Mal-logement : 14,6 millions de personnes fragilisées par la crise du logement

Alors que la trêve hivernale a pris fin le 31 mars 2022, retour sur le mal-logement en France avec le rapport de la Fondation Abbé Pierre publié en janvier 2022. Selon le rapport, plus de 4 millions de personnes sont non ou mal logées.

Habitat insalubre.
Le rapport pointe l’engorgement des hébergements d’urgence, le nombre des expulsions en augmentation ainsi qu'un doublement, depuis 2012, du nombre de personnes sans domicile. © Dominique Vernier - stock.adobe.com

En janvier 2022, la Fondation Abbé Pierre avait publié son 27e rapport annuel sur l'état du mal-logement en France. Le rapport pointait une intensification de la pauvreté et les effets durables de la crise sanitaire sur les conditions de logement et l'accès au logement.

Entre 2017 et 2020, le nombre de personnes sous le seuil de pauvreté a augmenté de 300 000 selon le rapport. Les 5% les plus pauvres ont même perdu jusqu'à 0,5% de leur pouvoir d’achat.

Fin de la trêve hivernale

La trêve hivernale est la période durant laquelle les procédures d'expulsion des locataires sont suspendues (sauf dans certains cas). En place depuis le 1er novembre 2021, elle a pris fin le 31 mars 2022. La prochaine trêve hivernale débutera donc le 1er novembre 2022.

Le nombre de personnes mal logées ne diminue pas

La Fondation signale que près de 4,1 millions de personnes sont considérées mal logées. Parmi elles :

  • 1 068 000 personnes ne disposent pas d’un vrai logement personnel, elles sont sans domicile fixe (SDF), vivent dans des habitations de fortune, sont hébergées chez des tiers ou sont en chambres d'hôtel ;
  • plus de 2 millions habitent des logements sans confort (pas d'eau courante, toilettes communes sur le palier, moyen de chauffage très dégradé...).

Le rapport souligne par ailleurs :

  • le doublement depuis 2012, du nombre de personnes sans domicile qui sont aujourd’hui 300 000 ;
  • l’engorgement des hébergements d’urgence (début décembre 2021, près de 4 000 personnes ont appelé en vain le 115 faute de places d'hébergement d'urgence disponibles) ;
  • l'augmentation du nombre des expulsions (12 000 en 2021 contre 8 200 en 2020).

Logement social : une dégradation de la situation

Outre la pénurie d’hébergements d’urgence, le rapport constate que la France manque de logements sociaux. Cette situation s'explique par la réduction de l’offre de logements sociaux mais également par la demande de logement social qui a progressé deux fois plus vite que le nombre de logements sociaux.

Dans le même temps, les aides au logement ont globalement diminué depuis dix ans. Les aides publiques au logement représentent 1,6% du produit intérieur brut (PIB) en 2020. Par exemple, l’aide personnalisée au logement (APL) a été réduite de 5 euros par mois et par ménage en 2017.

Le rapport reconnaît toutefois que l’encadrement des loyers introduit par la loi Alur en 2014 et la loi Élan en 2018 commence à produire des effets bénéfiques en limitant la hausse des loyers. Mais, la mauvaise régulation du marché de l’immobilier entraîne des hausses de prix dans l’immobilier. Le rapport de la commission présidée par François Rebsamen, publié à l’automne 2021, s’alarme de la chute de la construction. La France est ainsi passée, en début de quinquennat, de 437 000 mises en chantier en 2017 avant de chuter à 350 000 en 2020.

Le rapport note également que 12 millions de personnes vivent en précarité énergétique. La Fondation estime que la rénovation des 5 millions de logements "passoires énergétiques" doit faire l’objet d’une priorité nationale.

Face à ces constats, la Fondation préconise de :

  • produire 150 000 logements sociaux (et 15 000 par an pour l’Outre-mer) ;
  • créer une Agence nationale des travaux d’office pour résorber l’habitat indigne ;
  • réformer les prestations et minima sociaux.