Interview de Mme Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d'État auprès du ministre de l'économie et des finances, à Europe 1 le 31 octobre 2019, sur l'alliance entre PSA et Fiat et la croissance économique en France.

Interview de Mme Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d'État auprès du ministre de l'économie et des finances, à Europe 1 le 31 octobre 2019, sur l'alliance entre PSA et Fiat et la croissance économique en France. Agnès Pannier-Runacher 31/10/2019 Industrie automobile

SONIA MABROUK
Bonjour Agnès PANNIER-RUNACHER.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Bonjour Sonia MABROUK.

SONIA MABROUK
Votre parole, forcément, est très attendue ce matin, puisqu'on parle de la création d'un futur géant automobile, via une alliance entre PSA et FIAT CHRYSLER, qui a été... la fusion en tous les cas a été actée tout à l'heure par communiqué. C'est une bonne nouvelle pour l'Etat ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ça peut être une très bonne nouvelle, parce que ça crée effectivement le quatrième acteur mondial, donc ça renforce la solidité du groupe PSA. Il rentre en négociations, tout n'est pas encore fait, il faut que cette négociation soit menée à bien, mais nous, ce que nous voyons, c'est que les constructeurs français aujourd'hui ont sorti leur épingle du jeu, à un moment où vous avez une transformation de l'industrie automobile qui est majeure, non seulement l'électrification, mais également la voiture autonome, et que pour mener ces combats, il faut être gros, pour pouvoir faire des gros investissements. Et donc, là ça met potentiellement à l'abri PSA dans la compétition mondiale, et en plus on a deux acteurs très complémentaires, puisque FIAT c'est aussi CHRYSLER, donc c'est les Etats-Unis.

SONIA MABROUK
Bon. Les conséquences et les opportunités, on va en parler ce matin, parler également de l'emploi, c'est très important, mais vous nous dites, je note quand même une pointe de prudence : attention, oui, c'est acté, mais maintenant démarrent les négociations, qu'on qualifie souvent d'exclusives, entre ces deux groupes.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Exactement, puisque nous, dans ces négociations, nous allons jouer notre rôle d'actionnaire. Ce qui est important pour nous, c'est l'empreinte industrielle en France, de PSA, c'est la gouvernance, c'est la valorisation patrimoniale de PSA, c'est le fait que PSA réaffirme sa participation au projet stratégique de batteries électriques au plan européen, et dernier point non négligeable, c'est aussi l'impact sur la chaîne des sous-traitants.

SONIA MABROUK
Alors, parlons justement de ces différents dossiers, parce qu'ils nous concernent aussi au premier chef. L'Etat français, vous l'avez rappelé, actionnaire à 12% de PSA, déjà en matière Agnès PANNIER-RUNACHER, de garantie de l'emploi, de préservation de l'emploi, le communiqué à l'instant de PSA et de FIAT CHRYSLER annonce que ce sera sans fermeture d'usines. Qu'est-ce qui le garantit aujourd'hui ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Aujourd'hui c'est leur plan produits qui permet d'affirmer cela, c'est à dire qu'ils ont une visibilité sur la construction de leurs futurs modèles, et ils savent…

SONIA MABROUK
Mais les patrons varient, parfois, malheureusement.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Mais, au cas d'espèce, la bonne nouvelle c'est que c'est Carlos TAVARES qui va prendre la tête des deux groupes, donc c'est lui qui porte le plan produits de PSA et c'est lui qui va porter l'ensemble des deux groupes de manière opérationnelle. Donc on peut penser qu'il y a, je dirais, de la vision dans son approche. Je veux aussi dire que Carlos TAVARES a fait un travail remarquable de remise à niveau de PSA ces dernières années, donc on peut…

SONIA MABROUK
Qui était un groupe moribond quasiment.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Qui était un groupe en grande difficulté, donc on peut se nourrir de son bilan pour prendre position.

SONIA MABROUK
Mais vous restez vigilants, c'est-à-dire que le communiqué de ces deux groupes affirme qu'il n'y aura pas de fermeture d'usine, l'Etat que vous représentez, vous dites : nous on fait attention.

AGNES PANNIER-RUNACHER
On fait attention.

SONIA MABROUK
Vous ne prenez à votre compte cette parole ce matin de non-fermeture d'usine.

AGNES PANNIER-RUNACHER
C'est surtout qu'on regarde aussi l'impact sur l'emploi. On peut ne pas fermer d'usines, mais on peut avoir besoin de réajuster la taille des usines, ça c'est un premier point. Et le deuxième point, c'est la question de la sous-traitance en France, parce que c'est une question majeure, une question qui n'est pas uniquement liée à PSA, les transformations dans lesquelles nous sommes, la diminution par exemple de la production de diesel, va de toute façon secouer la sous-traitance automobile et on y travaille, mais on a besoin d'avoir à bord des acteurs qui nous accompagnent et qui permettent à la sous-traitance de passer ces moments difficiles.

SONIA MABROUK
Alors, on dit que ça sera un mariage entre égaux. Est-ce que c'est vraiment possible ? Est-ce que, concrètement par exemple, pour les sièges, un Conseil d'administration, est-ce qu'il y en aura autant pour PSA que pour l'Italo-américain en FIAT CHRYSLER ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je crois que ce qui est important c'est la dynamique de la gouvernance. Dans ce type d'entreprise, vous avez aussi beaucoup indépendants, donc la répartition ne se fera pas entre les administrateurs qui auront un maillot CHRYSLER dans le dos et les administrateurs qui auront un maillot PSA.

SONIA MABROUK
Mais vous savez que c'est important, parce que vous le négociez, je sais que l'Etat est…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Exactement.

SONIA MABROUK
Donc, on dit que c'est un siège de plus pour PSA. Si j'insiste là-dessus, c'est que quand même on aurait davantage notre mot à dire dans cette fusion. Vous confirmez ce siège de plus pour le groupe ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Moi j'attends que la négociation débouche, j'attends aussi, parce que…

SONIA MABROUK
Mais vous souhaitez ce siège de plus, peut-être pour notre groupe, pour le groupe français.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Encore une fois, ça dépend du nombre d'indépendants. Pour avoir été dans des dynamiques de Conseils d'administration…

SONIA MABROUK
Quelle prudence, quand même !

AGNES PANNIER-RUNACHER
Non mais, pour avoir été dans des dynamiques de Conseils d'administration, ce qui est parfois plus important c'est de savoir sur quoi porte le regard du Conseil d'administration, quels types de projets, parce qu'il y a des projets qui sont souvent pris, les décisions sont prises par les managers et ne remontent pas au Conseil d'administration, et c'est comment fonctionnent les comités de la gouvernance, et qui est à la tête du Comité et qui nomme.

SONIA MABROUK
Oui, mais dans tout ça, Agnès PANNIER-RUNACHER, votre rôle, l'Etat, va être clair, parce qu'on n'a pas tout compris de ce qui s'est passé la fois dernière. Vous avez fait capoter quand même la fusion entre RENAULT et FIAT, là vous êtes dans une toute autre disposition et état d'esprit.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Absolument pas. On est exactement dans la même disposition.

SONIA MABROUK
Ah ben alors, ça va mal finir.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je ne crois pas. Mais absolument pas. On avait posé des conditions sur la table qui étaient exactement les mêmes, c'est-à-dire la gouvernance, la valorisation patrimoniale et l'empreinte industrielle. Il y avait une quatrième condition qui était le fait que NISSAN et l'alliance, que NISSAN soit totalement d'accord et que l'alliance fonctionne. Et c'est cette quatrième position qui a fait capoter le deal, je le rappelle, et c'est FIAT qui a refusé et qui a retiré son offre. Donc…

SONIA MABROUK
Agnès PANNIER-RUNACHER, ce matin, pour nos auditeurs, alors qu'on parle quand même d'un quatrième groupe automobile mondial, le patron va être Carlos TAVARES.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Très bien !

SONIA MABROUK
Ça va se situer…

AGNES PANNIER-RUNACHER
En France.

SONIA MABROUK
En France.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Très bien.

SONIA MABROUK
Bon, on a gagné sur tous les ponts, ça veut dire…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Donc c'est plutôt pas mal, c'est très bien même.

SONIA MABROUK
Vous avez fait piller, pour quelle raison, parce que c'est un groupe plus faible ? On ne parlerait donc pas d'une fusion d'égaux égaux alors.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je ne crois pas qu'on a été à la manoeuvre, ce n'est pas nous qui faisons ce projet, aujourd'hui c'est le Conseil d'administration et le management de PSA. En revanche, la posture de l'Etat, la position de l'Etat était connue et elle est je dirais droite dans ses bottes, et c'est pour ça que nous l'avons tenue avec RENAULT, et c'est pour ça qu'elle était connue de PSA, donc il savait dans quelles conditions on allait aborder le deal.

SONIA MABROUK
Donc, pour vous, c'est Super Carlos TAVARES.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Donc, pour nous maintenant et il faut qu'il avance. Je le redis, ce qui se passe aujourd'hui dans le marché de l'automobile, va être extrêmement difficile, on a besoin d'avoir un RENAULT et un PSA qui soient extrêmement solidaires.

SONIA MABROUK
Eh bien parlons-en, justement, parce que l'INSEE hier a indiqué que la croissance française résiste à la morosité ambiante, le PIB a progressé de 0,3 % au troisième trimestre. Voilà pour le verre à moitié plein, et le verre à moitié vide justement, c'est l'industrie qui marque le pas, puisque vous parlez de l'automobile.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Tout à fait, et donc…

SONIA MABROUK
Mais c'est inquiétant.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Cette croissance qui est forte en France et qui est meilleure que celle de nos pays, montre que les politiques que nous suivons au niveau français fonctionnent…

SONIA MABROUK
Quand on se compare, on se console un peu.

AGNES PANNIER-RUNACHER
On a une des meilleures croissances des pays je dirais de la vieille Europe, donc ça c'est un point très positif, mais nous ne vivons pas dans une bulle, et l'industrie est beaucoup plus internationale. Et on voit que l'industrie marque le pas en France et qu'elle marque très fortement le pas en Allemagne, et ça doit être un sujet de vigilance très clairement.

