Texte intégral
Le Figaro Magazine : 24 octobre 1992
Le Figaro Magazine : Pourquoi avez-vous écrit ce livre ? Est-ce un programme de gouvernement ?
Édouard Balladur : La France est à un tournant de son histoire. L'après-guerre, marquée par le poids croissant de la collectivité sur la société, a pris fin. Il nous faut inventer autre chose. J'ai tenté d'apporter ma contribution à cet effort d'imagination. C'est très différent d'un programme de gouvernement, tout d'abord parce que c'est plus général, en second lieu parce que les réformes proposées ne pourront être mises en œuvre que sur une période sans doute longue d'une dizaine d'années.
Le Figaro Magazine : Est-ce que vous pourriez appliquer en deux ans les réformes que vous proposez dans cet ouvrage ?
Édouard Balladur : Certainement pas. Il y faudra beaucoup plus de temps. En revanche, ce qu'il faudra faire tout de suite, c'est déterminer les priorités parmi toutes ces réformes indispensables.
Le Figaro Magazine : Pourquoi un dictionnaire ? Est-il exhaustif ?
Edouard Balladur : Non, certainement pas. Il exprime ma conception sur l'avenir de notre pays, et cela seulement.
Le Figaro Magazine : Quand on vous lit, on sent se profiler un proche premier ministre, avec de la prudence et de la mesure. Avec prudence et mesure, justement, vous serez dans l'obligation d'accomplir un certain nombre de réformes qui, nécessairement, ne seront pas populaires et susciteront donc des difficultés politiques, dont la principale, me semble-t-il, sera le système de la cohabitation. Celle-ci est certainement envisageable, mais est-elle souhaitable ?
Édouard Balladur : Je l'ai dit, j'ai tenté d'apporter ma contribution à un effort d'imagination nécessaire, et pas de proposer un programme de gouvernement que je n'ai pas qualité de définir. Notre société réclame de nombreuses réformes : celle de l'enseignement de l'État et de la justice, celle des régimes sociaux permettant une plus grande solidarité, l'adaptation de notre système d'alliance pour assurer la sécurité de la France et de l'Europe dans des conditions nouvelles. Bien d'autres encore.
Ces changements demanderont du temps. Or notre pays ne disposera l'an prochain d'aucune marge de manœuvre, ni économique, ni financière, ni budgétaire. C'est dire que la solution de tous ces problèmes sera particulièrement difficile et longue.
Dès lors, la question se pose : devons-nous l'an prochain gouverner pour une période courte, alors que des réformes profondes sont nécessaires, que la situation du pays est très difficile et que l'effet bénéfique de ces réformes ne pourra pas se faire sentir immédiatement ?
De cela, l'opposition doit délibérer, arrêter une position commune, l'expliquer aux Français afin que ceux-ci votent en connaissance de cause.
Comment imaginer que nous demandions aux électeurs de désigner une nouvelle majorité qui aurait vocation à appliquer un programme de redressement et que cette majorité, aussitôt élue, déclare forfait ? Nous devons donc préciser publiquement notre attitude.
Pour ma part, il me semble que c'est précisément la gravité de la situation dans laquelle se trouve notre pays qui impose que l'on entreprenne au plus vite les changements nécessaires, aussi difficile que cela soit.
Le Figaro Magazine : Mais les pouvoirs constitutionnels du président de la République lui permettent de vous créer un certain nombre d'embarras.
Edouard Balladur : Certainement. Je rappelle cependant qu'en 1986-1988 nous avons pu mettre en œuvre nombre de réformes importantes, qui ont produit de bons résultats.
Le Figaro Magazine : Quelle doit être, selon vous, l'attitude du président de la République ?
Édouard Balladur : La Constitution lui confère des pouvoirs importants. Mais il est clair que, si les Français désignent une nouvelle majorité et approuvent par là même une nouvelle politique, le gouvernement se trouvera investi, de son côté, de la mission de mettre en œuvre la volonté des Français. Au président, par conséquent, de décider les conclusions qu'il estimera devoir en tirer.
Le Figaro Magazine : C'est la position qui a prévalu en 1986-1988. Le gouvernement était aussi investi d'une certaine légitimité…
Édouard Balladur : Et je vous l'ai dit, nous avons gouverné et appliqué notre politique avec efficacité.
Le Figaro Magazine : Que se passerait-il alors au cas où se multiplieraient les entraves à l'accomplissement de la tâche du gouvernement ?
Édouard Balladur : Nul n'est jamais obligé de conserver sa fonction s'il lui est impossible de l'assumer. C'est vrai à tous les échelons, dans la vie publique comme dans la vie professionnelle. À l'impossible nul n'est tenu.
Le Figaro Magazine : Nous serions alors dans une crise institutionnelle ?
Édouard Balladur : Crise institutionnelle, pourquoi ? Ce serait une crise politique. Elle pourrait être évitée si la volonté de changement manifestée par les Français est respectée.
