Interview de M. Claude Goasguen, vice-président et porte-parole de Démocratie libérale, à France-Info le 4 mars 1999, sur la réaction des sénateurs face à des projets de loi tels que la modernisation de la vie politique par la loi sur la parité, la limitation au cumul des mandats ou l'adoption du PACS.

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Q - Les députés votent la loi sur le cumul des mandats ; les sénateurs ont finit par voter la parité. Dans les deux cas, la droite a été sur la défensive, soupçonnée d'archaïsme. Pourquoi dès qu'il s'agit de réforme de société ou d'organisation de vie publique, la droite se met dans ce mauvais cas ?

– « Je ne crois pas que la droite soit archaïque, et elle a été soupçonnée d'une manière tout à fait injuste. Si on prend le cas des sénateurs : les sénateurs étaient favorables à l'égal accès sur l'article 4 de la Constitution ; le Gouvernement était favorable à l'article 3. Le Gouvernement a convaincu les sénateurs de faire la réforme de l'article 3 au lieu de l'article 4. Entre nous c'est quand même pas une division qui permet de justifier le terme « d'archaïsme » qui a été employé très souvent à l'égard des sénateurs.»

Q - Sauf que, pour justifier l'article 4, les sénateurs ont brandi quand même des arguments comme « l'universalisme républicain » ce qui est très fort ; et ils se sont assis dessus cet après-midi.

- « Je crois qu'ils ont eu tort d'écouter trop M. Badinter, qui est un sénateur du Parti socialiste, proche du Gouvernement ; qui d'ailleurs porte des responsabilités très grandes depuis plusieurs années, sur le blocage qui a été fait à l'égal accès des femmes aux fonctions électorales et politiques. Car il faut savoir que, depuis 1982, en réalité, c'est une interprétation très restrictive du Conseil constitutionnel qui a empêché la progression dans ce domaine. Eh bien M. Badinter, logique avec lui-même, a fait un discours qui a emporté la décision d'un certain nombre de sénateur de droite. Comme quoi, les sénateurs de droite je ne devrais pas écouter, de temps en temps, les responsables de gauche. »

Q - Et donc, cet après-midi, ils ont mangé leur chapeau. Devront-ils le manger bientôt sur le cumul des mandats ?

- «  Non, je ne crois pas qu'ils ont mangé leurs chapeaux. Moi je me félicite - il faut être très positif - car c'est une avancée de la démocratie et de la démocratie moderne. Ce n'est pas une question de femmes ou d'hommes ; c'est que, le fait que les femmes accèdent à des responsabilités politiques en nombre, qu'elles aient un égal accès, C'est une chance pour la démocratie moderne. Et je me félicite que les sénateurs, peut-être avec un peu plus de temps, aient accepté. »

Q - Sans enthousiasme quand même, contraints et forcés par le Président de la République, on va le dire ?

- « "Pas contraints et forcés", c'est aussi une victoire du Président de la République, pourquoi ne pas le dire. J'espère qu'il savoure sa victoire, ce soir. »

Q - Le cumul des mandats : là, les sénateurs sont dans un mauvais cas quand même, car il freine des quatre fers...

– « Le cumul des mandats, en réalité, moi je suis très réservé sur cette question. Je pense qu'une démocratie moderne doit abandonner progressivement le cumul. Mais soyons clairs : si on parle de modernité des choses, abordons le vrai sujet. Pourquoi est-ce qu'un député est à la fois maire ? Pourquoi un maire devient sénateur ? Parce que, en réalité nous avons une spécificité française : c'est un État centralisé. Quand par exemple, vous êtes obligé d'en référer au ministre pour augmenter le tarif des ambulances à Pontivy -  je prends cet exemple, je pourrais en prendre d'autres -, vous ne pouvez pas empêcher le maire de Pontivy de vouloir être sénateur pour interpeller un ministre !  Vous comprenez très bien que tout se décide à Paris, et que rien ne se fait dans la collectivité territoriale. Et on voit bien que, pour une ville, pour une collectivité territoriale ? Il faut avoir un représentant à Paris. Alors modifiant la réforme de l'État, et le cumul des mandats ne se posera plus. En Allemagne, on a même eu besoin d'interdire le cumul des mandats. Monsieur Schröeder est devenu chancelier et il n'a jamais siégé dans un parlement national ; il était président du Parlement de Basse-Saxe. En Allemagne, on a pas besoin d'interdire le cumul des mandats parce que l'État n'est pas un État centralisé. La modernité c'est aussi le courage de poser les vraies questions et de ne pas se contenter des apparences. Le cumul tombera avec la modernisation de l'État. »

Q - Cette modernisation ne pourrait-elle pas inclure, par exemple, une réforme de mode de scrutin de sénateurs ? Elle est présentée dès mercredi prochain en Conseil des ministres.