SONIA MABROUK
C'est intéressant, vous citez l'Allemagne, d'ailleurs parce que vous-même et Bruno LE MAIRE appelez l'Allemagne à faire plus d'efforts d'investissements, une politique de l'offre, et de l'autre côté à Berlin on vous dit : nicht, nicht, nous on a notre orthodoxie budgétaire.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors, moi j'ai été agréablement surprise par la patronne, la nouvelle patronne de la BCE, Christine LAGARDE, qui a appelé également l'Allemagne à prendre ses responsabilités au niveau de la zone de l'Union européenne, parce que l'Allemagne et les Pays-Bas ont aujourd'hui des marges de manoeuvre budgétaires qui peuvent permettre d'investir massivement…

SONIA MABROUK
Oui, mais ils ont leur orthodoxie budgétaire qui est pour eux une règle d'airain.

AGNES PANNIER-RUNACHER
A voir. On va voir, parce que ce qui est intéressant c'est qu'en Allemagne, dans la coalition qui gouverne, vous avez deux positions qui s'affrontent, et que tout notre, je dirais, notre force de conviction est de faire en sorte que la position selon laquelle c'est le moment d'investir, moment de taux d'intérêt bas, moment où la croissance pour l'Allemagne marque très fortement le pas, eh bien peut-être qu'il faut sortir de cette loi d'airain, et certains le pensent en Allemagne, et c'est ça qui est intéressant.

SONIA MABROUK
Agnès PANNIER-RUNACHER, et nous pour conclure, pour maintenir cette petite flamme de la croissance, comment on fait avec notre contexte social, avec un blocage, peut-être même certains disent une paralysie du pays le 5 décembre, ça vous inquiète ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ça m'inquiète comme tout le monde, mais moi ce que je constate c'est qu'aujourd'hui on crée de l'emploi et que la difficulté et le premier point de blocage de la croissance, c'est la difficulté à recruter. Et c'est sur ça que l'on met tous nos efforts, avec notamment la mobilisation nationale pour l'emploi. Le sujet c'est de faire en sorte que les entreprises qui sont bloquées dans leur développement, et qui ont aujourd'hui des dizaines de milliers d'emplois à pourvoir, rencontrent les chômeurs qui eux cherchent un emploi.

SONIA MABROUK
L'emploi, priorité évidemment numéro un et on revient, c'était notre sujet de départ, vous garantissez en tous les cas, vous souhaitez qu'il n'y ait aucune fermeture d'usine pour cette information aujourd'hui, de ce mariage en vue entre PSA et FIAT CHRYSLER Merci Agnès PANNIER-RUNACHER d'avoir été notre invitée ce matin, sur Europe 1.


source : Service d'information du Gouvernement, le 12 novembre 2019
 

Industrie automobile Peugeot SA Fusion d'entreprises Croissance economique 193002274

Interview de Mme Élisabeth Borne, ministre de la transition écologique et solidaire, à France Info le 31 octobre 2019, sur la fusion entre PSA et Fiat, l'usine Lubrizol, la COP 25 et la politique de l'énergie.

Interview de Mme Élisabeth Borne, ministre de la transition écologique et solidaire, à France Info le 31 octobre 2019, sur la fusion entre PSA et Fiat, l'usine Lubrizol, la COP 25 et la politique de l'énergie. Elisabeth Borne 31/10/2019 PSA Fiat Lubrizol COP 25 politique énergie

MARC FAUVELLE
Bonjour Elisabeth BORNE.

ELISABETH BORNE
Bonjour.

MARC FAUVELLE
C'est jour de mariage aujourd'hui. Est-ce que vous avez eu votre mot à dire dans la fusion entre PSA et FIAT ?

ELISABETH BORNE
C'est deux entreprises privées mais effectivement on suit avec beaucoup d'attention ce rapprochement. L'idée, c'est de constituer un très grand groupe, le quatrième groupe mondial, et c'est aussi une réponse aux défis considérables auxquels l'industrie automobile doit faire face avec à la fois la révolution digitale et puis, ce qui me tient à coeur, c'est la transition énergétique. Ça suppose d'investir beaucoup pour préparer des véhicules plus propres de demain et je pense que ce rapprochement permettra d'avoir tous les moyens pour le faire. On sera évidemment aussi attentifs puisque vous savez que PSA est engagé sur les batteries, une filière de batteries européenne, à ce que cet engagement soit aussi tenu.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Elisabeth BORNE, on apprend dans le communiqué ce matin que le siège social sera aux Pays-Bas. Pourquoi ?

ELISABETH BORNE
Je ne peux pas vous dire.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Vous le regrettez ?

ELISABETH BORNE
Je pense qu'on est attaché en tout cas à ce que l'emploi soit maintenu en France, que les sites industriels soient maintenus. Ensuite, mo je n'ai pas d'éléments d'explication sur le choix de ce siège.

MARC FAUVELLE
C'est lié à de l'optimisation fiscale ?

ELISABETH BORNE
Je ne peux pas vous dire. En tout cas, moi ma préoccupation c'est que ce groupe ait les moyens d'investir dans la transition énergétique pour faire les véhicules propres de demain.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Un petit mot encore. CHRYSLER FIAT cette semaine s'est rangé du côté de Donald TRUMP contre la Californie qui veut abaisser les normes de pollution automobile. Ça ne vous inquiète pas ça ?

ELISABETH BORNE
Ça n'est pas un bon signal. Je sais que PSA est engagé pour proposer des modèles de voitures propres, des modèles de véhicules électriques. Vous savez que cette semaine, je recevais tous les constructeurs qui s'engagent pour proposer des véhicules propres. Voilà, on compte vraiment sur PSA pour garder cette ligne, je vous dis, s'engager à fournir les véhicules dont les Français ont besoin demain pour avoir des véhicules plus propres et s'engager aussi sur cette filière européenne des batteries.

MARC FAUVELLE
Elisabeth BORNE, Emmanuel MACRON était à Rouen hier un mois après l'incendie qui a touché l'usine LUBRIZOL de la ville. Il était temps un mois après que le président vienne ?

ELISABETH BORNE
Il a tenu son engagement de venir sur place et ça montre aussi qu'il faut être et qu'on sera aux côtés des Rouennais dans la durée. Il n'a pas été là-bas pour dire que tout allait bien mais pour marquer cet engagement dans la durée aux côtés des Rouennais. Je pense qu'on l'a vu hier : il y a encore beaucoup d'émotion, beaucoup d'inquiétude, parfois de la colère…

MARC FAUVELLE
De la défiance parfois, on a pu l'entendre dans les sifflets ou les huées qui l'ont parfois accueilli, dans des échanges qui ont parfois été musclées, on les a entendus, on les a vus ce matin sur Franceinfo.

ELISABETH BORNE
Je pense qu'il y avait peut-être aussi des gens qui avaient des considérations politiques qui étaient là. En tout cas ce que je note, c'est qu'effectivement il y a encore de l'inquiétude, il y a encore des interrogations et il y a une seule façon d'y répondre : c'est d'être dans l'action et dans la transparence dans la durée.

JEAN-JEROME BERTOLUS
D'un petit mot, vous parlez de sujets politiques mais vous, Elisabeth BORNE, et vous le gouvernement, vous ne faites aucun mea culpa sur la manière dont vous avez communiqué au début de l'incendie et dans les jours suivants ?

ELISABETH BORNE
Mais évidemment, il faudra qu'on tire toutes les leçons de ce qui s'est passé. Effectivement, sans doute qu'on aurait dû davantage communiquer encore alors qu'on a fait des prélèvements et ça je pense…

JEAN-JEROME BERTOLUS
Vous parlez avec plus de prudence ?

ELISABETH BORNE
En tout cas manifestement, on n'a pas réussi à lever les inquiétudes au départ alors même que sur cet incendie, on a fait des mesures plus tôt que ce qui avait jamais été fait. C'est-à-dire que dès le début de l'incendie, il y a eu des mesures de qualité de l'air, il y a un nombre de prélèvements considérable qui a été fait et on a pris le parti de mettre tout sur la table au fur et à mesure qu'on avait des informations. Ce n'est pas toujours simple parce qu'on n'avait pas tout tout de suite et qu'on a voulu rendre publiques toutes les informations qu'on avait. Je rappelle que toutes les mesures qui ont été faites montrent qu'on était en dessous des seuils habituels. Il y a même des produits sur lesquels ce n'était pas mesurable.

MARC FAUVELLE
Tout ça se mesure sur un temps long…

ELISABETH BORNE
Absolument, absolument.

MARC FAUVELLE
Et qu'on a peut-être justement voulu aller trop vite en disant « tout va bien » alors qu'il faudrait des mois et des années pour le savoir.

ELISABETH BORNE
Evidemment, cette surveillance environnementale dans la durée elle a lieu, elle aura lieu. Il y a aussi des études sur la santé et puis il y a un principe fort que moi je voudrais redire : c'est le principe pollueur-payeur.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Alors justement, hier Emmanuel MACRON, qui veut aller vite sur les indemnisations, a indiqué que les premières indemnisations tomberaient d'ici quelques jours. On l'écoute.

EMMANUEL MACRON, PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE
D'ici au 18 novembre, nous aurons les premières indemnisations qui seront versées, qui permettront qui aux agriculteurs qui aux commerçants, donc à celles et ceux qui ont eu à subir les conséquences de ce qui s'est passé, de commencer à toucher ces indemnisations, là aussi dans l'esprit de responsabilité et de transparence.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Qui va payer et jusqu'à combien ?

ELISABETH BORNE
Mais je vous dis, c'est le principe pollueur-payeur. C'est l'industriel qui paye évidemment pour la dépollution.

JEAN-JEROME BERTOLUS
LUBRIZOL.

ELISABETH BORNE
LUBRIZOL qui paye pour la dépollution, la mise en sécurité, la surveillance environnementale. Moi j'avais reçu le PDG de LUBRIZOL début octobre et je lui avais dit qu'évidemment il fallait qu'il respecte ses obligations, mais qu'on attendait de lui aussi qu'il prenne en compte l'émotion que cet accident a suscitée à Rouen, et que sans attendre des décisions de justice, il indemnise tous ceux qui ont subi des préjudices : les agriculteurs, les commerçants, les particuliers qui ont dû nettoyer aussi leur maison, et donc c'est ce qu'on a pu concrétiser avec Edouard PHILIPPE en allant sur place vendredi dernier. Il y a deux protocoles qui ont été signés : l'un pour indemniser les agriculteurs et l'autre pour les autres acteurs qui ont été touchés, les commerçants, les entreprises et les particuliers.

