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© PASCAL GUYOT / AFP

Création d'une police pénitentiaire : que préconise l'Inspection générale de la justice ?

Temps de lecture  3 minutes

Par : La Rédaction

L'Inspection générale de la justice (IGJ) a publié un rapport sur les conditions de création d'une police pénitentiaire. Constatant un état des lieux préoccupant de l'administration pénitentiaire face à une dangerosité croissante des missions, l'IGJ souligne les risques "d'une réforme précipitée et dépourvue des moyens nécessaires".

Dans un contexte de réformes de l'administration pénitentiaire, le ministre de la justice a demandé à l'Inspection générale de la justice (IGJ) de définir les conditions de création d'une police pénitentiaire dont la création avait été annoncée dans un discours prononcé  le 23 janvier 2025 par le ministre de la justice. Prévue pour 2026, cette police aurait pour missions la sécurité, le contrôle et la surveillance ainsi que l'accompagnement des agents des services d’insertion et de probation lors de leurs interventions dans les quartiers les plus difficiles. 

Le rapport de l'IGJ publié le 7 janvier 2026 est favorable à la création d'une police pénitentiaire, qui permettrait la cohérence des interventions, une meilleure protection des agents et une reconnaissance statutaire. Toutefois, l'Inspection souligne que mettre en place cette nouvelle force suppose "un investissement très conséquent en ressources humaines et en équipements" alors que l'administration pénitentiaire souffre déjà d'un manque de moyens et d'une montée de la violence.

Un état des lieux inquiétant

Missions de plus en plus complexes, effectifs insuffisants, dangerosité croissante... les agents de l'administration pénitentiaire sont confrontés à des changements profonds et à de nouveaux risques. Ils ne sont plus uniquement chargés de la gestion des personnes détenues mais aussi des opérations extérieures (sorties sous escorte, par exemple).

Le "millefeuille" d'unités spécialisées mises en place ces vingt dernières années pour répondre aux missions extérieures (équipes régionales d'intervention et de sécurité, unités hospitalières, extractions judiciaires, notamment) "nuit à la lisibilité de l'action pénitentiaire, affaiblit son efficacité et tend à épuiser un personnel déjà confronté à une pénurie chronique d'effectifs" constate le rapport. 

Plus de 200 000 missions extérieures ont eu lieu en 2024. Sur 172 000 extractions judiciaires demandées, 130 000 ont été réalisées. Par ailleurs, ces opérations sont effectuées par des agents de surveillance, ni formés ni équipés pour faire face aux risques et à une forte dangerosité. Pour l'Inspection, le "déséquilibre entre la nature des missions et les moyens déployés constitue le cœur du diagnostic".

Quelles sont les conditions nécessaires pour une réforme applicable ?

L'IGJ formule des recommandations à la fois techniques et juridiques sur la nature de la police pénitentiaire, notamment : 

  • définir les compétences, la formation et l'encadrement des agents ;
  • instaurer une identité professionnelle claire et une "articulation fine" avec les autres missions de l'administration pénitentiaire (probation, prévention de la récidive, réinsertion) ;
  • multiplier les brigades d'appui motocycliste et les unités cynotechniques (utilisation de chiens lors des missions) ;
  • évaluer la soutenabilité budgétaire (formation équipements, logistique, masse salariale).

La mission recommande également une gouvernance "exemplaire" du projet (concertation élargie, rigueur, expérimentation, évaluation, adaptation) pour éviter une "réforme précipitée et dépourvue des moyens nécessaires".