Interview de M. Bruno Le Maire, ministre de l'économie et des finances, avec BFM Business le 4 mars 2020, sur l'impact économique de l'épidémie de COViD-19 .

Interview de M. Bruno Le Maire, ministre de l'économie et des finances, avec BFM Business le 4 mars 2020, sur l'impact économique de l'épidémie de COViD-19 . Bruno Le Maire 04/03/2020 Coronavirus

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Nous recevons Bruno LE MAIRE, le Ministre de l'Economie. C'est à vous, Hedwige CHEVRILLON.

HEDWIGE CHEVRILLON
Bonjour Bruno LE MAIRE.

BRUNO LE MAIRE
Bonjour Hedwige CHEVRILLON.

HEDWIGE CHEVRILLON
Merci d'être là, Ministre de l'Economie et des Finances. C'est important surtout, on va le voir dans un instant. Vous avez déclaré hier l'état d'urgence économique et annoncé que vous ferez tout pour soutenir les entreprises. On va y revenir largement, mais peut-être d'abord la réponse au niveau mondial, international. Hier s'est tenue une réunion téléphonique du G7-Finances. Vous avez décidé d'agir, d'agir de façon coordonnée. Mais on voit bien que déjà aux Etats-Unis la FED hier a baissé ses taux d'une manière surprise. C'est la première fois depuis 2008 dans ces conditions. Et que ç'a été un peu une sorte de coup d'épée dans l'eau malgré une frappe de choc. On peut dire ça comme ça. Comment vous interprétez cette décision de la FED ? Et est-ce que ça veut dire qu'il faut une réponse rapide des pays du G7 et de la France ?

BRUNO LE MAIRE
Je pense qu'il faut être prêt à une réponse rapide, mais la réponse aujourd'hui est d'abord nationale. Ma première pensée, elle va à tous les entrepreneurs qui s'inquiètent, à tous les secteurs qui sont directement touchés : l'hôtellerie, la restauration, l'événementiel, les traiteurs restaurateurs qui n'ont plus une seule commande aujourd'hui. Ça, c'est notre responsabilité nationale. Là, c'est à nous de prendre les mesures que nous avons déjà prises de soutien à la trésorerie, sur la fiscalité, sur les charges sociales, sur le temps partiel pour soutenir les entrepreneurs et les entreprises. Ça, c'est le niveau national. Après au niveau international, la FED a pris sa décision. Moi, je considère que la meilleure arme aujourd'hui, ce n'est pas la politique monétaire. Les taux sont déjà très bas, c'est vrai en particulier pour la Banque centrale européenne. Les taux d'intérêt sont négatifs. Donc les marges de manoeuvre de la politique monétaire sont limitées. Je pense en revanche que la Banque centrale européenne, elle prendra ses décisions de manière indépendante. Elle a des instruments pour soutenir les entreprises, les PME quand elles se financent auprès des banques. C'est plutôt ces instruments-là qui me paraissent utiles plutôt que jouer sur les taux d'intérêt qui sont déjà très bas voire négatifs. Puis l'autre instrument dont nous disposons, et je suis content qu'il figure dans le communiqué du G7 et j'espère qu'il figurera dans le communiqué des ministres des Finances de la zone euro dans quelques heures, c'est l'instrument budgétaire. Il faut que nous soyons prêts si on voit qu'il y a besoin de dépenses budgétaires supplémentaires pour relancer la croissance, soutenir l'activité, il faut que nous soyons prêts à utiliser cet instrument budgétaire qui aujourd'hui nous paraît plus efficace que l'instrument monétaire.

HEDWIGE CHEVRILLON
Mais malgré ses finances publiques, la France est donc prête à mettre en oeuvre un plan de soutien voire un plan de relance.

BRUNO LE MAIRE
Il y a des dépenses budgétaires qui vont résulter des mesures que nous prenons. Quel est l'essentiel ? L'essentiel, c'est que l'activité économique française puisse redémarrer le plus fort possible, le plus vite possible. C'est ça ma responsabilité de Ministre de l'Economie et des Finances. C'est de soutenir les entreprises au quotidien, activer la cellule de veille économique pour s'assurer de la continuité économique, s'assurer qu'on apporte une réponse heure par heure au quotidien à toutes les entreprises qui se posent des questions. Et c'est anticiper sur la fin de l'année pour se dire, quand on sera sorti de cette crise sanitaire, qu'on puisse redémarrer vite et fort. C'est ça notre responsabilité.

HEDWIGE CHEVRILLON
Mais ça veut dire quoi concrètement ? Si on prend l'exemple de l'Italie, il y a 3,3 milliards, 3,4 milliards qui ont déjà été mis sur la table. Vous êtes prêts à mettre de l'argent sur la table pour soutenir les entreprises et soutenir la croissance française.

BRUNO LE MAIRE
Je ne le présenterai pas comme ça. L'Italie a fait un choix un peu différent. Je dirais simplement si à un moment donné, il y a un étalement fiscal, un étalement social, un dégrèvement fiscal à faire parce qu'il y a une entreprise qui est menacée… Prenez un exemple très concret : vous avez une entreprise qui fait de l'événementiel, qui fait de l'activité de traiteur. Elle avait dix, quinze, vingt contrats, vingt devis qui tombaient chaque jour. Elle n'en a plus qu'un seul. Elle a deux, trois mois de trésorerie, l'épidémie se prolonge. Il ne faut pas laisser cette entreprise disparaître. Il faut pouvoir lui offrir des solutions qui auront un coût budgétaire. Et je pense que ce qui est responsable, c'est de permettre à cette entreprise de continuer à se développer, à passer ce moment difficile et l'Etat doit être là pour cela.

HEDWIGE CHEVRILLON
Mais Bruno LE MAIRE, on sait qu'au moment des Gilets jaunes, il y a quinze milliards voire dix-sept milliards qui ont été mis sur la table pour les Français, pour le pouvoir d'achat.

BRUNO LE MAIRE
C'est très différent.

HEDWIGE CHEVRILLON
Oui, oui. Ma question est : est-ce qu'il faut mettre aussi, je ne sais pas si c'est un tel montant bien sûr, pour booster l'économie française ?

BRUNO LE MAIRE
Non, je vais vous répondre très clairement, Hedwige CHEVRILLON, ce n'est pas le sujet aujourd'hui.

HEDWIGE CHEVRILLON
OK.

BRUNO LE MAIRE
Le sujet aujourd'hui, c'est des entreprises qui sont menacées de disparition, des hôteliers qui sont inquiets. Je voyais à Lourdes ou à Tarbes aujourd'hui vingt mille nuitées en moins. Des hôteliers qui voient le nombre de nuitées qui baisse. Certains secteurs d'activités comme le transport aérien, comme les services à la personne. Les services à la personne sont très directement touchés parce qu'aujourd'hui les contacts sont moins fréquents, ils sont plus difficiles. Ça remplit les gens d'inquiétude donc les services à la personne sont touchés. Moi je veux pouvoir dire à ces secteurs : vous avez une difficulté, nous sommes là pour vous aider et pour vous aider à passer ce moment difficile.

HEDWIGE CHEVRILLON
Donc on est bien d'accord, ce n'est pas un plan de relance, c'est plus un plan de soutien

BRUNO LE MAIRE
Ce n'est pas un plan de relance, c'est un plan de soutien aux entreprises.

HEDWIGE CHEVRILLON
Oui. En même temps, on le voit bien, vous avez parlé du G7, il y a la réunion tout à l'heure à laquelle vous participez sur la zone euro. On voit bien qu'il y a quand même un besoin de coordination internationale voire européenne. Ce que vous nous annoncez là, c'est plutôt des mesures nationales.