MARC FAUVELLE
Est-ce qu'il vous a expliqué, Elisabeth BORNE, comment et pourquoi il a pu stocker pendant des mois et des années des produits dans une entreprise voisine de la sienne ? Des produits qui ont brûlé eux aussi dans une entreprise qui, elle, n'était pas classée Seveso ?

ELISABETH BORNE
Ça, ça va être l'objet…

MARC FAUVELLE
Il ne vous a rien expliqué là-dessus ?

ELISABETH BORNE
… de l'enquête judiciaire….

MARC FAUVELLE
Vous lui avez posé la question ou pas ?

ELISABETH BORNE
Enfin, moi je voulais surtout…

MARC FAUVELLE
C'est quand même curieux.

ELISABETH BORNE
Je voulais surtout lui dire qu'on attendait de lui qu'il soit exemplaire sur la mise en sécurité, la dépollution, la surveillance environnementale, l'indemnisation de tous. Il y a des enquêtes judiciaires. Moi j'ai dès le départ demandé une enquête administrative. Ça permettra de faire toute la transparence sur les causes, de dégager des responsabilités et ça c'est l'enquête judiciaire…

JEAN-JEROME BERTOLUS
Il y a eu des contrôles chez NORMANDIE LOGISTIQUE ? Vous avez vanté le nombre de contrôles chez LUBRIZOL mais chez NORMANDIE LOGISTIQUE, cette entreprise à côté ?

ELISABETH BORNE
NORMANDIE LOGISTIQUE n'était pas un site classé Seveso et effectivement, il n'y a pas eu les mêmes contrôles que chez LUBRIZOL. Je pense qu'on aura aussi à en tirer les conséquences. L'industriel n'a pas forcément respecté toutes les procédures notamment de déclarations quand il a franchi des seuils. Et donc, voilà, il y a une enquête judiciaire, je vous dis, qui permettra de désigner les responsables. Il y a aussi une enquête administrative, et moi j'y ai tenu pour qu'on tire toutes les leçons. A chaque fois qu'il y a un accident et un accident aussi important, on doit en tirer toutes les leçons pour améliorer, le cas échéant, notre législation, nos réglementations, nos procédures.

MARC FAUVELLE
On va parler de la COP25 annulée ou reportée en tout cas. Elle devait se tenir dans quelques jours au Chili mais les manifestations en cours ont conduit le président chilien à annoncer hier qu'elle n'aurait pas lieu, en tout cas dans ce pays. Vous nous direz si la France est prête à faire un geste dans quelques instants. (…)
- On va évoquer justement avec Elisabeth BORNE cette question de la SNCF dans quelques instants, d'abord la COP25 qui n'aura donc pas lieu au Chili, emportée par la contestation sociale qui touche en ce moment ce pays. Est-ce que la France est prête à faire quelque chose ? A organiser ici certaines des réunions qui étaient prévues là-bas ?

ELISABETH BORNE
Alors d'abord, moi je prends acte de ce qui a été annoncé par le président chilien qui est qu'il renonce à organiser la COP à Santiago au mois de décembre. On attend…

MARC FAUVELLE
Vingt-cinq mille personnes attendues dans un mois là-bas.

ELISABETH BORNE
Oui. On attend des précisions. Ça ne veut pas dire qu'ils renoncent à présider la COP. Et donc maintenant, c'est la secrétaire de la COP, donc les Nations unies, qui doivent discuter avec les pays d'Amérique du Sud parce que je rappelle que c'est leur tour, si je peux dire, d'organiser la COP, pour voir comment c'est COP va se tenir. Moi je pense que c'est très important qu'elle se tienne. On a vraiment besoin de définir, de finaliser les règles de l'accord de Paris et puis vous savez qu'il y a une autre COP qui doit se tenir en Europe, en Angleterre à la fin de l'année 2020, dans lequel tous les pays doivent revoir à la hausse leurs engagements de réduction de gaz à effet de serre. Donc voilà, moi ce qui m'importe c'est que cette COP puisse se tenir et c'est les Nations unies qui définiront les conditions d'organisation de la COP en lien avec le Chili et les pays d'Amérique latine.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Mais est-ce que ces COP servent encore à quelque chose ? C'est des grands-messes internationales, souvent peu suivies d'effets compte tenu des objectifs. Ecoutez ce qu'en dit Yannick JADOT, eurodéputé Europe Ecologie-Les Verts.

YANNICK JADOT, EURODEPUTE EUROPE ECOLOGIE-LES VERTS
Cette annulation devenait une évidence. On ne négocie pas sur le climat protégé par des chars. C'est peut-être l'opportunité de repenser ces sommets climat pour qu'ils soient beaucoup plus efficaces, qu'ils apparaissent beaucoup moins hors sol et qui, de fait, ils donnent enfin des résultats tangibles et pas simplement un show pour dirigeants en mal de réputation écologique.

MARC FAUVELLE
Alors pour ceux qui nous suivent à la radio et pas à la télé, pendant qu'on écoutait Yannick JADOT vous faisiez « non » de la tête.

ELISABETH BORNE
Ecoutez, moi je trouve que c'est un peu surprenant de dire ça. Enfin, je ne sais pas si Yannick JADOT se souvient de la dynamique qu'il y a eu à Paris quand on a organisé la COP. Ça n'a pas été uniquement une conversation entre chefs d'Etat. Ça a été une grande dynamique dans lequel des ONG, des entreprises, des citoyens ont pris conscience de ces enjeux…

MARC FAUVELLE
Et l'accord a ensuite été déchiré par les Etats-Unis.

ELISABETH BORNE
L'accord a été déchiré par les Etats-Unis. Je vous rappelle que le président de la République a immédiatement pris le relais en disant qu'on voulait évidemment que ce ne soit pas l'occasion de détricoter tout l'accord de Paris. Et ces moments, ils sont très importants parce que c'est d'abord un sujet qu'on ne va pas traiter chacun dans son coin, donc tous les pays de la planète se rencontrent une fois par an pour voir où on en est, comment on peut rehausser nos ambitions. Que ce soit aussi l'occasion de mobiliser tout le monde : les entreprises, les collectivités, les ONG, les citoyens. Moi je pense que c'est très important.

MARC FAUVELLE
Est-ce qu'on peut être à la pointe comme le revendique Emmanuel MACRON dans le changement climatique et être le pays qui va construire ou veut construire des EPR dans les années qui viennent, comme le dit et le répète sur les plateaux radios et télés actuellement le patron d'EDF Jean-Bernard LEVY qui dit : « ma mission aujourd'hui, c'est de construire six nouveaux EPR. C'est l'avenir de la planète » ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, Jean-Bernard LEVY, on lui a demandé de nous dire à quelles conditions il pouvait construire le cas échéant des EPR. Je rappelle qu'aucune décision n'est prise, qu'on examine un scénario…

MARC FAUVELLE
« C'est la mission que j'ai reçue quand j'ai été nommé », c'est ce qu'il a dit tout récemment encore.

ELISABETH BORNE
Oui. Alors j'ai eu l'occasion de le dire…

MARC FAUVELLE
Il a mal lu sa mission ou alors il n'est plus l'homme de la situation ?

ELISABETH BORNE
Ce n'est pas le PDG d'EDF qui fait la politique énergétique de la France. Donc on lui a demandé, et je pense que vous avez en tête les dérapages en coûts et en calendrier de l'EPR de Flamanville, donc d'abord qu'on arrive à avoir des explications sur ces dérapages, qu'il y ait un plan d'action qui soit proposé par EDF. Et puis au-delà, on doit évidemment travailler sur les scénarios énergétiques de notre pays. C'est ce qu'on fait et c'est ce qu'on fait en examinant un scénario 100% renouvelables pour notre électricité, et puis un scénario avec la construction de nouvelles centrales.

MARC FAUVELLE
Pour reprendre une célèbre formule, vous décidez, il exécute ;

ELISABETH BORNE
La politique énergétique du pays, c'est le gouvernement, c'est le président de la République. Je vous le confirme.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Et il faut couper en deux EDF. D'un côté le nucléaire et cette aventure effectivement hasardeuse des EPR, et de l'autre les énergies renouvelables.

ELISABETH BORNE
Il n'y a pas du tout de décision dans ce sens.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Mais vous y seriez favorable.

ELISABETH BORNE
Non. Il n'y a pas du tout décision dans ce sens. Attendez, il y a eu une question qui a été posée au PDG d'EDF de réfléchir à une organisation qui permette demain à EDF d'être présent aussi sur le développement des énergies renouvelables. Vous savez qu'on a l'objectif de ramener la part du nucléaire à 50 % en 2035. Ça veut dire développer massivement les énergies renouvelables et évidemment, moi je souhaite qu'EDF soit vraiment présent dans cette course pour développer des énergies renouvelables.

MARC FAUVELLE
Elisabeth BORNE, une réunion débute dans quelques instants au ministère de la Santé entre votre secrétaire d'Etat aux Transports, le Haut-commissaire aux Retraites monsieur DELEVOYE et les syndicats de la SNCF. Ça, c'est ce qui était prévu, puisque deux des quatre syndicats de la SNCF ont prévu de boycotter cette réunion. C'est une discussion qui doit aborder la question des retraites. Est-ce qu'il faut faire un geste aujourd'hui pour sortir de l'impasse et déminer ce conflit social qui arrive dans un mois avec l'ombre d'une grève illimitée à la SNCF et à la RATP ?

ELISABETH BORNE
Alors comme vous le dites, il y a une réunion qui se tient avec les syndicats qui veulent bien parler ;

MARC FAUVELLE
Deux sur quatre donc.

