Image principale 1
Image principale 1
© ursule - stock.adobe.com

Salles de consommation de drogues : une expérimentation à pérenniser ?

Temps de lecture  4 minutes

Par : La Rédaction

Les haltes soins addictions (HSA) de Paris et de Strasbourg consacrées à l'accueil des personnes ayant une addiction aux drogues injectées ont montré leurs bienfaits lors de leur expérimentation depuis 2016 selon un rapport d'octobre 2024 qui vient d'être rendu public en janvier 2026.

Remis le 5 janvier 2026, le rapport sur les haltes soins addictions (souvent appelées "salles de shoot") a été publié conjointement par l'Inspection générale des affaires sociales (IGAS) et l'Inspection générale de l’administration (IGA). Il propose un certain nombre de recommandations pour améliorer l'efficacité des centres et élargir l'accueil aux drogues inhalées telle que la cocaïne basée (crack).

La France compte aujourd'hui deux HSA, celle de Paris et celle de Strasbourg. Ces centres ont accueilli près de 550 000 injections depuis 2016. En 2023, les opiacés sont les produits majoritairement consommés dans la salle (80%). La cocaïne injectée est en hausse (12%).

Quelle fréquentation pour les centres de Paris et de Strasbourg  ?

Débutée fin 2016, l’expérimentation française d’espaces de consommation, alors dénommés "salles de consommation à moindre risque" (SCMR), a été prolongée en 2022 jusqu’au 31 décembre 2025 sous le nom de "haltes soins addictions » (HSA). 49% des usagers de la salle parisienne et 27% des usagers de la salle de Strasbourg n’ont aucune couverture sociale.

La HSA de Paris fait face à une fréquentation croissante. 781 personnes ont fréquenté le centre parisien au moins une fois dans l'année en 2023 (contre 753 en 2022), dont 132 nouveaux usagers inclus (143 inclusions en 2022). La majorité des personnes qui fréquentent ce centre est en rupture avec la plupart des services d'aide sociale. Lorsqu’ils arrivent au HSA de Paris, 40% n’ont pas de suivi social, ni de suivi médical.

Le nombre de personnes suivies à Strasbourg est comparable à celui de Paris mais la salle supervise huit fois moins de consommations. Le nombre de personnes ayant fréquenté le centre au moins une fois dans l'année a doublé depuis 2016 et a progressé de 25% entre 2019 et 2023, avec 824 usagers suivis à Strasbourg en 2023. La salle a enregistré environ 18 000 passages en 2023, soit 49 passages en moyenne par jour. 

 

Quels sont les bénéfices des haltes soins addictions ?

Les HSA accompagnent les usagers sur le plan sanitaire et social. Elles disposent notamment d'espaces de repos permettant d’engager un premier accompagnement social et sanitaire. 

Le rapport constate, à l’appui d’autres études, dont celle de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) publiée en 2021 et celle de la mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (Mildeca) de 2025, que les centres sont utiles pour les usagers mais aussi pour la tranquillité publique :

  • la consommation supervisée limite les pratiques d’injection dangereuses et le partage de matériel et réduit les risques infectieux ou les surdoses ;
  • la fréquentation d’une salle de consommation réduit les risques de passage aux urgences et les coûts associés ;
  • les seringues ramassées autour de la salle parisienne sont passées de 150 à moins de 10 par jour ;
  • les salles n’engendrent pas de délinquance, voire sont susceptibles de faire baisser le nombre de délits commis par leurs usagers.

L’étude recommande donc de faire rentrer dans le droit commun les HSA mais aussi d’améliorer le suivi des patients et des produits, notamment en autorisant l’analyse des produits consommés en haltes soins addictions pour en connaître la composition. Le rapport propose aussi d'étudier la création d'autres centres, qui devront toutefois répondre à certaines exigences, dont les caractéristiques de consommation et l'assentiment des riverains. 

En ce moment