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Finances publiques 2025 : une réduction insuffisante du déficit pour stabiliser la dette

Temps de lecture  7 minutes

Par : La Rédaction

Comme chaque année, la Cour des comptes publie un rapport sur la situation et les perspectives des finances publiques françaises. Et 2025 est une année charnière, puisque si la nette réduction du déficit est à souligner, elle reste insuffisante pour enrayer une progression de la dette vers un niveau record.

Selon le rapport de la Cour des comptes publié le 25 juin 2026, 2025 était une année déterminante pour enrayer la dégradation des comptes publics. Entre 2022 et 2024, le déficit public était passé de 4,7 points à 5,8 points de produit intérieur brut (PIB).

L'exercice 2025 s'achève sur un déficit de 5,1 points de PIB, soit 152,5 milliards d'euros (Md€), en deçà des prévisions gouvernementales (5,4 points).

Mais cette réduction nette du déficit ne modifie pas le diagnostic dressé par la Cour en février 2026. Cette baisse est imputable essentiellement à des hausses d'impôts de 23 milliards d'euros (Md€), tandis que les dépenses ont augmenté à un rythme légèrement supérieur à celui de la richesse nationale.

Le niveau de déficit enregistré en 2025 reste très supérieur à celui qui permettrait de stabiliser le ratio de dette publique, qui a atteint un niveau record. Sur l'ensemble des administrations publiques, la charge de la dette atteint 65,7 Md€, soit 2,2 points de PIB. Cela représente une augmentation de + 9% par rapport à 2024.

Une nette réduction du déficit

Le rapport relève une très forte croissance des prélèvements obligatoires de 51 Md€ (pour un total de 1 305,1 Md€), qui est tirée par 23 Md€ de hausses d'impôts. Ce retournement engagé en 2024 fait suite à une longue séquence de baisse des prélèvements obligatoires (2015-2023).

Si 40% de ces hausses ont concerné les grandes entreprises (9 Md€), les ménages et les consommateurs d'électricité en ont supporté plus du quart (5,1 Md€, dont 3,7 Md€ dus au retour de l'accise sur l'électricité à un taux de droit commun).

Le taux de prélèvements obligatoires a augmenté de 0,9 point en un an pour atteindre 43,6 points de PIB, soit le ratio le plus élevé de la zone euro.

La dépense publique en 2025 s'est établie à 1 694 Md€, soit une hausse de 1,4% en volume. Cette augmentation étant supérieure à celle du PIB, le ratio de dépenses publiques a augmenté pour la seconde année consécutive pour s'établir à 56,6 points de PIB.

Les dynamiques d'augmentation de la dépense publique en 2025 sont différentes de celles de 2024. Les dépenses sociales, si elles augmentent toujours, ralentissent par rapport à 2024 du fait notamment :

  • d’une revalorisation des prestations indexée sur une inflation 2024 plus basse que l’inflation 2023 ;
  • de mesures d'économies additionnelles ayant permis de respecter l'objectif national des dépenses d'assurance maladie (Ondam) ;
  • d'une diminution en volume des prestations chômage, sous l'effet des réformes récentes de l'assurance chômage. Le surcoût de la détérioration du marché du travail a ainsi pu être absorbé.

Les dépenses des administrations locales ont augmenté de + 0,6%, soit un ralentissement marqué. L'évolution des dépenses de l'État et les efforts à réaliser illustrent la contrainte que représente la charge de la dette. Les dépenses pilotables, qui excluent la charge de la dette, se sont élevées à 488,2 Md€, légèrement au-dessus des prévisions de la loi de finances initiale (LFI) et en faible augmentation par rapport à 2024.

La réduction du déficit public repose en 2025 majoritairement sur l'État, avec une amélioration du solde budgétaire de 23 Md€, soit un total de 128,1 Md€.

Les administrations sociales voient leur solde se dégrader de 7,9 Md€, avec un déficit à hauteur de 6,7 Md€. La Cour souligne que la situation ne devrait pas s'améliorer en 2026 mais que la persistance de déficits massifs de la sécurité sociale est difficilement justifiable en l'absence de choc exceptionnel impactant l'économie.

Une nouvelle augmentation de la charge de la dette et du ratio de dette publique

Fin 2025, la dette publique représente 3 460,5 Md€, soit 115,7 points de PIB. Ce niveau inédit dépasse le record de 2020, lors de la crise sanitaire liée à la pandémie de Covid-19.

Il aurait fallu contenir le déficit à 62,9 Md€ afin de stabiliser ce ratio à son niveau de 2024. Pour enrayer cette dégradation, un effort de réduction du déficit de 89,6 Md€, soit 3 points de PIB, est encore nécessaire.

La charge de la dette connaît une augmentation de plus de 9% par rapport à 2024 sur l'ensemble des administrations publiques, pour s'établir à 65,7 Md€, soit 2,2 points de PIB.

Cette augmentation est due à l'émission de nouveaux titres à des taux nettement supérieurs à ceux des titres arrivés à échéance. Le taux moyen à l'émission des obligations assimilables du Trésor était :

  • nul en moyenne en 2021 ;
  • de 1,70% en 2022 ;
  • de 3,35% en 2025.

La Cour souligne que la France est le troisième pays de la zone euro le plus endetté, derrière la Grèce (146,1 points de PIB) et l'Italie (137,1 points de PIB), tout en étant le seul, parmi les pays endettés à ne pas avoir fait refluer son ratio de dette publique depuis la fin de la crise sanitaire.

 

Des objectifs 2026 fragilisés

La réduction plus importante que prévu du déficit public en 2025 est atténuée par la dégradation de la conjoncture et par les menaces liées au conflit au Moyen-Orient, dont pâtissent l'activité économique et les finances publiques, avec notamment une poussée inflationniste énergétique.

La prévision du montant attendu de 14,7 Md€ des nouvelles hausses d'impôts pour 2026 reste incertain, compte tenu notamment d'une croissance plus faible que prévu en début d'année et d'une inflation plus élevée.

Dans la loi de finances pour 2026, la dépense publique est prévue à hauteur de 1 735 Md€ (contre 1 724,9 Md€ dans la version initiale du texte) et reste inchangée. Selon le gouvernement, la détérioration de l'environnement économique pourrait générer un surplus de 3,6 Md€ de dépenses d'intérêts et des dépenses de soutien (qui dépassent déjà 1 Md€). Cela serait éventuellement compensé par :

  • la reprise en base des moindres dépenses locales constatées en 2025 (-2 Md€) ;
  • des économies sur les dépenses de l'État (-4 Md€) ;
  • des économies sur les dépenses sociales (-2 Md€), qui restent à documenter.

L'évolution de la dépense primaire semble relativement contenue en volume (+0,5%). Cet effort serait toutefois insuffisant, puisque la charge de la dette devrait représenter 77,4 Md€ en 2026, soit 2,5 points de PIB. La dette publique devrait dépasser 3 620 Md€ en 2026, soit 118,5 points, c'est-à-dire une hausse de près de 3 points.

Enfin, la Cour déplore que le gouvernement n'ait pas communiqué de nouvelle trajectoire de finances publiques, malgré la révision à la baisse des prévisions de croissance pour la période 2026-2029. Dans le même temps, le gouvernement rappelle son engagement de revenir sous 3% de déficit en 2029 en vertu de la procédure de déficit excessif ouverte contre la France en application des règles européennes.