- « Je crois, puisqu'on est dans la modernisation, qu'une des modernités, aussi, que devrait apprendre le Gouvernement, c'est de respecter l'opposition. Parce que, puisqu'on est en campagne pour les européennes, il faut prendre les exemples européens : le Gouvernement n'a eu de cesse que de menacer les sénateurs d'une réforme du scrutin parce qu'il n'est pas de sa coloration politique !  C'est un peu, encore une fois, comme si Monsieur Blair avait dissout la Chambre des Lords quand il s'est aperçu qu'il se trompait - il a respecté la Chambre des Lords. M. Schröder - encore lui - a été mis en minorité, et il ne peut plus passer sa loi sur la nationalité car le Bundesrat a changé d'avis ; il n'a pas modifier le scrutin du Bundesrat. M Clinton a eu quelques ennuis avec la Chambre des Représentants, non plus. La démocratie moderne, c'est aussi de respecter l'opposition. Cela étant, peut-être faut-il réformer le scrutin ? Mais en toute hypothèse, l'Assemblée nationale et le Sénat ce n'est pas la même chose. Le Sénat ne doit pas se faire sur des critères proportionnels ; le Sénat représente une France, plus âgée, plus stable fondée sur les collectivités territoriales, dont nous avons besoin dans le bicamérisme. Mais ce n'est pas la copie de l'Assemblée. »

Q - Vous percevez bien ce déficit d'image quand même à droite. On s'efforce souvent à Démocratie libérale, de faire en sorte que, l'opposition ne tombe pas systématiquement dans ce qu'on appelle : « le piège de la ringardisation »…

- « Nous sommes des libéraux modernes. Mais la modernité c'est aussi une manière courageuse de poser les problèmes et ne pas se contenter un peu des gadgets. Le Gouvernement tend un peu a abusé sur le cumul des mandats. Je ne suis pas sûr d'ailleurs, que tous les socialistes soient très favorables à l'abrogation du cumul des mandats. C'est comme Badinter sur la parité, C'est pas la peine de rejeter systématiquement sur la droite la vétusté. Je crois que nous sommes beaucoup plus conscient de la nécessité de la transformation profonde de la société que le Parti socialiste est un parti du XIXe siècle et du début du XXe siècle. »

Q - Et sur le Pacs : est-ce bien l'intérêt de l'opposition que d'avoir pour figure emblématique dans ce combat une femme anti PACS, Mme Boutin ?

- « Le Pacs et la modernisation de la vie publique ça n'a rien à voir. C'est, encore une fois, la vie civile et c'est important. Je crois que la défense de Mme Boutin, pour excessive qu'elle ait pu paraître à certains, repose... »

Q - Pas vous ?

- « Non, elle ne m'a pas parue... je n'ai pas été tout à fait du même avis qu'elle. J'ai défendu une position proche de la sienne, avec des arguments juridiques. Ce texte et dangereux ; il est mal ficelé ; et il déstabilise la société qui est déjà suffisamment déstabilisé ; il désécurise les rapports familiaux et les rapports personnels. Ce n'est pas pareil que la modernisation de la vie publique. Je dirais même que c'est l'inverse. »

Q - Comment ça va à l'alliance, après le non-rendez-vous sur les européennes ?

- « À l'alliance, nous avons décidé de créer une liste d'union ; cette liste d'union elle est entre P. Séguin, A. Madelin, ouverte au centristes, s'ils nous rejoignent peut-être. Je crois que nous avons réussi à, hélas ! expliquer aux français qu'il y avait des listes dissidentes ; qu'elles étaient nombreuses ; qu'il y avait celle de C. Millon, C. Pasqua, De Villiers, de F. Bayrou. Nous avons tout fait pour rétablir l'union. L'union ne se fait pas ! Que la liste d'union, celle qui est vraiment en compétition avec le Parti socialiste, prenne désormais son vol et que nous puissions battre. »

Q - La liste d'union c'est la liste du Président ?

- « C'est une liste en tout cas, qui est pour le moins proche du Président. On n'oubliera pas quand même que le ticket Séguin-Madelin, c'est un ticket qui a fait beaucoup en 1995 pour l'élection de J. Chirac. »

Q - Mais le soir du 13 juin, M. Chirac voudra additionner ? À rallier, à la fois, Bayrou et Séguin ?

- « Laissons le Président de la République faire ses comptes et faisons les nôtres d'abord. »