J'ajoute qu'en 1988 le président et le Premier ministre en exercice étaient légitimement conduits à être tous deux candidats à l'Élysée. Cette situation n'est pas nécessairement appelée à se renouveler.
Le Figaro Magazine : Au-delà des préoccupations de la politique, les Français se soucient de comprendre les raisons de la crise actuelle : crise économique, de l'investissement, de l'immobilier, de la consommation, des entreprises, des banques, et j'en passe. Les analyses présentées ne paraissent jamais satisfaisantes. Elles font allusion à la situation internationale, à la monnaie, aux taux d'intérêt. N'y a-t-il pas une spécificité française de la crise ?
Édouard Balladur : En effet, il existe une spécificité française en matière de crise : c'est le chômage, qui nous frappe plus qu'ailleurs. Mais il est vrai que le monde tout entier vit dans un grand état de désordre et de découragement. C'est une affaire dont l'origine remonte à 1972, lors de la destruction du système de Bretton Woods, qui a entraîné la crise du pétrole, l'inflation et tous les désordres que nous avons connus. Aujourd'hui, l'activité est déprimée au Japon, aux États-Unis, en Allemagne. Partout, on a distribué trop de crédit, trop d'argent ; tout le monde est endetté : banques, entreprises, États, particuliers ; les acteurs de l'économie dans leur ensemble restreignent leurs dépenses pour essayer de rétablir l'équilibre de leurs comptes. Il s'agit là d'une cause générale de stagnation.
Quant à notre pays, de tous les grands pays du monde industriel, du G7, il est celui qui supporte les charges les plus lourdes, et de beaucoup : nous payons de 15 à 20 % d'impôts et de taxes de plus que nos grands partenaires. C'est un profond handicap pour le dynamisme de notre société.
Nous avions commencé en 1986 à surmonter ce handicap et obtenu des résultats appréciables. Lorsque nous avons quitté les affaires, les caisses de l'État étaient pleines, ce qui aurait dû permettre de continuer l'effort de baisse des charges, des impôts et du déficit. Si les excédents avaient été utilisés au désendettement, c'est 20 milliards de francs par an d'économie sur les intérêts de la dette que nous aurions réalisés et nos taux d'intérêt seraient moins élevés. Mais depuis 1988, l'effort a été stoppé par les gouvernements socialistes ; nous sommes maintenant dans une situation où les charges collectives, déficit compris, représentent presque la moitié de la richesse nationale. Chez nos concurrents, c'est beaucoup moins. Voilà, hélas ! la spécialité française. Voilà la différence entre la politique que nous avons menée et celle qu'ont menée les socialistes depuis 1988. Tout homme de bonne foi ne peut nier que cette différence est profonde.
Le Figaro Magazine : Vous parlez de l'ensemble des prélèvements obligatoires ajoutés au déficit ?
Édouard Balladur : Absolument. C'est le bon critère pour évaluer la charge qui pèse sur les Français. Mais il y a une autre cause, d'une plus grande ampleur, à la crise qui nous frappe. De tous les pays occidentaux, la France est sans doute celui qui s'est le plus collectivisé depuis la dernière guerre. Notre effort de réforme a été plus tardif que celui de nos voisins, plus bref, puisqu'il a été interrompu en 1988. La preuve en est le coût du travail. En Allemagne, quand une entreprise dépense 100 marks pour un salarié, celui-ci reçoit, toutes charges déduites, 70 marks. En France, quand une entreprise dépense 100 F pour un salarié, ce dernier ne perçoit, charges déduites, que 56 F. Vous voyez donc l'ampleur de la difficulté ! Autre preuve le système français d'enseignement, système napoléonien démocratisé par Jules Ferry et qui a eu son heure de gloire parce qu'il a contribué à forger la France républicaine. Mais je crains, que ce système n'ait épuisé son efficacité ! En Allemagne, à peine 5 % des jeunes de moins de 25 ans sont au chômage. En France, ils sont plus de 20 % ! En Allemagne, il y a 1 800 000 apprentis, et les entreprises sont directement concernées par la formation. En France, il n'y a que 200 000 apprentis !
J'en viens à une crise morale, qui tient à une interrogation profonde dans notre pays sur l'identité et la pérennité de la nation. Il existait un modèle français fondé sur la générosité, c'est-à-dire l'assimilation. Dans la civilisation française, il y avait l'idée de « l'homme universel ». Mais devant l'ampleur des problèmes que pose la coexistence de communautés très différentes par leurs cultures, leurs habitudes, leurs mentalités, le modèle français a depuis en plus de mal à fonctionner. C'est une source d'inquiétude supplémentaire, ressentie moins vivement dans d'autres pays : je pense à la Grande-Bretagne et aux États-Unis, où l'idée d'une homogénéité culturelle de la nation est moins répandue, comme d'ailleurs celle d'homogénéité sociale.