BRUNO LE MAIRE
Il faut aussi cette coordination européenne. C'est-à-dire qu'à un moment donné, si on voit que l'activité économique faiblit vraiment, ça c'est le deuxième temps mais nous n'y sommes pas aujourd'hui. Et je pense qu'il est très important de respecter aussi le calendrier et d'agir en fonction de ce que nous constatons réellement. Pas en fonction des rumeurs ou des "on dit", mais en fonction de ce que nous constatons réellement. Ce que je constate aujourd'hui à l'heure où je vous parle, c'est que beaucoup de secteurs économiques sont touchés, inquiets ; il faut les soutenir. Demain nous aurons peut-être une détérioration de la situation si jamais l'épidémie se prolonge dans le temps. Et peut-être qu'il faudra, au niveau de la zone euro là pour le coup, prendre des mesures de relance économique pour qu'il y ait plus de croissance et que nous n'ayons pas une situation de croissance qui se détériore durablement dans la zone euro. Et ce que je souhaite, c'est qu'aujourd'hui les dix-neuf ministres des Finances de la zone euro s'entendent pour dire : si à un moment donné dans cette crise, nous nous apercevons que la croissance est durablement et significativement touchée, nous sommes prêts à employer tous les instruments y compris l'instrument budgétaire. Et c'est vrai que le débat, il porte là-dessus : est-ce qu'on met sur la table ou non l'instrument budgétaire ? Moi je souhaite que nous mettions sur la table la possibilité de recourir à cet instrument budgétaire, si nous nous apercevions d'ici quelques semaines que la croissance de la zone euro est vraiment durement touchée.

HEDWIGE CHEVRILLON
D'accord. Donc c'est dans un deuxième temps et on n'y est pas, Bruno LE MAIRE. C'est ce que vous nous dites.

BRUNO LE MAIRE
Il faut s'y préparer.

HEDWIGE CHEVRILLON
Il faut s'y préparer.

BRUNO LE MAIRE
La responsabilité politique, c'est d'agir immédiatement et c'est surtout de préparer ce qui peut arriver d'ici quelques semaines.

HEDWIGE CHEVRILLON
Et il faut garder la tête froide comme l'a dit ici même le gouverneur de la Banque de France François VILLEROY DE GALHAU.

BRUNO LE MAIRE
Il a parfaitement raison. Garder beaucoup de sang-froid, beaucoup de sens des responsabilités, surtout n'agir que sur la base d'informations étayées et solides.

HEDWIGE CHEVRILLON
L'impact justement sur la croissance française, parce qu'on sait qu'elle était prévue de 1,3%. Vous avez déjà annoncé chez nos confrères de BFMTV que l'impact du coronavirus serait de l'ordre de 0,1%. Il s'est passé beaucoup de choses depuis. On voit bien qu'il y a vraiment une expansion de cette épidémie du coronavirus. Aujourd'hui l'OCDE dit : moins 0,4 pour la France d'impact. Vous, vous dites quoi ?

BRUNO LE MAIRE
Je ne donne aucun chiffre.

HEDWIGE CHEVRILLON
Pourquoi ?

BRUNO LE MAIRE
Parce que je n'ai pas d'éléments à ma disposition de remontées de l'activité des entreprises, entreprises industrielles, de la consommation qui me permettent au moment où je vous parle de vous donner des chiffres consolidés. Et je ne donnerai pas de chiffres nouveaux tant que je n'aurais pas des informations consolidées.

HEDWIGE CHEVRILLON
Mais ça sera plus que 0,1%, on le voit bien.

BRUNO LE MAIRE
Ce sera plus. Ce sera plus que 0,1 mais je ne confirme pas les chiffres de l'OCDE tant que je n'ai pas des informations de l'INSEE, du Trésor, de la Direction générale des entreprises qui soient à ma disposition. Je verrai tout à l'heure un certain nombre d'économistes, et je les remercie de venir m'éclairer sur la situation actuelle et qu'ils me donnent leur regard sur la situation actuelle, pour que nous partagions ensemble nos informations et les réponses qui leur paraîtraient les plus adéquates. On a une école d'économie française qui est d'une qualité mondiale.

HEDWIGE CHEVRILLON
Oui. On les connaît bien ici sur BFM Business. Ils viennent souvent.

BRUNO LE MAIRE
Je veux m'appuyer sur eux pour qu'on réfléchisse ensemble à une meilleure façon de sortir de la situation actuelle. Mais je ne donnerai pas de chiffres sur la croissance parce que je pense que c'est prématuré.

HEDWIGE CHEVRILLON
Mais en tous les cas, ça sera plus que 0,1.

BRUNO LE MAIRE
Ce sera plus que 0,1. Quand je vois les réunions que j'ai enchaînées depuis plus jours avec tous les secteurs qui sont touchés, ce sera plus que 0,1.

HEDWIGE CHEVRILLON
Est-ce qu'on peut dire qu'on est en train de franchir le pic de cette épidémie de coronavirus et de l'impact économique ? Quand on regarde ce qui se passe en Chine…

BRUNO LE MAIRE
Je vais être très sincère avec vous, je suis incapable de vous répondre. Ma responsabilité n'est pas de faire Madame Irma en vous disant : "Voilà ce qui va se passer", c'est d'être prêt. Prêt à répondre tout de suite, fortement, sans barguigner pour que les entreprises puissent passer ce moment difficile en particulier les PME. Quand je décide de classer le coronavirus comme un cas de force majeure, c'est un élément puissant pour que les entreprises puissent faire leur contrat avec du retard sans qu'il y ait de pénalités. Moi je comprends qu'une entreprise qui, tout d'un coup, a cinq, six salariés en moins ou qui s'approvisionne en produits qui ne sont plus disponibles, elle a du retard dans l'exécution de son contrat. Il ne faut pas qu'elle ait de pénalités. Ça, c'est ma première responsabilité. La deuxième, c'est de me dire : il faut qu'au moment où nous sortirons de la crise, que je ne connais pas et que je ne peux pas connaître, nous serons prêts et tous les instruments seront sur la table pour relancer puissamment la croissance en France et la croissance dans la zone euro.

HEDWIGE CHEVRILLON
C'est une situation un peu inédite pour un politique.

BRUNO LE MAIRE
C'est une situation totalement inédite mais ça ne change rien à une méthode de gouvernement qui doit reposer sur beaucoup de sang-froid, beaucoup de détermination et beaucoup de coordination entre les acteurs économiques et financiers concernés.

HEDWIGE CHEVRILLON
Si je puis me permettre, hier vous avez piqué un peu un coup de gueule sur les réseaux sociaux contre la flambée – ce n'est même plus une augmentation - des prix des fameux gels hydro-alcooliques et des masques. Vous avez dit : "C'est inacceptable." Qu'est-ce que vous pouvez faire ?

BRUNO LE MAIRE
Sur les masques, le président de la République a annoncé leur réquisition hier. Et sur les gels hydro-alcooliques, je vous annonce que nous prendrons aujourd'hui le décret d'encadrement des prix des gels hydro-alcooliques. J'ai demandé à la DGCCRF de faire le point, la Direction générale de la consommation et de la répression des fraudes. Qu'est-ce qui ressort des premières enquêtes ? D'abord c'est qu'il y a un manque de disponibilité des produits. Je voudrais juste dire à nos téléspectateurs que se laver les mains avec du savon, c'est tout aussi efficace et que le gel, c'est uniquement quand il n'y a pas d'eau et pas de savon qui sont disponibles. En deuxième lieu, il y a effectivement des cas isolés où des prix inacceptables ont été pratiqués. Donc il faut prendre cette décision d'encadrement du prix des gels hydro-alcooliques, elle sera prise dans la journée. Je proposerai le décret au Premier ministre d'ici quelques heures. Puis ensuite, j'en appelle là aussi au sens des responsabilités de chacun. Cette crise, nous arriverons à la passer de la meilleure manière possible si nous sommes tous solidaires.

HEDWIGE CHEVRILLON
Peut-être juste un instant sur les mesures de soutien aux entreprises. Vous avez dit donc que vous activez la clause de force majeure, ça c'est un point important, les mesures de soutien, les annulations des pénalités pour les entreprises.

BRUNO LE MAIRE
Ça, c'est un point fondamental.

HEDWIGE CHEVRILLON
Fondamental.

BRUNO LE MAIRE
Parce que pour beaucoup d'entreprises, je pense aux entreprises du bâtiment et des travaux publics…

HEDWIGE CHEVRILLON
Les pénalités de retard.

