Début 2026, les marchés financiers se préparaient à une nouvelle baisse des taux dans la zone euro. Mais le 11 juin 2026, le scénario s'est inversé : la Banque centrale européenne (BCE) a décidé de remonter, à partir du 17 juin 2026, son taux de dépôt de 2 à 2,25%, le taux de refinancement principal, lui, passe de 2,15 à 2,4%. La BCE avait préparé les marchés à cette hausse depuis sa dernière réunion en mai dernier.
L'inflation en zone euro au plus haut depuis septembre 2023
Le 2 juin 2026, une publication d'Eurostat a montré que l'inflation en zone euro est remontée à 3,2% (taux sur un an) en mai 2026, près du double par rapport à janvier 2026. C'est son plus haut niveau depuis septembre 2023.
La principale cause de cette hausse est l'évolution du prix de l'énergie depuis la fermeture du détroit d'Ormuz. Le prix de l'énergie est en hausse de 10,9% sur un an. Mais l'inflation commence à toucher l'ensemble de l‘économie : l'inflation sous-jacente, celle sans les variations de l'énergie et des produits alimentaires, est montée en mai dernier à 2,5%, un taux supérieur au taux cible de la BCE établi à 2%.
Pourquoi la BCE agit-elle maintenant ?
Si la BCE est la première des grandes banques centrales à relever ses taux depuis le conflit en Iran, elle le fait surtout pour éviter que les anticipations d'inflation n'accélèrent et créent une sorte de prévision auto-réalisatrice. Ainsi, elle espère rester crédible dans la poursuite de son principal objectif, la lutte contre l'inflation.
Il y a quatre ans, la BCE était également confrontée à une tension inflationniste en lien avec une crise énergétique. Mais en 2022, l'économie était surtout portée par un boom post-crise sanitaire, les taux d'intérêt étaient restés longtemps négatifs (à -0,50%) et quand la BCE a agi en juillet 2022, l'inflation était déjà à plus de 8%.
Cette hausse fait-elle peser un risque sur l'économie de la zone euro ?
L'économie de la zone euro montre des signes de faiblesse et la BCE a revu à la baisse ses prévisions de croissance. Le 5 juin 2026, Eurostat a fait état d'une contraction du PIB de la zone euro de -0,2%. Cette baisse est essentiellement due à un fort recul du PIB en Irlande, une économie très dépendante de l'activité des grandes entreprises étrangères installées sur son sol. Si on élimine cet effet, le PIB de la zone a augmenté de 0,2%.
Dans l'ensemble, l'économie européenne reste robuste compte tenu du contexte international : hausse des droits de douane étatsuniens, problèmes d'approvisionnement liés à la fermeture du détroit d'Ormuz…
La hausse de 25 points de base décidée par la BCE ne devrait pas changer la donne pour les entreprises et les ménages : les taux de prêt et ceux de l'immobilier ont déjà augmenté ces derniers mois.