Le Figaro Magazine : Vous écrivez dans votre livre que toute réforme a besoin de temps pour être acceptée. Imaginons – l'hypothèse n'est pas complètement absurde – que vous soyez Premier ministre dans cinq mois et que vous prononciez votre discours de politique générale. Quelles sont les trois ou quatre réformes prioritaires selon vous ?
Édouard Balladur : Vous formulez une hypothèse d'école, mais je vais vous répondre : croissance économique, formation des jeunes, logement, dont la situation est aujourd'hui dramatique, et réforme sociale afin d'assurer la survie de notre système de protection sociale, l'élévation du salaire direct, le développement de la participation.
La réforme économique est une priorité : il faut donner un peu d'air, un espace plus grand à l'initiative et à l'activité individuelles. Sans une plus grande croissance, nous n'aurons pas de marge de manœuvre. La réforme du système éducatif est vitale. Nous sommes quelques parlementaires à avoir présenté un plan pour le développement de l'apprentissage. C'est le seul moyen de réduire le chômage des jeunes. Un jeune chômeur coûte à la collectivité plus de 70 000 F par an, alors qu'un jeune apprenti, même si l'entreprise bénéficiait d'avantages fiscaux pour le former, coûterait environ 50 000 F.
Le Figaro Magazine : Vous souhaitez l'introduction en France du référendum d'initiative parlementaire. La réforme de l'école semble en être un bon exemple d'application.
Édouard Balladur : C'est ce que j'ai proposé il y a de nombreux mois. S'agissant d'une réforme de cette ampleur, il est probable que seul le référendum permettra de la faire parce qu'elle nécessite le soutien actif et explicite de la population, le seul qui permettra de surmonter tous les obstacles.
Le Figaro Magazine : Ce sera aussi un bon moyen de lutter contre le chômage, qui touche 20 % des jeunes !
Édouard Balladur : Oui, et il faut en outre prendre en compte les jeunes qui n'ont pas de travail stable, pas d'emploi fixe. Au total, la moitié des jeunes de moins de vingt-cinq ans n'ont pas de véritable emploi. C'est la cause principale de ce qu'on appelle le « mal des banlieues ».
Le Figaro Magazine : Pourquoi êtes-vous persuadé qu'il faut changer ? Et pourquoi insistez-vous tant sur les difficultés du changement ?
Édouard Balladur : Le modèle français d'après-guerre, assez largement inspiré du socialisme, a vu ses mérites s'évaporer. Nous devons avoir l'ambition d'inventer un nouveau modèle de progrès, qui se tienne éloigné de tous les excès, qui sache marier la recherche de la liberté avec le sens de la justice. C'est fort difficile intellectuellement, c'est encore plus difficile politiquement. Tout effort de réforme se heurte aux droits acquis, aux structures existantes, aux multiples intérêts politiques ou économiques des diverses catégories. La difficulté de la réforme, ce n'est pas d'imaginer ce qu'il faudra faire, c'est d'être capable de la mettre en œuvre sans être contraint de battre rapidement en retraite.
Le Figaro Magazine : En lisant votre livre, on reste un peu sur sa faim dans le domaine de la fiscalité. Certes, vous affichez un objectif ambitieux : baisser l'ensemble des impositions de 15 %. Mais vous précisez immédiatement que cette réforme est périlleuse. Vous me semblez extrêmement prudent, avant même d'être au pouvoir !
Édouard Balladur : Je distinguerai deux catégories d'hommes politiques : ceux qui sont prudents avant d'arriver au pouvoir mais qui ne perdent ni leur imagination ni leur volonté. Et ceux, imprudents, qui en outre ne font rien ! C'est considérable, vous savez bien, une baisse de 15 % des impositions ! C'est une œuvre de très longue haleine, qui suppose la modernisation des structures de notre société.
Le Figaro Magazine : Il s'agit de revenir au niveau de l'Allemagne ?
Édouard Balladur : Oui, c'est notre principal partenaire. Nous prélevons 44 % de la richesse nationale, ce qui représente 400 ou 450 milliards de francs de plus que, toutes proportions gardées, les Allemands. Prenons un exemple : celui des cotisations familiales. J'ai proposé, pour alléger les charges des entreprises, de faire payer ces cotisations par le budget de l'État, sans que celui-ci finance cette dépense par un impôt nouveau. C'est possible en sept ou huit ans, grâce à un contrôle très strict des dépenses publiques. La réforme représente un transfert de 150 milliards de francs, soit deux points de la richesse nationale. On descendrait donc le taux de prélèvement de 44 % à 42 %. Grâce à l'allégement du coût du travail, les entreprises pourraient verser des salaires directs plus élevés. Un tel effort ne peut pas être accompli en un ni même en deux ans. Si l'on parvient à économiser 15 à 18 milliards chaque année, il faudra sept ou huit ans pour mener à bien ce transfert. Mon objectif est donc ambitieux, et même fort ambitieux.