BRUNO LE MAIRE
Qui s'alimentent en produits et matières premières qui viennent de Chine, les produits ne sont pas disponibles. Elles prennent trois jours, une semaine, quinze jours de retard : il ne doit y avoir aucune pénalité. J'ai demandé aux collectivités locales d'appliquer le même principe. J'ai vu hier le président du MEDEF et le président de la CPME pour leur demander de passer aux filières économiques privées le même message qu'un grand donneur d'ordres qui attend la réalisation d'un contrat par son sous-traitant, si le sous-traitant on n'est pas à l'heure pour toutes sortes de raisons liées au coronavirus, il ne faut pas qu'il ait de pénalités.

HEDWIGE CHEVRILLON
Cofinancement du chômage partiel, l'Etat est prêt aussi à soutenir les entreprises ?

BRUNO LE MAIRE
L'Etat est prêt à soutenir les entreprises, il l'a déjà fait. Je peux vous dire qu'il y a cent soixante-cinq entreprises qui ont déjà demandé du chômage partiel. Ça représente une dépense, avec Muriel PENICAUD, de sept millions d'euros, un peu plus de sept millions d'euros, et nous verrons si le dispositif monte en puissance dans les jours et les semaines qui viennent. Nous répondrons présents là aussi sur ce dispositif.

HEDWIGE CHEVRILLON
Bruno LE MAIRE, il y a des dossiers industriels aussi importants. Vous êtes ministre de l'Economie, ministre des Finances mais aussi de l'Economie. On va y revenir. Juste hier je recevais Nicolas DUFOURCQ de BPIFRANCE justement qui met en place ces mesures de soutien que vous avez annoncées.

BRUNO LE MAIRE
Ils participent totalement. Je tiens à remercier la BPI parce qu'elle participe totalement, notamment en garantissant les prêts pour les PME. Une PME qui va dans une banque, on lui dit : "Désolé, votre activité n'est pas flambante, il n'y a pas de prêt disponible." La BPI se porte garant à hauteur de 70% au lieu de 40 % normalement.

HEDWIGE CHEVRILLON
Absolument, il nous a expliqué ça. Et il a dit aussi quelque chose d'intéressant sur ce fameux fonds Lac d'argent, ce fonds d'investissement qui est là pour investir dans les entreprises françaises. Il a dit : « On va dégainer extrêmement vite parce qu'avec la chute des cours, avec des secteurs qui sont très touchés, il y a des fleurons français qui sont visés. » Est-ce que vous êtes inquiet sur effectivement l'"OPAbilité" de certains fleurons français avec la chute des cours que nous observons ?

BRUNO LE MAIRE
Inquiet, non, mais déterminé.

HEDWIGE CHEVRILLON
Et la marge est où ? La différence est où ?

BRUNO LE MAIRE
Le président de la Banque publique d'investissement a raison. La différence, c'est que plutôt que de m'inquiéter, je prends des décisions. Je pense que c'est plus efficace pour effectivement protéger nos entreprises et leur permettre de se développer. Nous avons besoin d'avoir un fonds d'investissement…

HEDWIGE CHEVRILLON
Mais là, est-ce qu'il y a une fragilisation ? Est-ce qu'en ce moment avec ce qui se passe sur les marchés financiers…

BRUNO LE MAIRE
Toutes les difficultés économiques et toutes des difficultés sur les marchés peuvent fragiliser notamment en termes d'investissement et de financement un certain nombre d'entreprises, y compris les plus grandes entreprises. Et le fonds d'investissement que nous avons décidé de créer avec la BPI, c'est un instrument très puissant pour répondre à cette situation-là. Quatre milliards d'euros que vous pouvez aller investir dans ces grandes entreprises pour qu'elles puissent se développer et qu'elles ne deviennent pas la proie facile d'investisseurs qui n'ont pas forcément de bonnes intentions.

HEDWIGE CHEVRILLON
D'accord, donc là c'est dit. Sur RENAULT, est-ce que vous êtes très inquiet sur la situation financière de RENAULT ? Est-ce que l'Etat est prêt à éventuellement venir en soutien de RENAULT si besoin est ? RENAULT qui a, du reste, annoncé qu'il pourrait fermer des usines en France.

BRUNO LE MAIRE
Est-ce que RENAULT est dans une passe difficile ? Oui. Je ne vais pas vous dire le contraire, c'est la réalité et les marchés le voient et je connais aussi l'inquiétude des salariés. Est-ce que RENAULT a tout pour rebondir et redevenir un fleuron industriel automobile de classe mondiale ? La réponse est trois fois oui et je suis convaincu qu'ils vont y arriver. Et je veux le dire aux salariés qui nous écoutent, qui sont inquiets dans un certain nombre de sites, que ce soit à Dieppe, à Sandouville ou ailleurs : nous surveillons jour après jour la situation. J'ai reçu le président de l'Alliance, Jean-Dominique SENARD, qui fait un excellent travail à la tête de l'Alliance. Nous regarderons quels sont les sites qui peuvent être concernés et nous veillerons à ce que l'emploi soit le plus préservé possible.

HEDWIGE CHEVRILLON
Et donc il pourra y avoir des fermetures d'usines de RENAULT sur le sol français.

BRUNO LE MAIRE
Je ne veux confirmer aucune information de cet ordre-là. J'attends de voir ce que me proposera le président de l'Alliance et je lui ai déjà indiqué que nous serions très vigilants sur la situation de l'emploi en France. Mais le plus important à mes yeux, c'est qu'avec le nouveau directeur général Luca de MEO, on nous présente une stratégie de reconquête industrielle de RENAULT pour que la marque RENAULT, en termes de prestige, en termes de vente, en termes de motorisation qui est une des plus belles marques industrielles française, puisse réussir, vendre ses véhicules et retrouver de la profitabilité.

HEDWIGE CHEVRILLON
Juste un point, parce que ça faisait partie de la loi Pacte, on le sait, c'était ADP et ENGIE. ADP, c'est la fin du référendum sur la privatisation donc qui va arriver. A priori les opposants à cette privatisation ont perdu. Qu'est-ce que vous allez faire ? Est-ce que vous maintenez quand même ce processus de privatisation d'ADP ?

BRUNO LE MAIRE
J'ai pris un engagement et j'ai l'habitude de respecter mes engagements. J'ai pris l'engagement que tant que la procédure de recueil des signatures pour…

HEDWIGE CHEVRILLON
Mais ça, y est, elle se termine. C'est une question de jours.

BRUNO LE MAIRE
C'est une question de jours mais elle n'est toujours pas terminée. Et je ne prendrai aucune décision, je ne ferai aucun commentaire tant que cette période n'est pas finie. J'attends la fin de cette période et ensuite nous verrons quelles décisions nous prendrons.

HEDWIGE CHEVRILLON
Et pour ENGIE, vous attendez la nomination d'un directeur voire d'une directrice générale – ce qui serait peut-être un miracle – à la tête d'ENGIE ?

BRUNO LE MAIRE
Ce n'est pas un miracle. Vous savez, il y a un nombre de femmes compétentes, aptes à diriger un grand groupe industriel considérable en France.

HEDWIGE CHEVRILLON
Il y en avait une, non ? Il y en avait une.

BRUNO LE MAIRE
Moi, je ne crois pas du tout à ce discours qui consiste à me dire à chaque fois - c'est un discours que je ne supporte plus - qui consiste à me dire : « Désolé, on aurait bien aimé que ce soit une femme mais… » Alors, je vais vous dire le mot qu'on emploie toujours : "Il n'y a pas le vivier." Il n'y a pas le vivier parce qu'on ne veut pas aller chercher les femmes compétentes. Il y a des femmes compétentes et il y a des femmes compétentes qui pourraient diriger un jour une grande entreprise industrielle comme ENGIE.

HEDWIGE CHEVRILLON
Vous êtes pour des quotas au sein d'un comité exécutif ?

BRUNO LE MAIRE
Oui, je suis pour des quotas. Oui, je suis pour qu'on impose la parité entre les femmes et les hommes dans notre pays.