ELISABETH BORNE
Parce que c'est toujours une bonne chose de parler. Il peut y avoir des inquiétudes, vous voyez, mais si on ne vient pas discuter, si on ne vient pas écouter, je pense que ce n'est pas un très bon signal que donnent les syndicats. Donc on en est dans une phase où on écoute. Il y a des principes généraux qui ont été annoncés par le président de la République, par le gouvernement sur l'objectif d'abord de garantir la pérennité de notre système de retraite qui est au cœur du pacte social de notre pays, et puis d'aller vers un système plus juste dans lequel chaque euro cotisé donne les mêmes droits, et je pense que les Français, ils sont attachés à ce qu'on ait un système juste. Ensuite, il y a la situation des situations particulières, celle des régimes spéciaux qui ont des règles qui ont été conçues il y a des années. Et aujourd'hui, il faut qu'on puisse discuter avec chaque secteur de la façon dont il va pouvoir converger vers ce système universel, en tenant compte aussi du pacte qui a été signé avec les salariés au moment où ils ont été embauchés. Donc c'est l'objet de ces discussions, de ces consultations qui sont en cours. Refuser le dialogue, je pense que ce n'est pas une bonne méthode.

MARC FAUVELLE
Est-ce que la pénibilité par exemple sera toujours un critère dans la réforme pour les cheminots ou est-ce qu'ils seront traités comme tous les autres salariés ? Est-ce que tout le monde rentre dans le même moule ou est-ce qu'il y aura quand même un régime dérogatoire – enfin, je ne sais pas comment l'appeler – pour les cheminots à l'avenir ?

ELISABETH BORNE
On va vers un système universel, et vous savez que dans le régime général, il y a la prise en compte de la pénibilité, donc il faut regarder comment elle pourra aussi être prise en compte pour ces secteurs qui avaient leur propre régime. S'il y a effectivement de la pénibilité, elle devra être prise en compte. Mais c'est l'objet des discussions qui s'ouvrent et moi j'invite tous les syndicats à participer à cette discussion.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Est-ce que vous craignez que le mouvement social actuel - on est encore loin du 5 décembre - le mouvement social actuel qui paralyse une grande partie du trafic sur l'axe Atlantique de la SNCF, qui ennuie bien sûr les vacanciers, est-ce que vous pensez que ça va se poursuivre, s'étendre jusqu'au 5 décembre ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, moi je pense d'abord aux usagers. Evidemment, ils sont très pénalisés par ces mouvements qui, en plus, ne respectent pas les procédures habituelles. Vous savez que, évidemment, les cheminots ont le droit d'exprimer leurs revendications comme tout le monde, mais dans le service public il y a des règles à respecter…

JEAN-JEROME BERTOLUS
Vous souhaiteriez des sanctions ?

ELISABETH BORNE
C'est à l'entreprise de regarder. Il y a des règles, elles doivent être respectées. Je pense qu'on parle aussi beaucoup des cheminots qui sont en grève, on les voit beaucoup dans les médias. Je pense aussi à ceux qui sont au travail pour assurer huit TGV sur dix ce week-end. Mais effectivement, tous ceux qui disent défendre le service public, il faut qu'ils pensent d'abord aux usagers du service public. Je pense que c'est ce qu'on attend d'eux.

MARC FAUVELLE
Faut-il payer les jours de grève des agents du centre de Châtillon qui le réclament pour sortir de ce conflit ?

ELISABETH BORNE
Je pense que franchement, chacun sait que ça fait des années qu'on ne paye pas les jours de grève. Il y a un conflit qui s'est déclenché sur une réorganisation qui, entre-temps, a été abandonné, donc cette grève elle n'a pas lieu d'être. Je rappelle qu'elle a en plus été déclenchée en ne respectant pas les procédures qui permettent de minimiser la gêne pour les usagers, donc moi j'appelle vraiment chacun à la responsabilité, à avoir en tête que le service public, c'est au service des usagers et des Français.

JEAN-JEROME BERTOLUS
D'un mot, Guillaume PEPY part à la retraite lui-même demain après onze ans passés à la direction de la SNCF. Son successeur, son premier objectif ça doit être de rétablir le dialogue social dans l'entreprise ?

ELISABETH BORNE
Alors il a des défis très importants. Vous savez qu'il y a une réforme qui se met en place au 1er janvier. Il y a l'ouverture à la concurrence qui arrive. Mais moi, je suis convaincue, je suis certaine que Jean-Pierre FARANDOU aura à coeur d'avoir un dialogue social de qualité à la SNCF et c'est très important.

MARC FAUVELLE
On va parler SUV et foie gras dans un instant, Elisabeth BORNE. (…)
- Y a-t-il beaucoup de SUV dans le parc automobile de votre ministère ?

ELISABETH BORNE
Non. Je vous confirme qu'il n'y a pas de SUV dans le parc de mon ministère.

MARC FAUVELLE
Il y en avait quand vous êtes arrivée ?

ELISABETH BORNE
Non. Des SUV, non.

MARC FAUVELLE
Non ?

ELISABETH BORNE
Moi, je me déplace en voiture électrique et je pense que, effectivement, le développement de ces SUV, vous voyez, enfin je ne peux pas être d'accord en fait…

MARC FAUVELLE
Le chef de l'Etat, il n'a pas un SUV ?

ELISABETH BORNE
Ce n'est pas un SUV, je ne pense pas. Non, non.

MARC FAUVELLE
Non ? Il n'y en pas dans le gouvernement ? Vous n'avez pas regardé s'il n'y en avait pas autour de vous ? Il n'y en a aucun ?

ELISABETH BORNE
Il y a des…

MARC FAUVELLE
Des grosses voitures.

ELISABETH BORNE
Il y a des minibus qui permettent de transporter plus de personnes en même temps, mais je peux vous assurer que, effectivement, on sera très attentif. Moi je roule en voiture électrique et je proposerai que mes collègues fassent la même chose.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Attentif certes, mais finalement la majorité a repoussé un amendement qui était soutenu par Matthieu ORPHELIN, un proche de Nicolas HULOT, qui était soutenu aussi par une partie de la majorité. Ecoutez pourquoi effectivement il faudrait taxer aujourd'hui les SUV. Matthieu ORPHELIN.

MATTHIEU ORPHELIN, DEPUTE NON-INSCRIT DU MAINE-ET-LOIRE
Les SUV, c'est des véhicules très gros. Il y en a qui vont jusqu'à deux tonnes et qui représentent aujourd'hui pratiquement 40 % des ventes. En conséquence, les consommations des véhicules neufs sont reparties à la hausse depuis trois ans. Nous avons proposé avec un certain nombre de collègues de, effectivement, prendre en compte dans le bonus-malus auto le poids du véhicule, ce qui permet de mieux prendre en compte aussi l'ensemble des impacts de ces gros véhicules. On n'a pas besoin d'un véhicule de deux tonnes pour rouler en ville.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Je le disais, même une partie de votre majorité était favorable à cet amendement. L'ADEME, votre agence de l'environnement, y est également favorable. Vous êtes attentive mais est-ce que vous êtes assez audacieuse, Elisabeth BORNE ?

ELISABETH BORNE
Enfin, on a eu ce débat avec Matthieu ORPHELIN et avec certains députés. Le malus, il est défini en fonction des émissions de CO2 et je pense que c'est bien ce qu'on attend de nous : qu'on pénalise les véhicules qui émettent le plus de CO2. Alors Matthieu nous dit qu'il faut que ce soient les véhicules lourds : il se trouve que c'est pareil, vous voyez. Donc on a un malus dont le seuil a été baissé de 117 grammes à 110 grammes cette année, qui continuera à baisser, dont le montant a été augmenté de plus de 2 000 euros et donc on continuera à mettre des malus sur ce qui nous importe, c'est-à-dire des véhicules qui émettent beaucoup de CO2.

MARC FAUVELLE
On ne touche pas aux limites du politique là ? C'est-à-dire que si les Français en achètent et les constructeurs en vendent, on ne peut rien faire.

ELISABETH BORNE
Enfin, moi je…

MARC FAUVELLE
40 % des ventes aujourd'hui en France sont des SUV dont l'Agence internationale de l'énergie nous disait il y a quelques semaines que ces voitures sont en train d'annihiler tous nos efforts, en tout cas dans les pays riches, pour tenter de faire baisser les gaz à effet de serre. On ne peut rien faire ou pas grand-chose.

ELISABETH BORNE
On peut mettre des interdictions. On peut interdire la vente des SUV. Je pense qu'il faut aussi que chacun prenne ses responsabilités. C'est des véhicules qui émettent plus de gaz à effet de serre, ça veut dire qu'ils consomment plus donc qui coûtent plus cher. Donc voilà, moi je pense qu'il faut aussi compter sur la responsabilité des Français. On va continuer à les informer sur les émissions et sur les coûts de ces véhicules et on va continuer à augmenter les malus.

MARC FAUVELLE
La ville de New New-York a décidé cette nuit d'interdire la vente et même la possession de foie gras à partir de l'année 2022. Ça coûtera au minimum 500 dollars si on trouve dans son réfrigérateur une tranche de foie gras. C'est un coup dur, ou, vous applaudissez cette décision ?

ELISABETH BORNE
Non, je ne peux pas vous dire que j'applaudis cette décision. Je pense qu'effectivement…

MARC FAUVELLE
Vous n'êtes pas la ministre du bien-être animal ?

ELISABETH BORNE
Alors c'est un sujet très important et c'est un sujet… Alors moi je suis en charge des animaux sauvages et c'est un sujet… Enfin, je vois, qui monte dans l'opinion…

MARC FAUVELLE
Vous c'est des animaux sauvages, et Didier GUILLAUME, votre collègue de l'agriculture, c'est les animaux de ferme.

ELISABETH BORNE
Je vous confirme, je vous confirme.

MARC FAUVELLE
Donc l'oie gavée est plutôt chez Didier GUILLAUME que chez vous ?

ELISABETH BORNE
Je pense qu'il faut s'occuper du bien-être de tous les animaux. Ce qui est dans mon champ de responsabilité, c'est les animaux sauvages.

MARC FAUVELLE
Donc c'est une bonne nouvelle ou pas ? Non ?

ELISABETH BORNE
Je pense que, effectivement, je ne peux pas vous dire que je trouve formidable effectivement le gavage des oies. C'est aussi une filière importante en France et il faut évidemment s'assurer qu'on progresse sur le bien-être des animaux sauvages - c'est ma responsabilité - et Didier GUILLAUME aura à coeur aussi de s'occuper du bien-être des animaux captifs.

