L'arrêt de la centrale nucléaire de Fessenheim

Mise en service en 1977, la centrale de Fessenheim va fermer. Un premier réacteur est arrêté le 22 février 2020, le second le 30 juin. Le démantèlement du site va ensuite se dérouler sur une vingtaine d'années, voire plus.

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La centrale nucléaire de Fessenheim, dans le département du Haut-Rhin, en région Grand Est.
La plus vieille centrale nucléaire de France en service entre dans un processus de démantèlement. L'arrêt du premier réacteur doit avoir lieu le 22 février 2020. Quatorze autres réacteurs devraient fermer en quinze ans. © magann - stock.adobe.com

Le décret n° 2020-129 publié au Journal officiel du 18 février 2020 abroge l'autorisation d'exploitation de la centrale nucléaire située sur la commune de Fessenheim dont était titulaire Électricité de France (EDF). Les deux réacteurs de la centrale doivent cesser leur activité le 22 février et le 30 juin 2020.

La centrale est située sur la rive gauche du grand canal d’Alsace, à 1,5 kilomètre du lit du Rhin à la frontière entre la France et l’Allemagne et à 40 km de la Suisse. 

L'arrêt des deux réacteurs

La centrale appartient à un parc électronucléaire standardisé dit de "deuxième génération", comme l’ensemble des 58 réacteurs exploités actuellement en France. Ces réacteurs à eau pressurisée (REP) sont d’une conception différente de ceux mis en service entre 1958 et 1966 (filière dite de "première génération") aujourd'hui tous arrêtés.

Fessenheim est la plus ancienne des centrales françaises encore en activité. Sa fermeture s'inscrit dans l'engagement de la France de réduire la part du nucléaire dans son mix énergétique. Aujourd'hui, le nucléaire est à l'origine de 71% de l'électricité produite en France, l'objectif est de ramener cette part à 50%.

Dans un courrier du 27 septembre 2019 adressé à la ministre de la transition écologique et solidaire, EDF a déclaré mettre à l'arrêt définitif les deux réacteurs. Cette déclaration est accompagnée d'un plan de démantèlement.

EDF a également déposé un dossier de demande de démantèlement auprès de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN). Après avoir instruit le plan et inspecté l’organisation mise en place par EDF pour préparer et piloter cette action, l’ASN a demandé à EDF le 3 février 2020 de préciser son scénario de démantèlement et d’améliorer son organisation. 

La première étape du démantèlement consiste à évacuer l'ensemble du combustible. Dans un deuxième temps seront démontés l'ensemble des équipements en contact avec les substances radioactives. La phase d'assainissement viendra clore le dispositif.

Les déchets générés par le démantèlement de Fessenheim

Selon EDF, le démantèlement de Fessenheim va générer 380 000 tonnes de déchets.

94% de ces déchets sont dits conventionnels (béton, métaux). Ils seront recyclés ou utilisés pour du remblais.

Les déchets radioactifs se répartissent en trois catégories :

  • les déchets de très faible activité (TFA) représentent 4% du total et seront envoyés sur le site de stockage CIRES situé à Morvilliers (Aube) ;
  • les déchets de faible et moyenne activité à vie courte (FMA-VC) représentent 2% du total et seront envoyés au centre de stockage de l'Aube ;
  • les déchets de moyenne activité à vie longue (MA-VL) représentent 0,1% du total. Ils seront temporairement stockés dans une installation de conditionnement et d'entreposage de déchets activés (ICEDA) sur le site de la centrale de Bugey. Ils sont destinés à être stockés définitivement dans Cigéo à Bure, dont la mise en service est prévue en 2025.

Quel avenir pour le territoire de Fessenheim ?

Le site comptait plus de 1 000 salariés et prestataires en 2018. Le petit village rural de 900 habitants de la fin des années 1960 s’est transformé en une commune de 2 400 personnes, abritant de nombreux cadres et techniciens supérieurs. Le fonctionnement de la centrale de Fessenheim a joué un rôle important dans la vie économique du territoire pendant toute sa durée d'exploitation.

La fermeture de la centrale remet en question le modèle économique sur lequel le territoire s'est développé. Pour la reconversion de la région, un "projet de territoire" franco-allemand a été signé par l'État, les collectivités territoriales françaises et allemandes sur un périmètre intégrant le triangle Colmar - Mulhouse - Fribourg. Ce projet prévoit notamment la création d'un parc d'activités EcoRhéna à vocation industrielle et fluviale. Le développement de cette zone économique sera porté par une société d'économie mixte transfrontalière.