Le Figaro Magazine : Vous évoquez aussi la simplification du barème de l'impôt sur le revenu. Cela veut dire combien de tranches et quel taux marginal ? Nous sommes à 56,8 % actuellement. Vous orienteriez-vous vers un système à l'américaine ou à la britannique avec trois ou quatre tranches et un taux marginal de 30 % à 35 % ?
Édouard Balladur : Non, je ne crois pas que ce soit possible. À mon avis, et en simplifiant, le taux marginal devrait être ramené à 50 % et le nombre des tranches abaissé à 4 ou 5 au lieu des 13 du barème actuel. Inutile de promettre de le faire rapidement. La promesse ne serait pas tenue.
Le Figaro Magazine : Mais la moitié des Français ne paient pas d'impôt sur le revenu.
Édouard Balladur : Oui, c'est vrai, et j'y ai en partie contribué, en exonérant de l'impôt deux millions de contribuables aux revenus faibles.
Le Figaro Magazine : Mais vous dites aussi que le consentement à l'impôt est à la base du système démocratique. Êtes-vous favorable à un nouvel accroissement du nombre de Français exonérés ?
Édouard Balladur : Non. Mais les Français, quels que soient leurs revenus, supportent des prélèvements sociaux beaucoup plus lourds que les autres et cela pèse lourdement sur les salaires les plus faibles. Quand on pense aux prélèvements sur les revenus, il ne faut jamais oublier les cotisations sociales.
Le Figaro Magazine : Les exonérations successives ont aggravé considérablement la charge fiscale des cadres moyens et supérieurs.
Édouard Balladur : Elles ont plus exactement concentré sur eux le paiement de l'impôt sur le revenu. Je rappelle néanmoins que de 1986 à 1988 nous nous étions attaqués également à ce problème en abaissant sensiblement le taux marginal.
Le Figaro Magazine : Vous affirmez qu'aucun des impôts sur le patrimoine ne peut ni ne doit être supprimé ! Pourquoi ?
Édouard Balladur : La fiscalité du patrimoine est beaucoup plus lourde en France qu'à l'étranger : 2 % du PIB chez nous contre 1 % en Allemagne. C'est un des points sur lesquels l'harmonisation européenne peut nous conduire à opérer des réformes. Vous le voyez, la construction européenne, qui nécessite l'harmonisation fiscale, peut être fort utile. C'est d'ailleurs ce qu'ont fait les socialistes en abaissant la fiscalité de l'épargne.
Le Figaro Magazine : Vous écrivez que la suppression de l'IGF entre 1986 et 1988 a « ranimé la confiance, permis des retours de capitaux qui ont financé des investissements nouveaux, créateurs d'emplois, mais qu'elle a fait planer sur elle le soupçon d'être trop favorable aux plus aisés ». C'est donc le « qu'en-dira-t-on » qui l'emporte ?
Édouard Balladur : Connaissez-vous une autre règle en démocratie que le respect du consentement général ? Je cite souvent une réponse de Solon auquel on demandait s'il avait donné une bonne Constitution aux Athéniens : « Je leur ai donné la meilleure de celles qu'ils pouvaient supporter », a-t-il répondu. Si c'était à refaire, je ne supprimerais pas l'IGF.
Le Figaro Magazine : Parlons d'une réforme très populaire que vous ne voulez pourtant pas entreprendre. Au rythme actuel, écrivez-vous, le déficit de la Sécurité sociale sera de 90 milliards en 1994. Il y a huit ou dix jours, les organismes officiels ont démontré qu'il était possible d'économiser immédiatement 60 milliards de francs (grâce notamment aux contrôles plus rigoureux des arrêts de maladie, des examens, des radiographies, etc.). Ma question sera directe : la suppression de la CSG est-elle totalement impossible ?
Édouard Balladur : D'abord, la CSG rapporte un peu plus de 30 milliards. Ensuite, il conviendrait de vérifier que les chiffres que vous me citez sont réalistes. Enfin, nous aurons 90 milliards de déficit dans deux ans. Même en réalisant 60 milliards d'économie, il restera 30 milliards de déficit. Si vous supprimez la CSG, vous aurez 60 milliards de déficit au lieu de 30 milliards, voilà tout. Je ne serais pas un homme responsable si je vous disais que, la situation étant ce qu'elle est, on peut laisser un trou de 60 milliards dans les comptes sociaux. Mais naturellement, nous n'éluderons pas longtemps la question des économies à réaliser. Elles doivent être concertées entre les différents partenaires sociaux, qui doivent, en cette matière, assumer pleinement leurs responsabilités. Cela suppose, comme je le propose, une réforme de la gestion de la Sécurité sociale.