JEAN-JEROME BERTOLUS
On parlait de New-York, retour à Paris. Il y a un bus voire des bus qui circulent à Paris et qui font la pub d'un site de paris. Ces bus rouleraient à vide. Est-ce qu'il n'y a pas un moment où vous, vous devez taper du poing sur la table pour qu'enfin les pratiques de tous les jours, que ce soient les consommateurs ou les industriels, soient plus vertueuses ?

ELISABETH BORNE
Alors moi, je peux taper du poing sur la table. Ce que je note quand même, vous savez, c'est qu'il y a une prise de conscience comme il n'y en a jamais eu de l'importance de ces….

JEAN-JEROME BERTOLUS
Oui, on voit.

ELISABETH BORNE
Donc voilà, moi je peux inviter les gens à ne pas regarder les publicités sur ces bus.

MARC FAUVELLE
C'est difficile de le rater. Il est Paris, il est à Toulouse, il est à Lille, il est à Lyon.

ELISABETH BORNE
Oui.

MARC FAUVELLE
C'est difficile de ne pas le voir. Enfin, c'est une forme de pollution visuelle.

ELISABETH BORNE
C'est parfaitement inapproprié de faire rouler un bus vide pour faire de la publicité. C'est sans doute en plus un détournement du règlement de publicité de la Ville de Paris, donc je pense que ce n'est pas une bonne façon de faire de la publicité et peut-être qu'on peut faire passer ce message à ceux qui ont trouvé cette voie, que franchement ce n'est pas comme ça qu'on va convaincre d'acheter les produits en question.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Une dernière question pour ma part. On voit dans l'acte 2 du quinquennat, qui balbutie un petit peu, mais on voit les questions régaliennes qui sont vraiment… qu'Emmanuel MACRON mais au cœur de l'actualité. Immigration effectivement, et puis on voit aussi le projet de loi sur les retraites donc le côté économique et social. Ce qu'on ne voit pas trop finalement, c'est ce que vous portez, l'environnement. Quel est le prochain rendez-vous que vous donnez aux Français sur l'environnement ?

ELISABETH BORNE
Je peux vous assurer que les projets, ils avancent sur l'environnement. Alors peut-être qu'on n'en parle pas suffisamment dans les médias. On aura très prochainement le vote de la loi mobilité. C'est une loi qui repense complètement notre politique dans ce domaine-là en s'occupant enfin des transports du quotidien, en permettant aux Français d'avoir des transports plus faciles, moins chers et plus propres. Vous savez qu'on a une discussion qui a déjà eu lieu au Sénat et qui viendra prochainement à l'Assemblée sur la loi anti-gaspillage portée par Brune POIRSON, secrétaire d'Etat. Anti-gaspillage, économie circulaire, c'est une autre façon de consommer.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Mais l'environnement sera bien l'un des actes forts de cette deuxième partie du quinquennat ?

ELISABETH BORNE
Voilà. On avance l'énergie, on avance sur l'économie circulaire, on avance sur les déchets. On aura un grand moment sur la biodiversité l'an prochain où on accueille le congrès mondial de l'UICN à Marseille pour préparer le grand rendez-vous international en Chine sur la biodiversité, donc on est sur tous les fronts pour prendre en compte cet enjeu majeur qu'est la transition écologique et solidaire.

MARC FAUVELLE
Merci à vous Elisabeth BORNE.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 12 novembre 2019 
 

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Interview de Mme Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'économie et des finances, à Public Sénat le 25 juin 2019, sur les conséquences économiques de la canicule et le retrait de Fiat des négociations avec Renault.

Interview de Mme Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'économie et des finances, à Public Sénat le 25 juin 2019, sur les conséquences économiques de la canicule et le retrait de Fiat des négociations avec Renault. Agnès Pannier -Runacher 25/06/2019 canicule Renault Fiat

CYRIL VIGUIER
Deuxième partie de notre émission Territoire d'info avec l'invitée politique ce matin en direct sur ce plateau, c'est Agnès PANNIER-RUNACHER, bonjour.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Bonjour.

CYRIL VIGUIER
Vous êtes secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Economie et des Finances, merci d'être avec nous ce matin, pour vous co-interviewer à mes côtés Marcelo WESFREID du Figaro, bonjour et Patrice MOYON de Ouest France, bonjour ; le plus grand quotidien français merci d'être avec nous Patrice. Agnès PANNIER-RUNACHER, on ne peut que commencer cette interview en vous parlant de la canicule. Moi ce qui m'intéresse, vous êtes à Bercy, est-ce qu'on peut mesurer, alors déjà ou est-ce qu'il vous faudra du temps, les conséquences économiques d'une canicule dans un pays comme la France, la six ou septième puissance du monde ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors on les avait mesuré en 2003 a posteriori, on avait mesuré un impact de l'ordre de 0,07 % du PIB, donc quelque chose qui existe, qui fait une trace dans le PIB, mais à ce stade…

CYRIL VIGUIER
Produit Intérieur Brut.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Produit Intérieur Brut, donc la richesse du pays, mais à ce stade il est très prématuré pour anticiper quelle serait la réalité de cet impact. Ça va probablement être surtout des achats différés en réalité parce que les gens vont rester dans les endroits frais. En 2003, moi il se trouve que j'étais à l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris au moment de la canicule et dans les recommandations qu'on faisait, on disait « allez au cinéma, allez dans les centres commerciaux, il fait frais et c'est il faut absolument avoir de la fraîcheur dans la journée ». Donc vous voyez que ça peut être aussi une incitation à la consommation, donc on verra en tout cas à la fin de semaine…

CYRIL VIGUIER
Dans combien de temps on saura ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je pense qu'il faut un bon trimestre pour avoir la réalité des chiffres parce qu'il faut voir les effets reports et même au bout d'un trimestre on risque d'être un petit peu dans une appréciation pas très précise de cet impact, sauf à avoir des effets très nets, c'est-à-dire des entreprises qui arrêtent de produire ou arrêtent de travailler parce que c'est difficile pour eux. Mais aujourd'hui beaucoup d'entreprises sont équipées pour faire face à des situations de chaleur élevée et pareil dans les usines.

MARCELO WESFRIED
Alors il y a une mesure très forte qui a été prise par le ministre de l'Education nationale, c'est le report du brevet des collèges pour la sécurité des collégiens de Troisième, c'est ce que dit Jean-Michel BLANQUER, est-ce que le gouvernement n'en fait par un peu trop ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
On est sur des niveaux de température qui sont quand même problématiques, d'abord pour des jeunes adolescents et ensuite dans des établissements qui sont pour certains très mal isolés et dont on sait que la température ressentie peut dépasser 40 degrés. Donc non, je pense que la mesure elle est adaptée à la situation, le brevet des collèges ça doit être aussi … c'est un moment important, c'est le premier examen national pour ces jeunes adolescents, je pense difficile de les mettre dans des situations de quasi échec parce qu'ils auront quand même beaucoup de mal à se concentrer. On sait qu'il y a un effet qui est connu de la science entre la chaleur et la capacité à se concentrer, donc je pense que c'est une bonne mesure. Il y a en plus des amodiations, c'est-à-dire pour ceux qui ont déjà organisé leurs vacances, des départs en colonie, ou des départs sur des séjours linguistiques pour leur enfant, il est possible de le repasser en septembre. Il ne faut pas que ces jeunes gens se trouvent dans des situations de stress supplémentaire alors que cet examen doit être un moment où ils prennent confiance en eux et ils avancent pour le futur dans leurs études.

PATRICE MOYON
Pour rester dans ce contexte de changement climatique, de transition écologique, le marché du diésel est en chute, vous vous apprêtez à recevoir des délégués de l'usine BOSCH, qu'est-ce que vous allez leur dire quant à leurs inquiétudes pour l'emploi ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors moi je travaille sur ce dossier de l'usine BOSCH depuis plusieurs mois, je suis allée sur place, j'ai visité l'usine qui est une usine, je tiens à le dire, qui est extrêmement moderne, donc c'est ça qui est intéressant. C'est une usine qui a la capacité de rebondir sur de nouvelles activités et c'est tout l'enjeu de cet accompagnement que nous faisons autour de sujets comme le diesel qui sont des sujets effectivement de transition. C'est comment charger des usines qui ont des savoir-faire et qui ont des machines modernes avec des activités d'avenir, donc c'est sur ça qu'on va travailler et on a regardé des sujets d'aéronautique, des sujets d'hydrogène. Nous leur avons également confié la possibilité de faire des diagnostics BPI pour l'usine du futur, donc on leur donne même de la charge, ça reste modeste et nous allons travailler avec les organisations syndicales et les dirigeants de BOSCH à voir où en est leur plan de montée en charge. En parallèle, on doit travailler sur la transition diesel. La transition diesel, c'est deux choses, la première chose, c'est de, non émotionnellement je dirais, clarifier quel est l'impact du diesel, parce que vous avez le vieux diesel…

MARCELO WESFRIED
Justement sur le nouveau diesel, est-ce que vous allez leur confirmer que les nouveaux moteurs diesel auront le droit à ce qu'on appelle l'étiquette Crit'Air 1 qui permet de rouler les jours de pic de pollution aux particules fines ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ce que je vais leur confirmer, c'est que nous allons, François de RUGY et Bruno LE MAIRE sont d'accord pour lancer une étude de mesures précises en condition réelle des nouvelles motorisations Diesel pour les comparer à des véhicule…

MARCELO WESFRIED
C'est une étude, ce ne sera pas automatiquement la vignette.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Non, ce n'est pas automatique parce que je pense que les Français ont besoin de transparence sur ces sujets-là, on leur a d'abord expliqué que le diesel c'était fantastique, ensuite on leur a expliqué que le diesel ça tuait les gens, si on leur explique maintenant qu'il y a du diesel qui est gentil et du diesel qui est méchant, personne ne va s'y retrouver. Donc il faut qu'on fasse une étude très précise sur où en sont les nouvelles motorisations, comment elles se comparent à des véhicules qui aujourd'hui circulent en Crit'Air 1, si ces motorisations sont plus propres que ces véhicules qui circulent en Crit'Air 1 alors ces moteurs doivent être reconnus comme tels et circuler en Crit'Air1, s'ils sont toujours plus dangereux que des véhicules qui circulent en Crit'Air 1, alors il ne faut pas leur donner ce Crit'Air1. Donc c'est assez simple comme approche, mesure en conditions réelles des véhicules récents comparé à d'autres véhicules, qu'il s'agisse de moteur essence de différentes générations.