HEDWIGE CHEVRILLON
Alors il y a une pépite, une pépite dont on a beaucoup parlé ici même dans Good Morning Business, PHOTONIS. PHOTONIS, c'est une entreprise stratégique qui fabrique notamment ces fameuses jumelles à vision nocturne, qui appartient à un fonds français. Enfin français, il faut le dire vite, mais enfin qui reste français. Ils veulent le vendre à un Américain, TELEDYNE. Est-ce que vous y êtes favorable ou pas ? Sachant que déjà ce groupe américain travaille en France et a des contrats importants en France.

BRUNO LE MAIRE
Il y a cette première option qui est l'option américaine avec une entreprise effectivement qui a très bonne réputation qui est TELEDYNE. La vente peut être encadrée par le décret sur les investissements en France avec des engagements que nous imposerions à ce repreneur américain. Puis il y a une deuxième solution et cette deuxième solution, Hedwige CHEVRILLON, je peux le dire avec beaucoup de clarté, elle a ma préférence : c'est de trouver un repreneur français. Un repreneur industriel français, pour moi, ce serait la logique de souveraineté, de protection de nos technologies et j'invite tous les industriels qui peuvent être concernés à examiner avec attention…

HEDWIGE CHEVRILLON
THALES et SAFRAN ont dit a priori non.

BRUNO LE MAIRE
Ou, mais nous avons une part du capital dans THALES par exemple, et je pense qu'il faut engager la discussion avec THALES pour voir si une reprise est possible. Je sais que c'est difficile, c'est toujours difficile. On m'explique toujours : "Ça va être trop compliqué, il y a une autre solution." Je souhaite que tout le monde, pas simplement l'Etat mais aussi les entreprises industrielles, se relève les manches pour se dire "Est-ce qu'on ne peut pas trouver une solution industrielle française pour reprendre PHOTONIS et garantir que ces technologies de visée nocturne qui sont sensibles, qui équipent l'armée française, restent françaises ?"

HEDWIGE CHEVRILLON
La préférence française de Bruno LE MAIRE, on l'a bien compris. Toute dernière question, tout dernier dossier ; là aussi il y a une question. Il y a encore deux dossiers. Hayange, dans le cadre de la reprise de BRITISH STEEL par un Chinois. Quelle est la position du Ministre de l'Economie et des Finances ?

BRUNO LE MAIRE
Ma position est très simple. Hayange fait les rails de la SNCF donc c'est une activité qui est stratégique. Donc je souhaite qu'aujourd'hui on trouve un repreneur puisque BRITISH STEEL sera repris sans Hayange. Nous avons quatre offres de reprise d'Hayange dont trois qui sont très sérieuses. On va poursuivre l'examen mais je n'ai pas d'inquiétude pour Hayange, pas d'inquiétude pour ses salariés. C'est une très belle entreprise qui fournit un actif stratégique pour la SNCF donc nous veillons à ce que la reprise se passe dans les meilleures conditions possibles.

HEDWIGE CHEVRILLON
Toute dernière question, toute dernière question Bruno LE MAIRE. HUAWEI installe une usine en France. C'est un chantage à l'emploi en vous disant : "Il faut autoriser HUAWEI dans la 5G sinon il n'y a pas d'usine en France" ?

BRUNO LE MAIRE
.Personne et certainement pas moi ne cède à quelque chantage que ce soit. Il y a une position qui a été prise sur la 5G qui est très claire. Nous ne faisons pas de discrimination vis-à-vis de quelque entreprise que ce soit, ni chinoise, ni américaine. Simplement nous veillons à nos intérêts de sécurité et à nos intérêts stratégiques.

HEDWIGE CHEVRILLON
Ça ne modifie pas votre position.

BRUNO LE MAIRE
Ça ne modifie pas d'un iota la position du gouvernement français sur la 5G.

HEDWIGE CHEVRILLON
Merci beaucoup Bruno LE MAIRE, Ministre de l'Economie et des Finances, d'avoir été avec nous dans Good Morning Business.

BRUNO LE MAIRE
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 9 mars 2020

Politique gouvernementale Epidemie Politique economique Politique industrielle 203000572
Date et heure de mise à jour

Interview de M. Bruno Le Maire, ministre de l'économie et des finances, à Sud Radio le 14 février 2020, sur la réforme des retraites, la baisse du chômage, la politique industrielle et le plan de lutte contre le séparatisme.

Interview de M. Bruno Le Maire, ministre de l'économie et des finances, à Sud Radio le 14 février 2020, sur la réforme des retraites, la baisse du chômage, la politique industrielle et le plan de lutte contre le séparatisme. Bruno Le Maire 14/02/2020 Politique économique

Patrick ROGER
Bonjour Bruno LE MAIRE.

BRUNO LE MAIRE
Bonjour.

PATRICK ROGER
On va parler économie, les résultats du chômage, emploi, souveraineté, dans un instant, dossier aussi des retraites, mais depuis hier il y a des informations qui circulent sur la vie privée de Benjamin GRIVEAUX, sur une vidéo à caractère sexuel. Est-ce que vous attendez vous-même des explications, est-ce que vous avez d'ailleurs, aussi, des informations ?

BRUNO LE MAIRE
Je n'ai aucune information, aucune confirmation, donc aucun commentaire particulier à faire Benjamin GRIVEAUX, je crois, s'exprimera dans quelques minutes, donc attendons que Benjamin GRIVEAUX s'explique.

PATRICK ROGER
En tout cas c'est un petit séisme politique pour l'instant déjà, non ?

BRUNO LE MAIRE
Attendons, une fois encore, la confirmation des informations, et ce que Benjamin GRIVEAUX souhaitera dire d'ici quelques instants.

PATRICK ROGER
Le dossier des retraites Bruno LE MAIRE, on est à 3 jours de la présentation à l'Assemblée, on ne connaît pas encore très précisément l'impact financier. Vous avez eu des rencontres hier soir, avec des députés de La République en marche, qui travaillent sur cet impact financier, est-ce que vous-même vous êtes rassuré, est-ce que vous les avez aussi rassurés sur cet impact financier, parce qu'on a du mal à y voir clair quand même ?

BRUNO LE MAIRE
Ce que nous avons surtout décidé, avec Laurent SAINT-MARTIN hier, le rapporteur général du budget, c'est de regarder dans le détail quel sera l'impact financier après 2027. Il y a une première étape, c'est jusqu'en 2027 comment est-ce qu'on trouve 12 milliards d'euros pour parvenir à l'équilibre, ça c'est le rôle de la commission de financement, qui se réunit, qui va rendre des conclusions en avril, et j'espère que nous arriverons à un compromis, dans ce cadre-là, avec les organisations syndicales, avec le Premier ministre, sur les modalités de financement de ces 12 milliards d'euros, pour qu'on parte avec une réforme à l'équilibre. Ensuite il y a la réforme en régime de croisière, combien est-ce qu'elle va coûter, ça c'est ce sur quoi nous allons travailler, avec Laurent SAINT-MARTIN, avec le ministre des Comptes publics Gérald DARMANIN, et ça dépendra beaucoup des choix qui seront faits par les parlementaires, quels choix seront faits, par exemple, sur les carrières longues, sur un certain nombre de compensations, est-ce qu'il y a des choses qui vont évoluer dans le cours du débat parlementaire. Donc, il faut attendre d'avoir les résultats du débat parlementaire, avoir tous les détails de la réforme des retraites, pour mesurer le financement en régime de croisière. Et puis il y a une troisième chose, c'est un certain nombre de décisions qui ont été prises, par exemple la revalorisation du salaire des enseignants, sur laquelle il faut attendre les discussions entre Jean-Michel BLANQUER et les syndicats enseignants, là c'est des dépenses qui sont immédiates, qui seront inscrites dans le budget pour 2021, qui se chiffrent en centaines de millions, ce n'est pas des milliards d'euros, mais il faut quand même trouver ces centaines de millions, et nous allons y travailler.

PATRICK ROGER
Et pour les professions libérales également, il y a des impacts avec la réforme, aussi, qui touche les professions libérales, il y a beaucoup de choses en cascade comme ça.