Le Figaro–Magazine : À votre avis, le RPR et l'UDF sont-ils acquis au changement ?
Édouard Balladur : Oui, je le crois. Je pense qu'aujourd'hui les véritables conservateurs ce sont les socialistes, qui ne veulent pas changer la société française telle qu'elle est, en partie en raison de leurs convictions, en partie sans doute en raison de leurs intérêts politiques. Au cours de l'histoire, personne ne représente toujours et automatiquement la volonté de changement. Notre tour est venu d'assumer ce rôle.
Le Figaro Magazine : Vous savez que le RPR est plus ou moins agité en ce moment. Si j'ai bien compris, vous êtes accusé d'être responsable en son sein d'une dérive droitière, technocratique, pour ne pas dire « élitiste ». Plaidez-vous coupable ?
Édouard Balladur : Je crois le RPR aujourd'hui redevenu serein et rassemblé. Coupable ? De quoi ? D'avoir réussi le redressement de la France, en arrêtant la progression du chômage pour la première fois depuis tant d'années ? J'en suis fier, au contraire, et je n'ai qu'un regret : que cette politique de redressement ait été interrompue en 1988, au profit d'une autre, qui a manqué la chance exceptionnelle qui nous était offerte de « muscler » notre économie et de faire durablement reculer le chômage en continuant d'abaisser les charges. Voilà mon grand regret, la rupture survenue en 1988 dans notre politique budgétaire et fiscale. Que les socialistes aient intérêt à présenter leur politique comme la suite de la nôtre, je peux le comprendre, ils souhaitent se faire délivrer un brevet de bonne gestion. Mais allons-nous renoncer nous-mêmes à revendiquer nos différences, et mettre sur le même plan notre réussite en 1988 et l'échec socialiste de 1992 ? Qui pourrait comprendre pourquoi ?
Le Figaro Magazine : Certains affirment que le RPR n'est plus un « rassemblement » !
Édouard Balladur : Pour moi, et je l'ai écrit, le gaullisme est un effort pour rassembler toute la nation au service d'un effort collectif, ce n'est pas un populisme si l'on entend par là le souci de flatter toutes les catégories les unes après les autres. En même temps, c'est un effort pour réconcilier la société française après la coupure instituée à la fois par la révolution politique de 1789 et par la révolution industrielle du XIXe siècle. Le gaullisme est très imprégné du christianisme social.
Laissez-moi vous rappeler que je suis au nombre de ceux qui ont mis sur pied l'ordonnance de 1967 sur la participation voulue par De Gaulle, puis la mensualisation des salariés qui a été une grande réforme sociale faite par Pompidou. J'ai eu l'originalité, étant ministre des Finances, de me préoccuper beaucoup d'actionnariat populaire, d'intéressement et de participation et d'élaborer à cet effet deux ordonnances importantes qui ont d'ailleurs été en partie remises en cause. Depuis 1988, j'ai présenté avec d'autres parlementaires de l'opposition une série de propositions pour développer l'apprentissage, pour augmenter le salaire direct, pour préserver les retraites des salariés les plus modestes, pour développer les droits de la famille. N'est-ce pas là être fidèle à l'idée d'un gaullisme plus populaire ? Les mots ne sont jamais que des mots. J'ai la faiblesse de préférer les réalités.
Le Figaro Magazine : Depuis plusieurs années, les « affaires » se sont multipliées. Mais ce mot, entre guillemets, ne figure même pas dans votre dictionnaire. C'est un oubli ou de l'indulgence pour vos adversaires socialistes ?
Édouard Balladur : Il n'y a pas le mot « affaires » dans mon dictionnaire, c'est vrai, mais y figurent plusieurs autres mots : « morale », « corruption », « argent ». J'écris que si Montesquieu dit vrai, et si le ressort de la République est la vertu, il nous faut rompre le lien entre le pouvoir politique et le pouvoir économique, lien qui constitue la définition même du socialisme qui prône « l'économie mixte ». Mais cette rupture ne suffirait pas, car il y a aussi des scandales dans les régimes libéraux. C'est l'affaire de lois claires, égales pour tous, et de justice indépendante.
Le Figaro Magazine : Si vous étiez Premier ministre, auriez-vous un ministre de la Culture ?
Edouard Balladur : À nouveau, hypothèse d'école. Bien d'autres solutions sont possibles. Le problème n'est pas tellement de savoir si un ministre porte le titre de ministre « de la culture », mais de déterminer la mission qui lui est impartie. Depuis un certain nombre d'années, l'on a constaté une déviation. La gestion de la « culture » signifie en fait la prise en main de la société et des esprits à travers un réseau d'associations subventionnées, ou stipendiées, je vous laisse le choix du terme. C'est un conformisme d'État qui s'est mis en place et pas la liberté de création qui a été favorisée.
Le Figaro Magazine : Avec la création d'une clientèle ?