PATRICE MOYON
Vous évoquiez à propos de BOSCH les nouveaux enjeux industriels, le dossier dans l'actualité, c'est évidemment à l'usine ALSTOM de Belfort avec plusieurs milliers de manifestants ce week-end. On se souvient qu'en 2014 quand ALSTOM est passé sous pavillon américain, il y avait eu des promesses pour l'emploi qui n'ont pas été tenues et est-ce que ça ne pose pas aussi la question de la place de l'industrie en France, sachant qu'il y a eu 500.000 emplois perdus dans l'industrie entre 2006 et 2015 ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Et vous en avez plus de 30.000 qui ont été gagnés depuis 2016- 2017, 2017, 2018, 2019, on recrée de l'emploi dans l'industrie et ça c'est la tendance majeure qui est portée par ce gouvernement. Je pense qu'il n'y a aucun autre gouvernement qui a autant investi dans l'industrie et qui accompagne autant l'industrie pour qu'elle se réimplante en France et qu'elle soit compétitive.

PATRICE MOYON
Alors sur GENERAL ELECTRIC précisément.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Si on revient sur GENERAL ELECTRIC, d'abord une première chose, le site qui est concerné à Belfort n'est pas celui, n'a rien à voir avec l'opération de cession d'ALSTOM à GE de 2014, il n'a rien à voir. Ca fait depuis 1999 qu'il est dans le giron de GE. Donc moi j'entends des choses qui sont fausses, qui sont exprimés, y compris par des grands dirigeants politiques, cet amalgame est inadmissible. La deuxième chose, c'est que vous avez sur ce site qui aujourd'hui fournit des centres des turbines à gaz, une diminution par quatre du volume d'activité depuis 2008, c'est un constat que l'on fait, matériel.

MARCELO WESFRIED
Alors Jean-Luc MELENCHON dit, c'est cyclique comme marché donc ce serait dommage de sacrifier l'outil industriel.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Mais il n'est pas question de sacrifier l'outil industriel, il n'est pas question de fermer ce centre-là, il est question de l'ajuster.

MARCELO WESFRIED
Le savoir-faire va se perdre à partir du moment où on a un plan de sauvegarde de l'emploi de 800 personnes.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ca dépend, c'est là où enfin les « il n'y a qu'à, il faut qu'on », c'est très bien mais ça ne fonctionne pas et moi ce que je constate aujourd'hui c'est que vous avez effectivement un marché qui est cyclique, que certains annoncent le rebond en 2040, ce n'est pas tout à fait aujourd'hui, que pardon mais les personnes qui travaillent aujourd'hui à GE, en 2040 elles seront probablement à la retraite. Donc il ne faut pas non plus raconter des histoires sur ces personnes. Ce qui est important pour nous, c'est de discuter de manière très ferme avec GE sur le plan social. Vous avez 1.000 personnes, nous on estime qu'on doit pouvoir faire moins, premier élément. Deuxième élément, quelles activités GE va implanter sur le site de Belfort pour faire en sorte précisément que les personnes qui sont concernées par ce plan social, retrouvent une activité. Ils ont 3.000 autres personnes qui travaillent à Belfort, ils ont un centre industriel très puissant, ils peuvent implanter des activités complémentaires…

MARCELO WESFRIED
Vous leur faites confiance, alors qu'ils vous avaient dit qu'ils allaient recruter 1.000 personnes, il y a quelques années et ils ne l'ont pas fait. Mais vous leur faites confiance quand même ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors pardon, mais moi je regarde les faits et je ne commente pas. Les faits, c'est qu'ils ont dit que soit, ils recrutaient 1.000 personnes complémentaires et ils ont recruté plus de 3.000 personnes par an, ça c'est les faits. Ils ont recruté plus de 3.000 personnes par an. Soit ils étaient capables de manière nette d'arriver à 1.000 emplois supplémentaires à la fin 2018, soit ils payaient une amende de 50. 000 euros par emploi. Il faut savoir qu'à mi 2017, ils avaient recruté 500 emplois, simplement la conjoncture s'est retournée sur la partie fossile, je rappelle que 50 % de chiffre d'affaires de GE, c'est lié à de l'énergie fossile, je pense que tous autour de cette table, on a compris que ce n'était pas des activités d'avenir. Ils ont dû effectivement ralentir leur rythme de recrutement et ils ont payé 50 millions d'euros qui vont nous servir à réindustrialiser le site. Ça c'est la réalité.

CYRIL VIGUIER
GE, c'est GENERAL ELECTRIC, je le rappelle aux téléspectateurs. Agnès PANNIER-RUNACHER, notre invitée, elle est secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Economie et des Finances. La France n'a rien à reprocher à Huawei, l'équipementier chinois en pointe dans la 5G, c'est Bercy qui dit ça, pourtant cette société est accusée par notre grand allié, les Etats-Unis d'être un cheval de Troie de Pékin dans l'économie mondiale notamment avec des risques pour la défense nationale, on n'est pas solidaire des Américains dans cette affaire ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je crois que nous sommes capables d'avoir une pensée propre et pour le moment nous sommes fondés…

CYRIL VIGUIER
On n'a pas des intérêts communs avec les Américains dans ces affaires-là, la défense nationale notamment.

AGNES PANNIER-RUNACHER
On a des intérêts, on doit partager l'information sur tout ce qui serait sujet de sabotage ou sujet où il y aurait des tentatives d'avoir accès à des données sensibles, c'est évident.

CYRIL VIGUIER
C'est ce que dit Washington et ils disent que c'est le cas pour Huawei.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Mais je ne crois pas que l'on doit effectivement pointer du doigt de cette manière et dans une forme d'unilatéralisme évident pardon, mais l'Executive Order du 17 mai dernier, c'est aussi une atteinte à la souveraineté d'un certain nombre de pays. Lorsque vous implosez…

CYRIL VIGUIER
L'exécutive Order, c'est ce que le président américain a ordonné.

AGNES PANNIER-RUNACHER
L'exécutive Order, c'est donc l'équivalent d'un décret, on va dire qui interdit à des entreprises américaines de travailler avec Huawei, mais par effet de contagion, qui peut concerner des entreprises qui ne sont pas américaines. Je pense que ces sujets-là, sont suffisamment importants pour que l'on puisse considérer que nos industries n'ont pas à souffrir des décisions directement prises par un président quel qu'il soit et que le multilatéralisme est un sujet important. Ce type de sujet doit se travailler au niveau de l'Organisation Mondiale du Commerce dans des discussions parallèles où chacun…

CYRIL VIGUIER
Mais ça ne va pas accentuer avec les Américains cette relation qui est devenue quand même compliquée, on le voit sur des sujets comme ça, ce que vous dites ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Non, je ne crois pas parce qu'en réalité on est très aligné entre Européens, on partage énormément de données, on partage d'ailleurs des informations avec les Américains et je pense qu'il y a un écart entre la parole présidentielle de monsieur TRUMP et la réalité de la coopération entre les services quand il s'agit de souveraineté. Il est évident que des sujets de souveraineté sont des sujets très importants et sur lesquels on prête la plus grande vigilance.

PATRICE MOYON
Justement pour rester dans le domaine industriel, le gouvernement a mis son veto au rapprochement entre RENAULT et FIAT, est-ce que le dossier est clos ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Non, c'est tout à fait inexact. C'est FCA, FIAT, qui a retiré son dossier.

PATRICE MOYON
Oui, mais…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je le redis parce que là aussi, ne racontez pas des histoires. Ce qu'a fait le gouvernement, c'est qu'il a posé quatre conditions. Trois conditions ont été remplies, la quatrième condition qui était une condition mais que n'importe quel administrateur faisant son travail de manière professionnelle aurait posée, c'était : « Nous voulons être sûrs que NISSAN soutient cette opération et nous souhaitons avoir trois jours de plus pour vérifier ce point, puisqu'il n'est pas si évident que ça, autour de la table du conseil d'administration. » Suite suite à cette proposition, FIAT a retiré son offre. C'est très bien, nous acceptons cette décision.

PATRICE MOYON
Est-ce que le dossier peut être rouvert ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
C'est une décision qui intéresse d'abord les entreprises. Donc si FIAT souhaite revenir à la table des négociations, libre à lui et libre à RENAULT de reprendre le cours de la conversation. Mais en tout état de cause, les quatre conditions qui ont été posées et qui sont, encore une fois, des conditions de bon sens. C'est-à-dire vous êtes dans une alliance stratégique avec un autre partenaire, vous vous assurez que ce partenaire soutient l'opération sinon vous savez très bien que vous allez avoir des problèmes industriels majeurs derrière, premier point. On est attentif aux sites et aux emplois, deuxième point. On souhaite que RENAULT participe au dispositif batteries électriques et s'investisse dedans parce que c'est majeur pour l'industrie automobile européenne, troisième point. Et quatrième point, on souhaite une gouvernance équilibrée. Ces conditions, elles existent toujours et on peut avancer. Et je pense qu'on a fait du bon travail et qu'on a protégé les intérêts et de RENAULT et de ses actionnaires et de la France industrielle.

MARCELO WESFREID
Sur un plan plus politique politicienne, pardon, mais est-ce que vous avez vu le déplacement d'Emmanuel MACRON à Marseille ? Il y est allé pour une conférence mais il est resté beaucoup plus longtemps. Il est allé dans les quartiers nord, il a rencontré des gens, il a dîné sur place. Bref, il est manifestement en campagne pour trouver un bon candidat aux municipales ou peut-être essayer de trouver un accord avec Les Républicains. Est-ce que c'est le rôle d'un président de s'investir comme ça, de mouiller la chemise pour les municipales ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je crois que c'est le rôle d'un président d'être sur le terrain. Je crois que c'est le rôle d'un président d'aller dans les quartiers nord de Marseille lorsqu'il va à Marseille et de ne pas rester sur le Vieux port. C'est une ville dont je suis originaire et moi je suis très fière que le président de la République prenne le temps d'aller à la rencontre des gens…

MARCELO WESFREID
Il le fait en vue des municipales.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Dans une ville qui est très populaire, dans une ville qui présente un certain nombre de caractéristiques qui ne sont pas communes à beaucoup d'autres grandes villes. Ça, c'est votre interprétation qu'il le fait à l'orée des municipales. Mais de toute façon dans les trois années qui viennent, soit on sera avant les municipales, soit on sera avant les régionales, soit on sera avant les présidentielles. Enfin, excusez-moi, mais ce qui conduit l'action du gouvernement, c'est d'avoir de la continuité et on sera toujours entre deux élections.