BRUNO LE MAIRE
Tout cela va être mesuré, mais il faut prendre son temps, une fois encore il n'y a pas d'urgence, à partir du moment où, pour 2027 c'est 12 milliards d'euros à trouver, et là il faut que la conférence de financement fasse des propositions, et une fois encore j'espère vraiment que nous parviendrons à un compromis dans le cadre de cette conférence de financement, et après il y a le régime de croisière au-delà de 2027. Pour moi la vraie urgence c'est surtout comment est-ce que nous allons financer les revalorisations de certains traitements, par exemple les enseignants, parce que là c'est un impact budgétaire immédiat pour le budget 2021, qui doit être discuté en octobre prochain.

PATRICK ROGER
Alors ensuite il y a cette présentation, la semaine prochaine. S'il y a de nouveau beaucoup d'amendements, est-ce qu'il faudra "passer en force et utiliser le 49.3", Bruno LE MAIRE ?

BRUNO LE MAIRE
Moi je souhaite que le débat parlementaire aille jusqu'au bout, et que ça se fasse dans un cadre…

PATRICK ROGER
Jusqu'au bout c'est quoi, parce que… ?

BRUNO LE MAIRE
Dans un cadre… parce que, dans le fond, qui veut le 49.3 ? C'est les opposants, qui sont en train d'essayer de vous pousser, parce qu'ils ne veulent pas de débat, enfin la France Insoumise, tous ceux qui bloquent, tous ceux qui déposent à chaque fois des amendements d'annulation à chaque article, ils ne veulent pas le débat, ils refusent le débat, ils font obstacle au débat, et vraiment…

PATRICK ROGER
Ils sont anti-démocratiques alors ?

BRUNO LE MAIRE
Je trouve qu'ils font du tort à la démocratie, parce que la démocratie c'est le débat, c'est le dialogue, d'abord entre citoyens…

PATRICK ROGER
Eux vous rétorquent que vous ne les écoutez pas, que vous ne les entendez pas.

BRUNO LE MAIRE
On ne peut pas écouter à partir du moment où la seule proposition que fait la France Insoumise c'est de dire « je bloque le texte, je refuse le texte, et je veux le retrait du texte. » Moi j'aimerais que chaque Français comprenne que ce que bloque actuellement la France Insoumise, ce que bloquent les opposants qui multiplient les amendements de blocage, c'est à la retraite à 1000 euros nets, lorsque vous avez une retraite à taux plein, pour tous les Français…

PATRICK ROGER
Carrières pleines.

BRUNO LE MAIRE
Pour les carrières pleines, ce qu'ils bloquent c'est la revalorisation de 5% quand vous avez un enfant, ce qu'ils bloquent c'est le décompte de votre pension de retraite dès la première heure travaillée, alors qu'aujourd'hui ce n'est pas le cas. Ce qu'ils bloquent, c'est une réforme de justice, et ils ne font aucune proposition alternative pour consolider notre système de retraite par répartition. Donc je pense que c'est un comportement qui est contraire aux principes de la démocratie, qui nuit à la démocratie, et qui empêche les Français d'avoir une réforme des retraites qui soit solide et juste, comme ce que nous proposons.

PATRICK ROGER
Alors, est-ce que justement cette baisse du chômage aussi, d'hier, est solide, vous avez utilisé ce terme à l'instant, parce que certains détracteurs vous attaquent en disant que c'est un contexte mondial, que c'est le produit aussi de certaines radiations, de la réforme de l'Assurance chômage, et puis qu'il y a beaucoup de petits jobs, on a entendu tout à l'heure quelqu'un de Deliveroo qui disait « voyez, je me suis installé, je me suis mis à mon compte, et aujourd'hui je me trouve un petit peu coincé, pris, c'est une forme d'ubérisation ». Qu'est-ce que vous répondez à ça, à ces critiques ?

BRUNO LE MAIRE
Sur ce dernier point non, au contraire, il y a une augmentation très forte des emplois en CDI, en contrats à durée indéterminée, donc il y a une amélioration de la qualité du travail, ce n'est pas nous qui le disons, c'est l'INSEE, c'est-à-dire un organisme qui est totalement indépendant. Mais je vais vous dire, ça fait partie du jeu politique, si le chômage avait augmenté, ça aurait été la responsabilité de la politique économique du gouvernement, si le chômage baisse, c'est le contexte international et ça n'a rien à voir avec la politique économique du gouvernement, donc c'est le jeu…

PATRICK ROGER
Non, mais vous savez aussi que les chiffres on peut leur faire dire… on peut faire dire des choses aussi différentes aux chiffres quoi, l'interprétation.

BRUNO LE MAIRE
C'est le jeu, je l'accepte, et moi je veux dire des choses très simples. Ces chiffres ce sont ceux de l'INSEE, un organisme indépendant, sur lequel personne n'a de prise, ce n'est pas les chiffres de Pôle emploi, ce n'est pas les chiffres d'un organisme qui dépend du gouvernement, ce sont les chiffres de l'institut national des statistiques dans lequel tout le monde peut avoir confiance. La deuxième chose que je tiens à dire…

PATRICK ROGER
Et pas dans ceux de Pôle emploi ?

BRUNO LE MAIRE
La deuxième chose que je tiens à dire c'est que, effectivement, il reste beaucoup de choses à faire, évidemment que, par exemple, pour les personnes de plus de 50 ans qui cherchent un emploi, ça reste extrêmement difficile et il faut se battre pour faire une place aux seniors dans la vie active, évidemment que sur les jeunes la situation n'est pas satisfaisante, évidemment, et là je le dis en me déplaçant régulièrement en France, je vois bien qu'il y a des départements, on est quasiment au plein emploi, vous avez 26 départements, ou 24, dans lesquels le taux de chômage est à 7%, ou en dessous de 7 %, et puis vous avez d'autres départements, où ça reste très difficile, où le taux de chômage reste au-dessus de 10 %. Donc ça veut dire qu'il faut que cette baisse du chômage touche tous les Français, quel que soit leur âge, quelle que soit leur qualification, et touche tous les territoires, c'est ça le défi que nous avons à relever, avec Muriel PENICAUD, dans les mois qui viennent. Mais je veux redire à quel point, ces chiffres, ils montrent une chose simple, notre politique économique marche, elle est la bonne, la politique de l'offre, la politique de la qualification, la politique du développement de l'apprentissage, avec 490.000 jeunes qui étaient en apprentissage en 2019, la politique qui consiste à baisser les impôts sur le capital, pour que les entreprises puissent investir, innover et réindustrialiser la France, ça marche, puisque pour la première fois depuis 12 ans nous créons des emplois industriels.

PATRICK ROGER
Il ne faut pas en laisser certains sur le côté du chemin, c'est ce que vous dites, et ça…

BRUNO LE MAIRE
Il faut que tout le monde puisse bénéficier de cette baisse du chômage, et j'insiste vraiment sur l'idée de l'unité territoriale, parce que je pense que c'est un des risques pour la France, c'est d'avoir des territoires qui réussissent très bien, qui ont les universités, les emplois, les industries, et puis d'autres qui se retrouvent à la ramasse. Eh bien c'est vers ceux-là qu'il faut se tendre…

PATRICK ROGER
Ou qui n'ont pas de main-d'oeuvre, comme dans le Cantal.

BRUNO LE MAIRE
Et c'est à eux qu'il offrir des solutions, ça fait partie des défis à relever dans les mois qui viennent.

PATRICK ROGER
C'est ça, ou comme des départements qui n'arrivent pas à trouver, à recruter…

BRUNO LE MAIRE
Oui, ou des départements qui perdent tout simplement des personnes, je pense par exemple aux Ardennes, où chaque année vous avez des personnes qui quittent le département parce qu'ils se disent on trouvera de l'emploi ailleurs. Les Ardennes c'est un département magnifique, qui a une belle tradition industrielle, qui a des villes qui sont remarquablement dynamiques, regardons comment est-ce qu'on peut faire pour que ces départements trouvent de l'emploi et de l'activité.

PATRICK ROGER
Et en Occitanie, par exemple aussi, qui est fortement touché, toujours, par le chômage. Emmanuel MACRON a voulu amorcer hier un tournant vert pour le quinquennat, est-ce que l'écologie, Bruno LE MAIRE, est compatible avec l'industrie et l'emploi ? Parce que pour certains, il faut moins consommer, moins dépenser et moins se déplacer.