Édouard Balladur : Naturellement. À mes yeux, c'est le contraire de la culture. Les grandes époques de notre pays ont souvent été des époques de mécénat, c'est-à-dire de commandes publiques, de culture soutenue par l'État en quelque sorte, d'intérêt marqué par les pouvoirs publics pour la création intellectuelle et artistique. Nous sommes d'ailleurs un des rares pays où l'Institut soit sous une tutelle, lointaine, du pouvoir politique ou gouvernemental. Mais, à mon avis, une culture vivante est d'abord sécrétée par la société. En 1987, j'ai fait adopter une loi pour développer le mécénat. Je suis au regret de constater qu'elle n'a pas porté beaucoup d'effets.
Le vrai problème du ministère de la Culture, c'est de faire vivre de grandes institutions d'État, la Comédie-Française, l'Opéra, les musées nationaux et d'autres. Il est normal que l'État passe des commandes de bâtiments publics, d'œuvres d'art et qu'il influence donc la culture d'un pays. Mais il doit le faire avec mesure, en respectant toutes les tendances, toutes les innovations. En revanche, je m'élève contre l'appréhension de l'ensemble du secteur culturel par l'État et le pouvoir politique.
L'Expansion : 19 novembre 1992
L'Expansion : La réforme est devenue votre mot d'ordre. Mais on réforme mieux quand l'économie est prospère. L'état des finances publiques et de la conjoncture permettra-t-il au futur gouvernement de faire vraiment bouger les choses ?
Édouard Balladur : Contrairement à ce que j'entends dire partout, j'affirme qu'une autre politique est possible. Il est absolument faux de dire que les gouvernements socialistes ont poursuivi l'action que nous avions menée à partir de 1986. Si tel avait été le cas, les déficits budgétaires cumulés, et donc la dette publique, seraient inférieurs de près de 200 milliards à ce qu'ils sont aujourd'hui. Mais à la mi-1988, le gouvernement Rocard-Bérégovoy a choisi ce qu'il a appelé la « réhabilitation de la dépense publique ». Résultat : le déficit budgétaire a plus que doublé, l'endettement a augmenté presque dans les mêmes proportions, les baisses d'impôts ont été trois fois moindres en rythme annuel que celles que nous avions réalisées.
Que faudra-t-il faire en 1993 ? D'abord, un collectif budgétaire prévoyant une baisse des dépenses de 15 à 20 milliards de francs. C'est tout à fait réalisable. Cette baisse ne pourra pas être consacrée, en tout cas dans l'immédiat, à une diminution du déficit, mais à une action de soutien, voire de redémarrage de l'activité.
L'Expansion : Un retour aux politiques keynésiennes de relance par la dépense publique ?
Édouard Balladur : Pas du tout. Il y a deux sortes de déficits budgétaires à mes yeux. Les mauvais sont ceux qui proviennent de dépenses excessives – très difficiles à réduire par la suite. C'est ce qu'ont fait les gouvernements socialistes. En revanche, dans une période de conjoncture basse, on peut accepter un déficit transitoire pour relancer l'activité, en pratiquant des allègements de charges – soit d'une façon générale, soit pour aider spécifiquement certains secteurs.
En 1993, la priorité est donc d'abaisser les charges. Comment ? Nous avons le choix : commencer à réduire le nombre des tranches de l'impôt sur le revenu, en les ramenant progressivement de treize actuellement à quatre ou cinq – ce qui allégerait de 7 ou 8 milliards cet impôt pour les classes moyennes et stimulerait la consommation. Commencer à transférer vers le budget de l'État les cotisations d'allocations familiales payées par les entreprises, ce qui fiscalité du logement, de façon à encourager la construction, comme le propose le Conseil national des impôts, et à abaisser les impôts sur les revenus locatifs, impôts qui ont été fortement augmentés depuis 1988.
L'Expansion : Prenez-vous en compte le fait que le déficit de 1993 risque d'être supérieur aux 165 milliards annoncés ?
Édouard Balladur : Je pense que le déficit réel de 1993 sera voisin de 230 milliards. On nous dit : il y a 70 milliards de pertes de recettes en 1992, en raison du ralentissement de l'activité. Or le budget de 1993 est bâti sur une hypothèse de croissance, parfaitement irréaliste, de 2,6 % – alors que les prévisions des instituts de conjoncture sont dans une fourchette de 1 à 1,5 %. D'ailleurs, même si par miracle nous atteignions ces 2,6 % de croissance, le déficit serait supérieur aux 165 milliards annoncés par le gouvernement, en raison de la sous-évaluation des dépenses et du déficit de 1992. Les budgets 1992 et 1993, dont nous ne portons pas la responsabilité, auront alourdi la dette publique de 400 milliards, et donc la charge de la dette de 40 milliards par an.