CYRIL VIGUIER
Agnès PANNIER-RUNACHER, vous avez une particularité : vous êtes le premier membre d'un gouvernement à avoir lancé un podcast gouvernemental natif. Alors vous allez quoi ? Expliquer la politique industrielle du gouvernement à coups de podcasts ? Comment vous allez faire pour intéresser les gens ? C'est quand même des sujets un peu techniques, on l'a vu ce matin sur ce plateau.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ecoutez, c'est un petit peu l'enjeu. C'est essayer effectivement de rendre intéressants la question de la reconquête industrielle ou des sujets de comment on accompagne les entreprises en difficulté, quelles sont les équipes qu'on ne voit pas et qui travaillent à Bercy. Donc j'espère que ça sera intéressant…

CYRIL VIGUIER
C'est très TRUMP ça. C'est très TRUMP de directement s'adresser aux gens comme ça, sans intermédiaire.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ou MENDES FRANCE si vous reprenez des références politiques. Moi je me reconnais plus dans Pierre MENDES FRANCE que dans TRUMP pour être honnête, « les causeries du samedi ».

CYRIL VIGUIER
D'accord. Un podcast indépendant, « Cinq minutes pour comprendre avec Agnès PANNIER-RUNACHER », il s'appelle.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Exactement, très simplement.

CYRIL VIGUIER
Merci beaucoup d'avoir été notre invitée ce matin.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 26 juin 2019 
 

Secteur industriel Fusion d'entreprises Renault ALSTOM Entreprise etrangere Canicule

Interview de M. Bruno Le Maire, ministre de l'économie et des finances, à Europe 1 le 18 juin 2019, sur l'assurance-chômage, l'industrie aéronautique européenne, la fusion entre Renault et Fiat, Facebook et le budget de la zone euro.

Interview de M. Bruno Le Maire, ministre de l'économie et des finances, à Europe 1 le 18 juin 2019, sur l'assurance-chômage, l'industrie aéronautique européenne, la fusion entre Renault et Fiat, Facebook et le budget de la zone euro. Bruno Le Maire 18/06/2019 assurance chômage Renault Fiat zone euro

AUDREY CRESPO-MARA
Bonjour Bruno LE MAIRE.

BRUNO LE MAIRE
Bonjour Audrey CRESPO-MARA.

AUDREY CRESPO-MARA
Les indemnités chômage des cadres vont baisser, elles vont devenir dégressives, si les indemnités diminuent, il serait logique que les cotisations patronales diminuent, le MEDEF le demande ; c'est ce que vous avez prévu ?

BRUNO LE MAIRE
Nous verrons ce que répondra le Premier ministre dans quelques heures, ce que je sais en tout cas, c'est que nous avons aujourd'hui en France un système d'indemnisation du chômage parmi les plus généreux en Europe et le niveau de chômage encore parmi les plus élevés en Europe, donc il y a quelque chose qui cloche, et réformer le système d'indemnisation du chômage, ça n'a qu'un seul objectif, le plein emploi.

AUDREY CRESPO-MARA
Aujourd'hui, les contributions des cadres financent 30 % de l'assurance-chômage alors qu'ils ne touchent que 18 % du total des allocations versées. Faut-il les faire payer encore plus ?

BRUNO LE MAIRE
Mais ils ont aussi une des durées d'indemnisation les plus longues en Europe, alors même que le chômage des personnes les plus qualifiées en France, il est de 5 ou 6 %, il est très faible, donc l'objectif, c'est de remettre de la justice et de l'efficacité dans ce système. De la justice, c'est faire en sorte que si on retrouve plus facilement un emploi, eh bien, on puisse avoir de la dégressivité, de l'efficacité, c'est accompagner davantage les chômeurs, et c'est faire en sorte qu'au bout du compte, l'indemnisation du chômage serve à vous protéger contre le chômage, et surtout, à retrouver un emploi le plus rapidement possible, pas à vous installer dans une période de chômage qui dure trop longtemps et qui vous gêne dans la recherche et la reprise de l'emploi.

AUDREY CRESPO-MARA
Bruno LE MAIRE, vous vous rendrez en sortant de ce studio au Bourget pour développer l'industrie aéronautique en Europe, faut-il instaurer une règle de préférence européenne qui oblige les pays de l'Union à acheter des avions européens ?

BRUNO LE MAIRE
En tout cas, c'est déjà un beau moment européen, ce Salon du Bourget, puisque le président de la République a annoncé hier la création de cet avion de combat avec l'Allemagne, avec l'Espagne, nous voyons que AIRBUS enregistre les commandes, donc c'est la preuve que l'Europe industrielle, ça existe, et que l'aéronautique européenne est puissante aujourd'hui dans le monde. S'agissant de l'avion de combat, je crois que c'est à chaque partenaire de se décider s'il veut participer oui ou non à ce programme, qui est un magnifique programme, après, la préférence européenne, moi, j'y suis favorable en matière industrielle. Je pense que nous avons intérêt à mieux défendre nos intérêts, à valoriser cette préférence industrielle, mais je le redis, dans le secteur de la défense, je crois que c'est à chaque Etat de savoir s'il veut participer oui ou non à ce grand programme aéronautique…

AUDREY CRESPO-MARA
Donc on n'impose rien ?

BRUNO LE MAIRE
Qui va être un grand succès…

AUDREY CRESPO-MARA
Bruno LE MAIRE, la presse italienne affirme que le directeur général de FIAT CHRYSLER est passé à Paris la semaine dernière pour reprendre les négociations avec RENAULT en vue d'une fusion, vous confirmez ?

BRUNO LE MAIRE
Le directeur de FIAT a le droit de passer son week-end à Paris, ça ne me pose évidemment aucune difficulté, en revanche, s'agissant de RENAULT, l'Etat actionnaire a fixé une stratégie, c'est le renforcement d'une alliance avec NISSAN qui existe depuis 20 ans et qui nous permet d'avoir un constructeur automobile qui est performant, qui est innovant et qui est leader dans le monde en matière de batterie électrique et de motorisation électrique, on n'a aucun intérêt à fragiliser cette alliance entre RENAULT et NISSAN…

AUDREY CRESPO-MARA
C'est votre priorité avant une fusion entre RENAULT et FIAT…

BRUNO LE MAIRE
Il faut au contraire la renforcer, c'est notre priorité. Moi, je me félicite que Jean-Dominique SENARD ait confirmé cette priorité à l'occasion de la dernière assemblée générale de RENAULT, et je fais toute confiance à Jean-Dominique SENARD – nous nous sommes vus très longuement la semaine dernière – pour renforcer cette alliance avec NISSAN. Il y a une première étape le 26 juin, on va voter les nouveaux statuts de gouvernance de NISSAN, moi, je souhaite que RENAULT soit en mesure de voter positivement, parce que ce sera un signe positif de ce renforcement de l'alliance. Ensuite, Jean-Dominique SENARD fera des propositions pour concrètement renforcer les liens entre RENAULT et NISSAN et rendre cette alliance plus solide pour affronter les défis du 21ème siècle dans l'industrie automobile, le véhicule connecté et le véhicule électrique. Et une fois que cette alliance aura été renforcée, et que plus personne ne pourra douter de sa solidité, alors, et alors seulement, nous réfléchirons à une consolidation, mais nous n'agirons ni sous la pression, ni dans la précipitation.

AUDREY CRESPO-MARA
Vous avez l'impression d'être sous pression ?

BRUNO LE MAIRE
Absolument pas, mais j'ai le sentiment parfois qu'on me dit : ah, il faut faire ça tout de suite, je me souviens : on me disait…

AUDREY CRESPO-MARA
C'est ce que laisse entendre FIAT...

BRUNO LE MAIRE
Nous demandons cinq jours supplémentaires pour faire une fusion qui représente 30 milliards d'euros de capitalisation, des centaines de milliers d'emplois qui sont concernés, une des industries les plus symboliques qui est l'industrie automobile, une entreprise qui n'est pas n'importe laquelle, RENAULT, on dit : prenons le temps de la réflexion, et on nous dit : non, il faut faire ça tout de suite, eh bien, je le redis : l'Etat, comme actionnaire de référence, parce que nous avons 15 % chez RENAULT, donc nous ne faisons que jouer notre rôle, garantit que nous prenons le temps pour faire les opérations à notre rythme et dans le bon sens, le bon sens, c'est l'alliance RENAULT-NISSAN, d'abord, la consolidation après.

AUDREY CRESPO-MARA
Bruno LE MAIRE, FACEBOOK a prévu de lancer sa propre monnaie virtuelle l'an prochain, est-ce que ça représente une menace pour le système bancaire français ?

BRUNO LE MAIRE
Alors, que FACEBOOK crée un instrument de transactions, pourquoi pas…

AUDREY CRESPO-MARA
Plus de deux d'utilisateurs.

BRUNO LE MAIRE
Pourquoi pas. En revanche, que ça devienne une monnaie souveraine, il ne peut pas en être question, ça ne peut pas, et ça ne doit pas, devenir une monnaie souveraine avec tous les attributs de la monnaie, c'est-à-dire la capacité à émettre un titre souverain, la capacité à être une réserve, comme le sont les banques centrales aujourd'hui, prêteur en dernier ressort, tout ça n'est pas envisageable, parce que l'attribut de la souveraineté des Etats doit rester aux mains des Etats et pas des entreprises privées, qui répondent à des intérêts privés. La deuxième chose…

AUDREY CRESPO-MARA
Vous craignez que cette entreprise devienne aussi puissante qu'un Etat…

BRUNO LE MAIRE
Je fixe juste une limite, un instrument de transactions, oui…

AUDREY CRESPO-MARA
Qu'est-ce que vous pouvez faire contre ça ?

BRUNO LE MAIRE
Une monnaie souveraine, non. La deuxième chose…

AUDREY CRESPO-MARA
Et que pouvez-vous faire contre ça ?