BRUNO LE MAIRE
Elle doit être compatible…

PATRICK ROGER
C'est tout le défi, non ?

BRUNO LE MAIRE
Le défi que nous avons à relever c'est comment est-ce que l'on conjugue prospérité et respecter de l'environnement. Moi je crois que personne n'a envie, chez les auditeurs qui nous écoutent, d'avoir un système de soins qui soit dégradé, d'avoir des soins de moins bonne qualité, d'avoir une vie quotidienne qui soit moins facile, de ne plus pouvoir se déplacer parce qu'on aurait supprimé toutes formes de transport, non. Les gens, légitimement, ils veulent que leur vie s'améliore, ils veulent avoir une vie plus prospère, et surtout que leurs enfants aient une meilleure vie. Mais, dans le même temps, on doit conjuguer ça avec le respect de l'environnement, le respect de la planète, la lutte contre le réchauffement climatique, c'est tout le défi que nous avons à relever, et moi je pense…

PATRICK ROGER
Oui, mais comment faire, pour l'industrie notamment ?

BRUNO LE MAIRE
Pour l'industrie ça passe justement par des innovations, par de l'investissement et par les nouvelles technologies. C'est mieux d'avoir une voiture électrique – je ne dis pas que la voiture électrique est parfaitement propre, qu'il n'y a pas des problèmes avec les batteries – je dis simplement qu'en termes d'émissions de CO2 une voiture électrique est aujourd'hui préférable à une voiture thermique. Donc, on investit massivement, pour avoir nos propres usines de production de batteries électriques, c'est ce que nous avons inauguré, avec le président de la République, il y a quelques semaines, à Nersac en Nouvelle Aquitaine, on va ouvrir une usine de batteries électriques dans le Nord de la France d'ici 2 ans, et on va créer une filière de batteries électriques pour les véhicules, et on va conjugueur, donc, mobilité, développement et respect de l'environnement.

PATRICK ROGER
Oui, parce que parmi les actions concrètes, il y a la rénovation justement des logements…

BRUNO LE MAIRE
La rénovation des logements, bien entendu.

PATRICK ROGER
Il y a 30 millions de logements ; oui, mais est-ce que vous allez mettre sur la table des aides, il y a 30 millions de logements à rénover.

BRUNO LE MAIRE
Mais, sur l'aide à la rénovation, nous dépensons déjà des sommes qui sont très importantes, et je pense que ce sont des sommes qui sont extraordinairement bien employées, que de dire aux Français "vous rénovez votre logement et vous avez un avantage fiscal." On va développer l'hydrogène, parce que je pense que l'hydrogène est une des possibilités, notamment pour le transport collectif, demain, un peu plus tard, pour le transport aéronautique, qui va nous permettre de conjugueur déplacements, prospérité et respect de l'environnement. Donc il y a plein de solutions, et nous le défi que nous voulons relever, avec le président de la République, dans le cadre du Pacte productif, dont il va présenter les grandes orientations en avril, c'est de dire aux Français : nous serons la première économie décarbonée en Europe, la première économie qui va conjuguer croissance et respect de l'environnement.

PATRICK ROGER
Et, Bruno LE MAIRE, en attendant il y a aussi des emplois qu'il faut garder, éventuellement, c'est le cas dans l'industrie. Il y a actuellement l'usine Photonis, qui est basée du côté de Brive-la-Gaillarde…

BRUNO LE MAIRE
A Brive.

PATRICK ROGER
Voilà, c'est ça, à Brive-la-Gaillarde, qui est menacée de rachat par les Américains, est-ce que vous pouvez la sauver ou pas ?

BRUNO LE MAIRE
D'abord c'est une très belle entreprise, elle fait, pour que nos auditeurs soient bien au courant, des instruments pour des lunettes de vision nocturne…

PATRICK ROGER
Photodétection.

BRUNO LE MAIRE
Voilà, de photodétection pour la vision nocturne, c'est une technologie qui est très avancée, une technologie de pointe. Aujourd'hui ça appartient à un fonds, Ardian, qui veut céder cette entreprise, donc nous allons regarder toutes les options industrielles. Ce qui compte pour moi c'est que Photonis soit intégrée dans une chaîne de valeur industrielle, qui valorise cette technologie, et qui permette à l'entreprise de se développer. Aucune décision n'a encore été prise. Moi je lis la presse, on me dit "on va céder Photonis à une entreprise américaine", je dis aucune décision n'a encore été prise, nous regardons toutes les options, pour intégrer Photonis dans une chaîne de valeur industrielle, qui permette le développement de l'emploi et la protection de cette technologie, et nous serons très attentifs au respect de nos intérêts de souveraineté.

PATRICK ROGER
Oui, parce qu'on l'a vu bien souvent, il y a une forme de protection, et puis il y a des entreprises qui viennent, qui désossent l'entreprise et qui repartent, là vous apporterez des garanties ?

BRUNO LE MAIRE
Mais je n'hésite pas moi, je n'hésite pas à employer ce terme de protection, le ministre de l'Economie et des Finances est là aussi pour protéger un certain nombre de technologies, pour protéger les intérêts économiques des Français et pour garantir que les technologies sensibles ne passent pas sous contrôle étranger, c'est aussi sa responsabilité. Protéger, si on revient à l'environnement, ça veut dire aussi…

PATRICK ROGER
La souveraineté, ça ne vous fait pas peur la souveraineté ?

BRUNO LE MAIRE
Ce n'est pas que ça me fait peur, c'est que c'est un de mes combats. Enfin, quand je me bats par exemple pour que FACEBOOK abandonne son projet de monnaie digitale privée, Libra, dont le cours aurait été adossé sur l'Euro et sur le Dollar, ce qui veut dire qu'avec les 2,7 milliards de consommateurs de FACEBOOK, de clients de FACEBOOK, il aurait suffi que FACEBOOK change la valeur de son portefeuille pour que le cours de l'Euro soit modifié, notre politique monétaire elle ne doit pas dépendre de FACEBOOK, elle doit dépendre de la Banque Centrale Européenne et de Christine LAGARDE, pas d'une entreprise privée. Je me suis opposé à Libra pour protéger notre souveraineté, je n'hésite pas à employer ce terme, notre souveraineté monétaire, et je le ferai sur tous les autres sujets, je crois à la souveraineté.

PATRICK ROGER
Oui, sur les GAFA, votre bras de fer contre les GAFA ?

BRUNO LE MAIRE
Mais nous le gagnerons ce bras de fer, parce que c'est un bras de fer de justice, nous voulons…

PATRICK ROGER
Ce n'est pas évident que ça puisque les Américains eux aussi…

BRUNO LE MAIRE
Nous voulons que tous les géants du numérique, qu'ils soient américains, chinois ou européens, ça ne vise pas du tout spécifiquement les géants du numérique américains, sauf qu'ils sont plus nombreux, mais ça concerne aussi les entreprises européennes ou les entreprises chinoises, nous voulons que ces gens du numérique payent le même montant d'impôts que n'importe quelle PME qui se trouve à Brive-la-Gaillarde ou ailleurs, c'est une question de justice. Alors, les Américains nous ont menacé de sanctions, ils ont dit « on va mettre 100% de sanctions sur le vin », pour nos auditeurs viticulteurs qui nous écoutent, ils savent ce que ça aurait représenté, donc nous avons conclu un armistice avec les Américains, un cessez-le-feu, et je leur ai dit « nous allons reporter le paiement de la taxe », les entreprises auraient dû payer en avril de cette année, c'est-à-dire d'ici 2 mois, nous leur donnons jusqu'à décembre pour payer, et dans l'intervalle on va essayer de trouver une solution à l'OCDE, qui soit une solution internationale. Je pense qu'il est bien préférable qu'il y ait une solution internationale plutôt qu'une multiplication de taxes nationales sur les géants du digital, c'est l'argument que j'avance auprès de nos amis Américains. Après on va se retrouver en décembre, soit il y a une solution internationale, elle sera appliquée, soit il y a un échec de cette négociation internationale à l'OCDE et les entreprises du numérique paieront leur taxe nationale. En tout état de cause, vous le voyez, les gens du numérique, en 2020, paieront une taxe.

