume-Uni via la Manche ont augmenté de 9% (67 552 franchissements irréguliers de la frontière) par rapport à l'année précédente. L'année 2025 fait exception avec une baisse de 3% (65 861 franchissements irréguliers), selon le bilan annuel de Frontex. 

Les traversées sur de petites embarcations précaires ("small boats"), organisées par des réseaux de passeurs, comprennent de hauts risques. Depuis 2014, l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) a recensé 355 migrants disparus sur la route de la Manche vers le Royaume-Uni. L'année 2024 a connu un pic avec 85 décès et disparitions enregistrés sur cette route. 

Quel impact le Brexit a-t-il eu en matière d'immigration et d'asile ? 

La libre circulation des citoyens européens ne s'applique plus sur le territoire du Royaume-Uni depuis sa sortie de l'Union européenne (UE), entrée en vigueur le 31 janvier 2020 (Brexit). Le Royaume-Uni ne fait également plus partie du système d'asile organisé au niveau de l'UE, qui impose le dépôt d'une demande d'asile dans le premier pays de l'UE dans lequel le migrant arrive (règlement Dublin III de 2013). Les exceptions à ce principe, notamment celle permettant de demander un regroupement familial dans un autre État que celui d'arrivée, ne s'y appliquent plus. Le Royaume-Uni n'est pas non plus soumis au principe de solidarité entre États membres instauré par le Pacte européen sur la migration et l'asile, entré en vigueur en juin 2026. 

Le principe du "un pour un" : pour un renvoi vers la France, un accueil au Royaume-Uni

Un accord franco-britannique avait déjà été signé depuis le Brexit, le 14 novembre 2022, afin de lutter contre l'immigration illégale. Il prévoyait une augmentation des sommes versées par le Royaume-Uni à la France (plus de 72 millions d'euros pour 2022-2023) et, en contrepartie, l'augmentation des effectifs de forces de sécurité françaises sur les plages d'où partent les personnes étrangères souhaitant rejoindre le territoire britannique.

L'accord de juillet 2025, entré en vigueur le 6 août 2025, a instauré pour une période expérimentale la règle du "un pour un" : 

  • une personne arrivée illégalement au Royaume-Uni pouvait être immédiatement retenue puis renvoyée vers la France (sauf si elle remplissait les conditions requises pour bénéficier d'une protection internationale en tant que réfugié ou s'il s'agissait d'un mineur non accompagné). Les réadmissions en France n'entraînaient aucun droit au séjour, et le Royaume-Uni pouvait recouvrer les coûts de transport liés à la réadmission auprès des ressortissants étrangers renvoyés vers la France ;
  • le Royaume-Uni s'engageait en contrepartie à accueillir une personne étrangère qui se trouvait en France, sous plusieurs conditions, notamment celles de ne jamais avoir essayé de traverser illégalement la Manche et de justifier d'attaches familiales ou personnelles au Royaume-Uni. 

L'accord citait parmi les objectifs visés par les deux États ceux de "poursuivre et [...] renforcer leur coopération afin de lutter de manière plus efficace contre les migrations irrégulières, de prévenir la circulation non autorisée et d'empêcher les traversées périlleuses entre la France et le Royaume-Uni" (voir le décret français de publication de l'accord du 11 août 2025).

Les premiers renvois ont été organisés dès le mois de septembre 2025, des deux côtés de la Manche. 

Initialement prévue jusqu'au 11 juin 2026, l'expérimentation avait finalement été prolongée jusqu'au 1er octobre 2026. Les autorités françaises et britanniques ne se sont pas accordés sur une nouvelle prolongation au-delà de cette date.

Un accord dénoncé par la CNCDH

Dans une déclaration adoptée le 14 octobre 2025, la Commission nationale consultative des droits de l'Homme (CNCDH) dénonçait l'accord et ses conséquences. La CNCDH indiquait que les conditions d'entrée au Royaume-Uni manquaient de transparence, étaient discriminantes et portaient atteinte au droit d'asile.