BRUNO LE MAIRE
Eh bien, nous allons demander des garanties, c'est la deuxième chose, d'abord, des garanties aussi que cet instrument de transaction ne peut pas être détourné par exemple pour du financement du terrorisme, par exemple. Par exemple, pour le financement d'activités illicites. Et j'ai donc demandé aux gouverneurs des banques centrales des 7 pays membres du G7 de nous faire un rapport pour la mi-juillet, quand se tiendra le G7 des ministres des Finances à Chantilly, pour qu'ils nous disent : voilà les garanties qu'il faut fixer sur ce projet de création de monnaie par FACEBOOK pour nous assurer qu'il n'y a pas de risque de financement illicite ou de risque pour le consommateur…

AUDREY CRESPO-MARA
C'est votre crainte…

BRUNO LE MAIRE
Parce qu'il faut évidemment apporter toutes les garanties aux consommateurs, et c'est notre rôle d'Etat de protéger les consommateurs, de protéger ceux qui utiliseront cette monnaie. La troisième remarque que je veux faire, c'est qu'on voit bien que cette monnaie, cet instrument de transactions, plutôt, va permettre à FACEBOOK d'accumuler à nouveau des millions et des millions de données, ça me renforce dans ma conviction de la nécessité de réguler les géants du numérique, de s'assurer qu'ils ne se trouvent pas dans une situation monopolistique, et c'est un enjeu clé pour le 21ème siècle, et ça me renforce dans ma détermination à aboutir à une juste taxation des géants du numérique, nous le faisons au niveau national, j'espère qu'au niveau de l'OCDE, c'est-à-dire au niveau international, nous y parviendrons au plus tard début 2000.

AUDREY CRESPO-MARA
Bruno LE MAIRE, selon vous, la zone euro vient de connaître une mini révolution, alors tellement mini que nos auditeurs n'en ont pas forcément entendu parler, qu'est-ce qui a changé vendredi dernier dans la zone euro ?

BRUNO LE MAIRE
Il y a deux choses qui ont changé, d'abord, on a renforcé le mécanisme européen de stabilité, qu'est-ce que ça veut dire, ça veut dire que s'il y a une crise financière, que les banques sont menacées, et donc que les épargnants qui nous écoutent se disent : tiens, qu'est-ce qu'il va advenir de mes dépôts à ma banque, de mes placements à ma banque, eh bien, nous avons renforcé les instruments de précaution qui permettent de résister à une crise financière, on a mis en particulier en place un filet de sécurité, soixante milliards d'euros de disponibles. Si demain, il y a une crise financière, tous les épargnants qui nous écoutent seront mieux protégés. C'est deux ans de négociations pour mettre en place ce qu'on appelle ce backstop, ce filet de sécurité, qui renforce la protection de l'épargnant. La deuxième chose, c'est que nous avons enfin, enfin, enfin, obtenu une décision sur le budget de la zone euro, c'était un des engagements de campagne du président de la République, il y aura un budget de la zone euro, c'est acté depuis vendredi matin, 5h.

AUDREY CRESPO-MARA
Emmanuel MACRON espérait plusieurs centaines de milliards d'euros pour ce budget, finalement, il ne devrait pas dépasser 17 milliards, étalés sur 7 ans, c'est plutôt une mesure symbolique, non ?

BRUNO LE MAIRE
Mais, regardez d'où nous venons, Audrey CRESPO-MARA, il y a deux ans, quand je me rendais à Berlin comme ministre des Finances, et que j'allais voir mon homologue Wolfgang SCHAUBLE, je n'avais pas le droit de prononcer le mot de « budget de la zone euro », c'était un tabou, le ministre des Finances français ne pouvait pas employer ce mot, un an après, accord de Meseberg entre la Chancelière et le président de la République, nous actons, en franco-allemand, la création d'un budget de la zone euro. Encore un an plus tard, c'est-à-dire aujourd'hui, les 19 Etats membres de la zone euro acceptent qu'il y ait un budget, c'est-à-dire une capacité d'investissement, pour que nos économies se rapprochent, pour qu'on investisse plus, par exemple dans les énergies renouvelables, dans l'innovation, dans la recherche, c'est une excellente nouvelle. Est-ce que ça suffit ? Certainement pas. Et moi, je suis convaincu que ce budget, d'abord doit augmenter en taille, et qu'il doit, non seulement permettre de faire converger nos économies, mais aussi devenir un instrument de solidarité. On peut réfléchir par exemple, c'est une proposition de mon homologue allemand, à une assurance-chômage, au niveau des 19 Etats membres de la zone euro, qui nous garantirait la solidarité, non seulement en cas de crise financière, mais aussi en cas de crise économique. C'est un premier pas, mais c'est un pas essentiel dans la bonne direction.

AUDREY CRESPO-MARA
Bruno LE MAIRE, une dernière question. Alors qu'il a toujours été hostile à la PMA pour les couples homosexuels, le Premier ministre est en train de changer d'avis, et vous ?

BRUNO LE MAIRE
J'ai fait part de mes interrogations, il y a maintenant plusieurs années, sur la PMA pour les couples homosexuels, j'ai toujours…

AUDREY CRESPO-MARA
Vous étiez inquiet pour les enfants, pour les conséquences sur les enfants.

BRUNO LE MAIRE
J'ai toujours ces interrogations, mais je me réjouis qu'il y ait un débat politique, je pense que c'est l'honneur de la politique et l'honneur de la démocratie française d'ouvrir des débats qui vous bousculent dans vos convictions et qui vous amènent à réfléchir différemment, à regarder ce qui est juste, ce qui est peut-être moins juste, à écouter ceux qui veulent faire une PMA pour les couples homosexuels, à comprendre leurs arguments, à écouter les scientifiques, à écouter les médecins, donc moi, j'aborde ça…

AUDREY CRESPO-MARA
Aujourd'hui, vous admettez qu'un enfant peut avoir deux papas ou deux mamans ?

BRUNO LE MAIRE
Mais bien sûr que j'admets qu'un enfant peut avoir deux papas ou deux mamans, la question que je me posais, c'était sur la PMA, ces interrogations, je les ai toujours, mais je me réjouis de confronter ces interrogations aux convictions des autres, parce que c'est ça le mérite du débat démocratique, c'est de vous faire bouger. Les gens immobiles, qui ne changent jamais de convictions, qui ne sont pas capables d'évoluer au contact des autres, ce n'est pas le débat démocratique, le débat démocratique doit vous permettre d'évoluer, de changer, d'écouter et d'entendre.

AUDREY CRESPO-MARA
Merci Bruno LE MAIRE.

BRUNO LE MAIRE
Merci Audrey CRESPO-MARA.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 20 juin 2019 
 

Assurance chômage Assurance chomage Cadre Indemnisation du chomage Fusion d'entreprises Renault Impot sur les societes Facebook Zone Euro Politique commune 193001299

Déclaration de M. Edouard Philippe, Premier ministre, en réponse à une question sur la décision de la Commission européenne du rejet du projet de fusion d'Alstom et de Siemens, à l'Assemblée nationale le 6 février 2019.

Déclaration de M. Edouard Philippe, Premier ministre, en réponse à une question sur la décision de la Commission européenne du rejet du projet de fusion d'Alstom et de Siemens, à l'Assemblée nationale le 6 février 2019. Edouard Philippe 6/02/2019 rejet projet fusion Alstom Siemens Question au Gouvernement posée par M. Michel Zumkeller, député (UDI, Agir et Indépendants) du Territoire de Belfort, à l'Assemblée nationale le 6 février 2019

Monsieur le Député,


Vous m'interrogez sur la décision que la Commission européenne a prise aujourd'hui de rejeter le projet de fusion d'Alstom et de Siemens, ainsi que sur l'impact de cette décision sur l'avenir industriel de votre territoire et, plus largement, de notre pays.

Je m'efforce généralement de tenir un propos mesuré, et je répondrai clairement à votre question : la Commission a pris, me semble-t-il sur de mauvais fondements, une mauvaise décision, qui porte un mauvais coup à l'industrie européenne. Je ne peux pas être plus clair.

S'il est un peu tôt pour développer la totalité de l'impact de cette décision, je tiens à rappeler qu'Alstom est une grande entreprise. Même si, pour de mauvaises raisons, me semble-t-il, ce projet de fusion n'aboutit pas, cette entreprise a largement les ressources de penser son futur, d'imaginer une stratégie et de faire prévaloir ses atouts. Je le dis car il faut envoyer un message de confiance dans l'industrie française et dans l'avenir de cette entreprise en particulier.

Au-delà de l'impact de cette décision, il nous faut reconstruire le droit de la concurrence tel qu'il est mis en oeuvre dans l'Union européenne, afin qu'il prenne en considération les marchés mondiaux. Songez que la Commission n'a pas voulu se poser la question du marché mondial en intégrant l'Asie, plus particulièrement la Chine, alors que ces marchés sont fermés à l'industrie européenne. C'est extravagant ! Je le dis comme je le pense, c'est extravagant !

Cette conception du droit de la concurrence me paraît, au fond, incroyablement datée. Eh bien, lorsqu'on est confronté à une conception du droit aussi incroyablement datée, il faut la mettre à jour et reprendre le contrôle. Je ne doute pas, Monsieur le Député, que ce sera un des enjeux de l'échéance électorale du 26 mai prochain. S'en saisir est indispensable pour l'industrie française et européenne, ainsi que pour la construction européenne, car, entendez-moi bien, Monsieur le Député, j'ai la conviction intime, forte et ancienne que l'avenir de l'industrie française s'écrit dans un cadre européen unifié. J'en suis complètement convaincu et je sais que vous partagez cette conviction.

Ce cadre unifié, cette politique industrielle à l'échelle européenne ne peuvent pas être échafaudés dans les conditions qui prévalent aujourd'hui de la lecture du droit de la concurrence. Ce cadre est inadapté parce qu'il ne prend pas en compte le monde tel qu'il est, avec la dynamique de l'apparition de nouveaux entrants sur les marchés.

Je le répète : c'est une mauvaise décision prise sur de mauvais fondements.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 12 février 2019

Structure d'entreprise ALSTOM Entreprise etrangere Fusion d'entreprises Droit de la concurrence Politique industrielle Commission europeenne 193000288