PATRICK ROGER
Bruno LE MAIRE, dernier chapitre, Emmanuel MACRON devrait présenter dans les jours qui viennent un plan de lutte contre le séparatisme, d'ailleurs on ne parle plus de communautarisme, on parle de séparatisme. Qu'est-ce que vous attendez, vous, de ce plan, parce que la République n'est pas respectée dans certains quartiers ?

BRUNO LE MAIRE
Quand je vous parle d'unité de la nation, je pense que c'est un des combats les plus importants que nous avons devant nous, retrouver un projet collectif, ce projet collectif je pense qu'il peut tourner justement autour de l'environnement, du respect de la planète, de la biodiversité. Rassembler la nation française plutôt que d'avoir des oppositions permanentes entre les uns et les autres, et lutter contre tous ceux qui ont décidé de livrer la guerre, à la République, à l'unité de la nation, comme par exemple l'islam politique, dont je dis depuis des années qu'il gangrène la nation française. L'islam politique c'est quoi ? C'est absolument l'opposé de ce que peut être une pratique religieuse acceptable, ça n'a rien à voir avec la pratique de l'islam telle que la pratiquent des millions de musulmans qui le font sereinement, c'est un projet politique de destruction de nos valeurs culturelles et de destruction de la République. Il doit être combattu à tous les instants, à la fois par…

PATRICK ROGER
Parfois les politiques aussi, locaux, qui font du clientélisme ?

BRUNO LE MAIRE
J'ai vu effectivement les analyses sur certains comportements locaux, moi je crois que le vrai combat…

PATRICK ROGER
Jean-Christophe LAGARDE qui est cité.

BRUNO LE MAIRE
Est fondamentalement culturel, c'est en réaffirmant la culture française, en réaffirmant l'égalité entre les femmes et les hommes, en réaffirmant la mémoire de notre nation, l'histoire de notre nation, la liberté de penser, la liberté de s'exprimer, qu'on combattra l'islam politique. L'islam politique n'a pas sa place dans la société française et dans la nation française. Toutes les religions…

PATRICK ROGER
Il est temps qu'Emmanuel MACRON prenne la parole sur ce sujet, parce que ça fait un petit bout de temps… ?

BRUNO LE MAIRE
Ce sera à lui de le décider, ce sera à lui de savoir quand est-ce qu'il veut prendre la parole sur ce sujet. Ce combat contre l'islam politique je le livre depuis des années, parce que je pense que c'est un combat pour la nation et pour notre culture.

PATRICK ROGER
Vous ne vous étiez pas prononcé Bruno LE MAIRE, vous étiez Mila ou pas ?

BRUNO LE MAIRE
Je n'aime pas tellement qu'on me mette dans des cases je suis Mila ou je ne suis pas Mila…

PATRICK ROGER
Mais quand même, cette affaire ?

BRUNO LE MAIRE
Mais je vais vous dire ce que je pense de cette affaire. La liberté d'expression ne se négocie pas en France. Est-ce que j'aime ce genre de propos à l'emporte-pièce sur les religions ? Non. Que ça touche l'islam, que ça touche le catholicisme, que ça touche la religion juive, je n'aime pas ce genre de propos, parce que je pense que ce sont des propos qui blessent. Est-ce que pour autant je condamne cette jeune fille ? Certainement pas. Est-ce que j'estime qu'il faut mettre des restrictions à cette liberté d'expression ? Encore moins. Et je vais vous dire le problème de l'affaire Mila, c'est qu'elle n'aurait jamais dû avoir lieu, elle n'aurait jamais dû soulever ces torrents de haine et de violence, elle n'aurait jamais dû provoquer ces menaces contre cette jeune fille, et que dans la nation française, qui est la nation des Lumières, qui est la nation de la liberté d'expression, une jeune fille, parce qu'elle a tenu des propos déplacés, puisse être menacée…

PATRICK ROGER
Parce qu'elle avait été attaquée !

BRUNO LE MAIRE
Puisse être menacée, puisse être attaquée, ça me préoccupe profondément, et je pense que tous les citoyens français, sans exception, devrait prendre sa défense, parce qu'à travers elle ils prendraient la défense d'expression, de la France des Lumières et de la République.

PATRICK ROGER
Merci. Bruno LE MAIRE, le ministre de l'Economie et des Finances, était l'invité ce matin de Sud Radio.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 17 février 2020

Politique économique Retraite Chomage Politique industrielle Islam 203000435

Faire de la France une économie de rupture technologique

Faire de la France une économie de rupture technologique Faire de la France une économie de rupture technologique

Auteur(s) : Benoît Potier

Ministère de l'Économie et des Finances Ministère de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation pdf Gratuit - 8.93 Mo (nouvelle fenêtre) Aide a l'innovation Innovation technologique Politique industrielle Innovation Compétitivité Politique industrielle Lire la lettre de mission (pdf - 2.19 Mo) (nouvelle fenêtre)

Le ministre de l’économie et des finances conjointement à la ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation ont confié la mission à un collège d’experts, constitué de chercheurs, d’industriels, de représentants de la société civile et d’économistes, de mettre en place une veille sur les marchés émergents à forte intensité technologique et de sélectionner ceux sur lesquels la France peut se positionner en leader. A l’issue de ses travaux le collège d’experts a identifié 22 marchés clés, dont 10 prioritaires (dont par exemple l'alimentation durable pour la santé, l'hydrogène, les technologies quantiques ou la santé digitale).

1. LA PRIORISATION DE MARCHES EMERGENTS A FORT CONTENU TECHNOLOGIQUE VISE TROIS OBJECTIFS : REPONDRE AUX DEFIS SOCIETAUX, RENFORCER NOTRE INDUSTRIE, MAINTENIR NOTRE LEADERSHIP ET SOUVERAINETE TECHNOLOGIQUE 

1.1. Un premier constat : les performances de la France en matière de production industrielle et de R&D sont en demi-teinte 
1.2. Un deuxième constat : les principaux pays industriels interviennent massivement et de façon ciblée sur des industries et technologies stratégiques 
1.3. Ce double constat fait ressortir le besoin de focaliser une partie des initiatives publiques sur un nombre restreint de marchés émergents répondant à des défis sociétaux 
1.4. Notre démarche résulte de ce changement de paradigme 

2. UNE POLITIQUE D’INNOVATION PLUS CIBLEE VA DE PAIR AVEC UN RENFORCEMENT DES ACTIONS TRANSVERSALES BENEFICIANT A L’ENSEMBLE DU TISSU INDUSTRIEL

2.1. Favoriser la compétitivité hors-coût par le soutien au déploiement des technologies diffusantes dans le tissu d’entreprises industrielles 
2.2. Accélérer la croissance des entreprises innovantes 

3. IN FINE, L’OBJECTIF DOIT ETRE DE DECLOISONNER LES DIFFERENTES INITIATIVES PUBLIQUES POUR ATTEINDRE UNE MASSE CRITIQUE 

3.1. Les revues stratégiques inter-ministérielles doivent être replacées au coeur du processus décisionnel de la politique de soutien à l’innovation et l’industrie 
3.2. Via une structure ou des fonctions opérationnelles 

4. MARCHES EMERGENTS SUR LESQUELS LA FRANCE EST EN CAPACITE DE SE POSITIONNER EN LEADER ET NECESSITANT UNE CONCENTRATION DES MOYENS 

4.1. Répondre au défi d’une alimentation saine et durable (« souveraineté alimentaire ») 
4.1.1. L’agriculture de précision et les agro-équipements   
4.1.2. L’alimentation durable pour la santé   
4.1.3. Le biocontrôle animal et végétal

4.2. Santé et bien-être   
4.2.1. La santé digitale   
4.2.2. Les biothérapies et bioproduction de thérapies innovantes  

4.3. Répondre au défi de la protection de l’environnement et de la transition énergétique 
4.3.1. L’hydrogène pour les systèmes énergétiques  
4.3.2. La décarbonation de l’industrie   
4.3.3. Nouvelle génération durable de matériaux composites « haute performance » 