L'Expansion : Vous dites qu'il faut préparer la France à la reprise mondiale. Mais on entend plutôt parler aujourd'hui de déflation, de replongée dans la récession. Quel est votre sentiment ?
Édouard Balladur : Je suis inquiet depuis près de deux ans. On m'a taxé de pessimisme excessif. Hélas, j'avais raison. L'économie internationale est loin d'avoir apuré ses dettes – qu'il s'agisse des États, des entreprises, des régimes sociaux ou des particuliers. Certains disent que la solution de nos problèmes, c'est le déficit budgétaire ou la baisse des taux d'intérêt. Mais voyez les États-Unis : un déficit égal à 5 % du PIB, soit près du double de celui de la France, des taux à court terme de 3,5 ou 4 %, soit moins de la moitié des taux français, et une monnaie qui a perdu près de 20 % de sa valeur en quelques mois. Et pourtant, l'économie américaine ne repart pas ! Cela prouve bien que la solution de nos problèmes, ce n'est pas l'aggravation du déficit, ni la dévaluation, ni la baisse artificielle des taux d'intérêt. Ceux-ci baisseront quand le déficit budgétaire, trop lourd – et que l'épargne nationale ne parvient plus à financer –, baissera.
L'Expansion : Vous avez demandé que l'opposition, en revenant au pouvoir, fasse réaliser un audit de la situation économique dont elle héritera. Que craignez-vous de trouver qu'on ne connaisse déjà ?
Édouard Balladur : Les décisions prises par l'actuel gouvernement vont produire des conséquences dont il faut que l'opinion prenne conscience. Des exemples ? D'abord le déficit du budget : outre le manque à gagner dû à la surestimation de la croissance de 1993, il y a une série de mesures fiscales qui viendront amoindrir les recettes à partir de 1994 ; les protocoles Durafour et Jospin sur les salaires de la fonction publique et des enseignants gonfleront les dépenses jusqu'en 1997, alors que rien n'est prévu pour leur financement ; le report de certaines dépenses au-delà de 1993, alors que certaines recettes, au contraire, sont prises en compte dès l'an prochain. Il n'est pas sûr, par exemple, que le marché boursier nous permettra de réaliser toutes les privatisations prévues. Enfin, n'oublions pas que, grâce à des mesures artificielles qui consistent à ponctionner tous les « fonds de tiroir » le déficit annoncé a été artificiellement allégé.
Il y a aussi les comptes sociaux : leur déficit atteint déjà 35 milliards, et aucune mesure n'est prise pour le combler. Actuellement, la Sécurité sociale fonctionne sur des avances hebdomadaires du Trésor !
Autre volet de cet audit, le chômage. Tout est fait aujourd'hui pour cacher son niveau réel : on pousse les entreprises publiques, les collectivités locales, les hôpitaux à recruter avec des contrats à durée déterminée de six mois qui, comme par hasard, viendront à échéance au printemps 1993. Je peux vous prédire une hausse substantielle et mécanique du nombre des demandeurs d'emploi au second semestre 1993…
Je souhaite que l'équipe qui gouvernera après mars ne fasse aucune promesse. Nous pourrons nous engager sur un programme, sur des moyens à mettre en œuvre. Pas sur des résultats. Il serait dangereux de décevoir les Français ; il faut leur dire la vérité, c'est le seul moyen d'obtenir leur soutien pour le redressement.
L'Expansion : Quelle forme prendra cet audit ?
Édouard Balladur : Il devrait être dressé par une commission constituée d'experts indépendants, avec un mandat précis. Par ailleurs, le collectif budgétaire que nous ferions voter devrait déjà contenir dans son exposé des motifs un premier bilan.
L'Expansion : Vous semblez avoir changé de doctrine sur l'utilisation des fonds de privatisation. En 1986, vous les réserviez pour les deux tiers au désendettement de l'État. Aujourd'hui, vous êtes prêt à les utiliser pour soutenir l'activité. Est-ce l'exemple socialiste qui a eu un effet de contagion ?
Édouard Balladur : Il est vrai que ma réflexion a évolué dans ce domaine mais cela ne doit rien à ce que vous appelez l'exemple socialiste. Je tiens toujours à ce que les privatisations soient réellement populaires, comme en 1986 : des millions de nouveaux actionnaires, notamment salariés de l'entreprise, ce n'est pas rien. Quant à l'utilisation de ces ressources par l'État, il ne s'agirait pas de les affecter à des dépenses ordinaires : créer un fonds pour garantir la valeur des retraites complémentaires, ou bien financer le logement social, ce sont en fait des investissements à long terme. Ce qui est anormal, c'est d'utiliser cet argent pour financer des dépenses courantes, comme le gouvernement socialiste le fait avec le plan emploi.
L'Expansion : Et sur la méthode, avez-vous également évolué ?
