Le 28 mai 2026, le Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL) a publié son rapport annuel pour l'année 2025. L'institution y fait état de la situation des établissements (prisons, centres éducatifs fermés, centres de rétention administrative...) visités au cours de l'année.
Le CGLPL relève à nouveau diverses atteintes aux droits fondamentaux des personnes privées de liberté. La plupart de ses recommandations sont les mêmes que les années précédentes, faute de leur prise en compte par l'administration. La surpopulation carcérale s'est encore accrue et demeure au centre des préoccupations du CGLPL avec, au 1er avril 2026, 88 145 détenus écroués en prison.
L'institution continue, comme chaque année, d'être saisie de courriers de signalements d'atteintes aux droits fondamentaux (2 942 en 2025 contre 2 503 en 2024).
138 lieux de privation de liberté visités
En 2025, le CGLPL a visité 138 lieux de privation de liberté, parmi lesquels :
- 45 locaux de garde à vue ;
- 25 établissements de santé mentale ;
- 23 établissements pénitentiaires ;
- 11 centres éducatifs fermés (CEF) ;
- 11 geôles au sein de tribunaux ;
- 8 hôpitaux recevant des personnes privées de liberté (chambres sécurisées) ;
- 8 unités hospitalières spécialement aménagées (UHSA) ;
- 4 centres de rétention administrative (CRA).
Un taux d'occupation qui continue d'augmenter en 2025
La surpopulation carcérale continue de croître en France. Elle constitue un facteur aggravant et structurel des atteintes aux droits et à la dignité en prison. Au 1er avril 2026, le CGLPL dénombre 88 145 détenus en établissement pénitentiaire (contre 82 921 en 2024). Plus de la moitié des détenus sont incarcérés dans une prison dont le taux d'occupation est supérieur à 150%. Le taux d'occupation moyen était de plus de 171% en 2025 en maison d'arrêt.
Conséquences de la saturation des prisons : une augmentation du nombre de matelas au sol (7 540 matelas au sol contre 4 752 en 2024), faute de lits suffisants, des cours de promenade trop exiguës pour accueillir l'ensemble des personnes incarcérées... Les conditions de détention demeurent indignes, avec des cellules vétustes, souvent infestées de rats, de punaises ou de cafards. Ces conditions de vie ont des conséquences directes sur la santé des détenus, comme le met en lumière un rapport parlementaire publié le 10 juillet 2025 : le taux de personnes présentant un trouble psychiatrique est trois fois plus important que dans le reste de la population. En sortie de prison, deux tiers des hommes et trois quarts des femmes présentent un trouble psychiatrique ou addictif.
Or, une proposition de loi, actuellement en cours d'examen au Parlement, envisage de rétablir les très courtes peines de prison ferme (moins d'un mois) et d'abroger la "quasi obligation" pour les juges d’aménager les peines de moins d'un an. Ces mesures permettraient d'incarcérer ou de maintenir détenues davantage de personnes, à l'encontre de l'objectif de diminution de la population carcérale.
Les atteintes aux droits dans les autres lieux de privation de liberté
En matière de psychiatrie, le rapport met en lumière les difficultés rencontrées par les hôpitaux pour recruter du personnel médical et paramédical. Le CGLPL relève également la persistance de pratiques illégales telles que l'isolement non justifié ou les mesures de contention. La moyenne nationale de l’isolement est proche de 37% des patients en soins sans consentement. La psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent apparaît systématiquement comme le maillon le plus fragilisé du dispositif hospitalier visité.
Concernant la rétention administrative des étrangers, le CGLPL réitère son constat de 2025 : la vie quotidienne des personnes retenues se déroule dans des locaux souvent inadaptés, insalubres et qui ne respectent en rien leur intimité, créant un sentiment d'humiliation. La loi du 11 août 2025 visant à faciliter le maintien en rétention des personnes condamnées n'a finalement pas rallongé la durée maximale de la rétention des étrangers mais une nouvelle proposition de loi vise à allonger à sept mois maximum, la rétention administrative des étrangers jugés dangereux.
Au sein des centres éducatifs fermés, le cadre de vie proposé aux enfants est également très variable. Trois des centres visités offrent un cadre soigné ou apaisant, trois autres connaissent des dégradations marquées et des problèmes d'entretien. L'éducation des jeunes, objectif premier de leur placement dans ce type de structure, reste très en deçà de leurs besoins, le volume horaire scolaire étant souvent insuffisant. Le 27 novembre 2025, le ministre de la justice a annoncé la disparition des centres éducatifs fermés qui seront progressivement requalifiés en "unités judiciaires à priorité éducative (UJPE).
Les atteintes aux droits persistent également dans les locaux de garde à vue, surtout ceux des commissariats de police et des tribunaux. L'intérieur des cellules est souvent vétuste, dépourvu de chauffage ou de point d'eau. Les brigades de gendarmerie présentent un meilleur état général.