"La place de l'intelligence artificielle dans l'éducation est un carrefour de malentendus" selon un rapport du Conseil de l'intelligence artificielle et du numérique remis le 29 juin 2026.
Les auteurs du rapport sur l'usage de l'intelligence artificielle (IA) dans le système éducatif appellent ainsi à "sortir de la clandestinité". Ils estiment que l'IA demeure un sujet "tabou" à l'école où les usages sont le plus souvent "dissimulés et non assumés".
Un usage répandu mais souvent dissimulé
Selon le rapport, l'usage de l'IA est encore souvent dissimulé à l'école. "Notre système éducatif est l'un de ceux au monde qui a le moins accompagné les enseignants dans l'appréhension des modèles de langage", souligne le Conseil. En 2024, la France était le pays de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) où les enseignants étaient les moins formés à l'IA. Le rapport appelle donc à renforcer leur formation et à mieux intégrer ces outils en classe.
Les élèves, notamment au collège et au lycée, utilisent déjà largement l'IA. En octobre 2024, un rapport du Sénat estimait que 90% des élèves de Seconde y avaient déjà eu recours pour leurs devoirs. L'objectif est désormais de les accompagner vers un usage critique et raisonné.
Enfin, les études montrent que l'IA est surtout efficace lorsqu'elle est mise au service des enseignants, notamment pour préparer les cours ou les évaluations. Si aucune étude n'a encore été menée en France, des pays comme l'Estonie, le Royaume-Uni, l'Allemagne et la Finlande ont déjà constaté des gains de trois à quatre heures de préparation par semaine pour les enseignants.
Des risques de "démission cognitive" des apprenants
Si l'IA peut faciliter l'accès à la connaissance et aider dans le travail, elle reste limitée, notamment dans ses versions gratuites, qui manquent souvent de "profondeur".
Pour le CIAN, une utilisation non encadrée peut nuire au développement cognitif et émotionnel des élèves et fragiliser la confiance dans l'éducation. Il s'agit donc de trouver un équilibre entre les bénéfices et les risques, en intégrant l'IA de manière réfléchie, avec une attention particulière aux enjeux écologiques et éthiques notamment.
Des études récentes confirment justement certaines dérives. L'OCDE pointe notamment le risque de "démission cognitive", lorsque les apprenants délèguent leur effort de réflexion à l'IA au lieu de développer leur propre raisonnement. Le Conseil insiste ainsi sur la nécessité d'apprendre à penser avec l'IA, mais aussi sans elle, afin de préserver la maîtrise des savoirs fondamentaux.
Comment mieux intégrer l'IA dans le système éducatif ?
Le rapport ne prône pas une utilisation sans limites de l'IA, mais un équilibre entre apprentissages avec et sans IA. Le véritable risque serait de laisser les élèves utiliser ces outils sans encadrement. Ignorer les IA génératives ne les fera pas disparaître car cela priverait les jeunes des compétences critiques nécessaires pour en comprendre les enjeux, précise le Conseil.
Pour faire entrer l'IA dans la salle de classe, le Conseil propose plusieurs pistes :
- faire en sorte que l'IA en éducation reste au service de la pédagogie et soit l'objet d'une évaluation rigoureuse sur ses impacts ;
- former les enseignants à l'IA et avec l'IA, principal point faible du dispositif actuel ;
- sensibiliser les élèves aux impacts économiques, sociaux et sociétaux de l'IA, ainsi qu'aux risques liés à certains outils ;
- fournir aux professionnels de l'éducation des outils d'IA performants et adaptés à leurs besoins.
Le Conseil estime également que la France devrait développer des entreprises nationales d'IA éducative afin de garantir une certaine souveraineté.
Parmi les recommandations du CIAN, figurent la formation de 850 000 enseignants, dont certains pourraient devenir des référents IA, un enseignement dédié dès le primaire, ou encore la définition d'un âge ou d'un niveau d'exposition acceptable à l'IA.
Le rapport conclut que "l'intégration de l'IA dans le système éducatif français doit se faire de manière encadrée est urgente".