Édouard Balladur : Tout le monde reconnaît, finalement, que notre système de noyaux stables était excellent. Les socialistes me reprochent même de ne pas en avoir constitué de plus importants. Ce qu'il faut modifier, ce sont les modalités du choix de ces noyaux stables : il ne devrait plus être fait par le ministre de l'Économie, mais par la commission de privatisation. Le résultat ne serait guère différent, mais au moins seraient épargnés au ministre qui aurait à gérer cette affaire les reproches fondés sur la mauvaise foi.
L'Expansion : Jusqu'où êtes-vous prêt à élargir le champ des privatisations ?
Édouard Balladur : Nous n'avons privatisé que la moitié des entreprises inscrites sur la liste que nous avions dressée en 1986. Et cette liste peut maintenant être élargie à l'ensemble des entreprises publiques du secteur concurrentiel. Le total pourrait représenter plus de 200 milliards. Mais j'essaie aussi de m'informer sur la façon dont on procède à l'étranger, notamment en Allemagne, en Espagne ou en Italie. Dans ce domaine, il faut refuser tout dogmatisme.
L'Expansion : Quelles sont, pour vous, les réformes prioritaires ?
Édouard Balladur : Dans l'immédiat, nous pourrons mettre en œuvre les réformes sur lesquelles existe un certain consensus, ou qui ne sont pas trop coûteuses : un début de mise en œuvre du plan d'augmentation du salaire direct par transfert des charges d'allocations familiales, si la situation budgétaire nous laisse une marge suffisante ; la réforme de l'apprentissage ; les privatisations, bien entendu ; la réforme de la justice – nous sommes le seul pays où cette institution soit aussi impliquée dans les débats politiques – ; le renforcement de la sécurité.
À plus long terme, nous devrons nous attaquer à des réformes fondamentales dans trois domaines : les prélèvements obligatoires, qu'il faudra abaisser substantiellement pour redonner du dynamisme à l'économie ; l'enseignement, pour y associer davantage les collectivités locales, les entreprises et les parents ; enfin le mode de gestion de la Sécurité sociale, pour que les partenaires sociaux y jouent un rôle plus important – ce qui suppose un assainissement préalable des comptes.
L'Expansion : Pour réformer, vous voulez utiliser le référendum. Pensez-vous vraiment qu'on puisse résumer en une question simple des mesures souvent complexes ? À quelles réformes cette procédure pourrait-elle s'appliquer ?
Édouard Balladur : Je n'en dresserai pas une liste a priori. Mais si l'on consultait les Français sur la réforme de l'apprentissage, en leur expliquant comment elle pourrait réduire de moitié le chômage des jeunes, je suis sûr qu'ils seraient d'accord. Il ne faut pas sous-estimer la profonde évolution des esprits depuis quelques années. À propos de l'enseignement, par exemple, tout le monde – enseignants, syndicats, administration de l'Éducation nationale, collectivités locales, entreprises… – a compris qu'un système qui fabrique 20 % de chômage chez les moins de 25 ans devait être réformé.
L'Expansion : Dans le domaine de la protection sociale, y a-t-il une réforme plus prioritaire que d'autres ?
Édouard Balladur : C'est celle de la retraite. Les gouvernements socialistes le savent bien, ils ont multiplié les rapports qui prouvent que la situation est dangereuse, et cependant ils n'ont rien fait. On ne peut continuer ainsi, le déficit du régime de retraites s'accroissant de 10 milliards chaque année. Il faut maintenir comme base le système de répartition, mais en même temps faciliter la constitution d'un complément, notamment grâce à la hausse du salaire direct, qui permettrait aux salariés de décider librement s'ils veulent épargner davantage par la voie de la capitalisation.
L'Expansion : Comment pourraient-ils y être incités ?
Édouard Balladur : De deux façons. D'abord par des avantages fiscaux. Rien n'empêche d'envisager un système dégressif qui bénéficierait surtout aux salariés modestes. Il faudrait que l'entreprise puisse abonder les plans d'épargne de ses salariés, en échange, là aussi, d'un avantage fiscal. D'autre part, comme je vous l'ai dit, j'ai proposé la création d'un fonds de garantie des retraites par capitalisation, alimenté par une partie des ressources tirées des privatisations. S'il est bien géré, ce fonds produira des intérêts qui pourront être réaffectés ensuite à la caisse d'amortissement de la dette de l'État.
L'Expansion : Comment convaincre des Français désabusés politiquement que votre insistance sur la réforme va au-delà de la tactique électorale ?
Édouard Balladur : Mon livre n'est pas un programme politique. C'est une analyse de ce qu'est notre société, et des réformes de structures qu'il faut faire pour l'adapter au monde d'aujourd'hui – il y faudra plusieurs années. Je suis obsédé par le risque de marginalisation et de déclin de notre pays. J'aimerais qu'il invente un modèle de développement pour le siècle qui va commencer. Cela dépasse largement l'horizon du prochain gouvernement.