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Taux de la dette française : des niveaux inédits depuis près de 25 ans

Temps de lecture  6 minutes

Par : La Rédaction

Les taux d'emprunt de la France atteignent des niveaux qui n'avaient pas été aussi hauts depuis 2002. Le 22 octobre 2026, le taux de l'échéance à 10 ans a franchi les 5%. En début d'année, il était encore autour de 3,5%. Cette hausse, qui alourdit le coût de la dette, a des origines multiples. Elle concerne également d'autres pays.

Le taux d’intérêt auquel un pays emprunte de l'argent sur les marchés financiers en émettant des obligations, comme l’obligation assimilable au Trésor (OAT) en France ou les Bunds en Allemagne, est appelé taux souverain. Son niveau est influencé par les taux directeurs des banques centrales. Il s'en distingue cependant, car, comme pour tout emprunteur, le taux souverain intègre une prime de risque qui dépend de la confiance des investisseurs et de leur perception du risque de non-remboursement de la dette publique. 

Quels sont les taux pour la France ?

Il y a une large gamme de taux souverains :

  • pour les maturités jusqu’à un an, la France s’endette via des Bons du Trésor (BTF) ;
  • pour les durées supérieures, elle émet des OAT, allant de 2 à 50 ans. 

C’est l’Agence France Trésor, un service à compétence nationale, qui est chargée de la gestion de la trésorerie et de la dette de la France. Elle émet et contracte notamment les différents instruments financiers sur les marchés pour satisfaire aux besoins de financement de l’État.


Parmi tous ces taux, le rendement de référence est celui des obligations à échéance de 10 ans de la France (le TEC 10). Le 17 août 2026, il a franchi la barre symbolique de 4%. Depuis, il poursuit sa hausse : le 22 octobre 2026, il a atteint 5,13% selon l'Agence France Trésor soit une hausse de plus de 160 points de base depuis le début de l'année 2026.

L'actuel mouvement de hausse s'inscrit dans une tendance plus large. Encore à quasi 0% à la fin de 2021, les taux de la dette souveraine ont fortement augmenté en 2022 et en 2023 et poursuivent leur hausse depuis. Une des causes est la remontée des taux directeurs de la Banque centrale européenne (BCE) et d’autres banques centrales, décidée pour lutter contre l'inflation provoquée par la guerre en Ukraine et la crise énergétique qui en a résulté. En juin 2026, la BCE a mis fin à trois ans de statu quo sur ses taux et a relevé ses taux directeurs de 25 points de base.
 


La hausse des taux souverains depuis l'été 2026 reflète en partie le resserrement monétaire (hausse des taux directeurs) par les banques centrales. Le 10 septembre 2026, la BCE a fait un pas de plus en relevant ses taux directeurs à nouveau de 25 points de base. La hausse de l'inflation en zone euro à 3,3% en août 2026 et le maintien des cours du pétrole, toujours très influents sur l’évolution des prix à la consommation, à des niveaux au-dessus de 80 dollars le baril ont notamment motivé cette décision. Le 16 septembre 2026, la Banque centrale des États-Unis, la FED, a suivi la BCE et a également relevé ses taux de 25 points de base. 

Une charge de la dette de plus en plus élevée

La dette souveraine est sous tension partout dans le monde, car les besoins d’emprunt des États augmentent avec les dépenses nouvelles (réarmement, transition écologique, souveraineté énergétique…) et la charge croissante de la dette. En conséquence, la concurrence autour des placements de la dette souveraine s’accentue. Cette concurrence pousse à offrir davantage de rendement pour attirer les investisseurs. La situation est mondiale, elle concerne l'Europe tout comme les États-Unis et le Japon. En Europe, la France est particulièrement touchée par ce mouvement.

La charge de la dette au sens propre concerne les intérêts que la France doit verser aux détenteurs des titres de sa dette. Selon le rapport des plafonds de dépenses du projet de loi de finances pour 2027, cette charge pourrait atteindre 64,8 milliards d'euros en 2026 (contre 31 milliards en 2019). À ce niveau, elle devance la mission régalienne qui bénéficie du plus grand budget, la mission "Enseignement scolaire" (plafonds de crédits à 64,5 milliards d'euros, hors contribution au compte des pensions), tout comme les crédits consacrés à la défense (57 milliards d'euros, hors contribution au compte des pensions). La charge de la dette est donc désormais le premier poste budgétaire de l’État.

La charge de l'ensemble des administrations publiques (État, administrations publiques locales, administrations de sécurité sociale, organismes divers d'administration centrale) est plus élevée. Dans son rapport sur la situation et les perspectives des finances publiques de juin 2026, la Cour des comptes l'évalue à 77 milliards d’euros pour 2026, contre 56,7 milliards en 2025. Depuis 2020, la charge de la dette a été multipliée par plus de deux. Dans son rapport, la Cour des Comptes note qu’une hausse de 50 points de base "des taux d’intérêts des obligations d’État entraînerait un surcoût pour l’État de 1,5 milliard d'euros la première année, 5,6 milliards la troisième année, 9,2 milliards la cinquième année et 16 milliards la dixième année".