4.4. Répondre au défi de la souveraineté dans le numérique   
4.4.1. Les technologies du quantique   
4.4.2. La cyber-sécurité

5. MARCHES EMERGENTS NECESSITANT UN SOUTIEN PUBLIC ET POUVANT JUSTIFIER ULTERIEUREMENT D’UNE STRATEGIE D’ACCELERATION   

5.1. Les carburants durables   
5.2. Les infrastructures de stockage et de traitement de données 
5.3. L’éolien en mer  
5.4. Le photovoltaïque   
5.5. Le bâtiment innovant  
5.6. Le recyclage des matériaux de construction   
5.7. Le recyclage et revalorisation des déchets   
5.8. Produits biosourcés 
5.9. L’e-learning et les ed-tech   
5.10. . La fabrication additive   
5.11. . Les batteries pour véhicules électriques  
5.12. . La microélectronique hardware et software pour l’IA embarqué   

ANNEXE I : LETTRE DE MISSION 
ANNEXE II : COMPOSITION DU COLLEGE D’EXPERTS 
ANNEXE III : LISTE DES ORGANISMES CONSULTES 
ANNEXE IV : POLITIQUES INDUSTRIELLES : ELEMENTS DE BENCHMARK INTERNATIONAUX 
ANNEXE V : COMPETITIVITE DE L’INDUSTRIE FRANCAISE

Rapport officiel 116 204000114 Ministère de l'économie et des finances : Ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation 204000114

Déclarations de MM. Bruno Le Maire, ministre de l'économie et des finances, et Thierry Breton, commissaire européen au Marché intérieur, sur la souveraineté numérique et la stratégie industrielle de l'Union européenne, à Paris le 7 février 2020.

Déclarations de MM. Bruno Le Maire, ministre de l'économie et des finances, et Thierry Breton, commissaire européen au Marché intérieur, sur la souveraineté numérique et la stratégie industrielle de l'Union européenne, à Paris le 7 février 2020. Bruno Le Maire 07/02/2020 Politique économique de l'UE

- Bruno Le Maire

Bonjour à tous,

Je suis très heureux d'accueillir ce soir Thierry Breton, commissaire européen et ami de longue date.

Nous avons eu un long échange de vues sur deux questions fondamentales : la souveraineté numérique européenne et la stratégie industrielle européenne. Evidemment, Thierry Breton est au coeur de ces deux défis.

Sur la souveraineté numérique, vous savez que c'est un des projets que défend le président de la République avec beaucoup de détermination et que nous voulons mettre en oeuvre ici. La souveraineté numérique européenne passe par un certain nombre de projets, notamment le futur cloud européen qui doit s'articuler avec nos projets de cloud souverain en France. Nous allons donc regarder dans les prochaines semaines comment nous articulons le projet français de cloud souverain, qui avance bien et qui doit pouvoir être mis en oeuvre dans les prochains mois, et le projet de cloud européen.

Les deux projets sont totalement complémentaires et doivent permettre de garantir la souveraineté nationale et européenne sur les données. Je redis à quel point la souveraineté sur les données, notamment les données industrielles mais aussi les données de santé, est absolument stratégique pour notre pays et pour le continent européen. Aujourd'hui, il ne peut pas y avoir de souveraineté politique sans souveraineté sur les données. Le patrimoine industriel ou le patrimoine de données de santé sont absolument stratégiques pour une nation comme pour le continent européen.

Nous allons donc travailler main dans la main avec le commissaire européen Thierry Breton sur ce sujet. Toujours sur la souveraineté numérique, il n'y a pas de souveraineté numérique sans intelligence artificielle et je pense que Thierry Breton vous dira un mot des projets européens en matière d'intelligence artificielle. Nous soutenons totalement et sans réserve les projets de la Commission européenne sur l'intelligence artificielle qui doivent nous permettre de rester au premier rang des grands continents.

Sur la question des entreprises industrielles, de la stratégie industrielle, vous savez que la France, avec d'autres partenaires européens, en particulier l'Allemagne mais aussi la Pologne, est totalement déterminée à promouvoir une vraie stratégie industrielle européenne qui doit permettre à la fois la maîtrise des technologies et la naissance de champions industriels européens.

Nous avons écrit à la Commission européenne, à Margrethe Vestager sur ce sujet. Nous continuons à estimer qu'il faut une adaptation des règles de la concurrence européenne pour favoriser l'émergence de champions industriels européens. Nous ne souhaitons pas supprimer les règles de concurrence, au contraire, elles sont primordiales pour éviter les situations monopolistiques.

Nous pensons aussi que les règles de concurrence européennes qui ont été définies au 20ème siècle doivent être adaptées à la réalité économique et stratégique du 21ème siècle, c'est-à-dire à l'émergence d'un nouvel acteur stratégique qui est la Chine, la concentration de certaines activités par exemple dans le ferroviaire dans certains pays comme la Chine également. Donc il faut impérativement adapter des règles de la concurrence à cette nouvelle donne économique mondiale. Ce sont les propositions que nous avons faites, en particulier avec l'Allemagne et la Pologne il y a quelques jours, et nous avons eu l'occasion d'en discuter aussi avec Thierry Breton qui, chacun le sait, est très attaché à l'indépendance industrielle du continent européen et de la France.

Voilà les quelques éléments que je voulais vous présenter. En tout cas, j'étais très heureux d'accueillir Thierry Breton dans cette maison que, par définition, il connaît bien et qui est un peu la sienne.


- Thierry Breton

Merci monsieur le Ministre, cher Bruno,

C'est vrai que ça me fait toujours très plaisir de retrouver ces murs même si évidemment en tant que commissaire européen je fais le tour des capitales européennes.

J'étais la semaine dernière à Berlin, je m'entretenais du reste avec votre homologue, Peter Altmaier, des mêmes sujets sur lesquels nous nous sommes entretenus aujourd'hui. Et puis je vais continuer à le faire évidemment pour bien m'assurer que les propositions que nous allons faire au niveau de la Commission sur tous les aspects que vient de rappeler le ministre, et je vais les reprendre un par un, sur le digital, sur la stratégie des données et l'intelligence artificielle qui est attachée, sur la souveraineté européenne en matière de technologie de données, mais de technologies aussi ; sur la définition enfin, effectivement, - vous l'avez rappelé Monsieur le ministre - , d'une véritable politique industrielle européenne.

C'est vrai que, pour l'instant, il n'y avait pas d'expression de cette nature. Ça manquait et donc on y travaille. Sur tous ces sujets je vais m'entretenir avec les ministres en charge dans les différents pays des États-membres de façon encore une fois à bien m'assurer que nous sommes en phase.

Et je tiens à vous dire qu'effectivement, ça ne va pas vous surprendre, mais nous sommes complètement en phase avec le ministre sur ces questions.

D'abord sur la stratégie des données. Nous partageons évidemment avec le ministre, avec le président de la République aussi évidemment, avec la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, le fait que l'une des évolutions très importantes qui est devant nous et qui va être autant d'opportunités, c'est l'émergence d'un nombre absolument considérable de données et de données industrielles.

Nous sommes bien déterminés à faire en sorte que ces données industrielles, qui vont émerger dans les semaines, dans les mois, dans les semestres qui viennent, notamment par l'intermédiaire du développement de réseaux critiques, comme par exemple les réseaux de 5G dont on a beaucoup parlé ces derniers temps, va permettre effectivement des applications complètement nouvelles qui vont concerner la ville, la ville intelligente, l'hôpital, les réseaux de transport, les réseaux énergétiques.

Tout ça, évidemment, va mobiliser des nombres absolument considérables de données, qui seront traitées de plus en plus localement, là où elles sont produites, avec toute une architecture nouvelle qu'il faut concevoir au niveau du continent européen.

C'est donc toute cette stratégie de données sur laquelle nous travaillons aujourd'hui au niveau de la Commission qui sera présentée dans quelques semaines, avec comme l'un de ses applicatifs premiers, dont on a beaucoup parlé ces derniers temps, évidemment, qui est l'intelligence artificielle, sur lequel, là encore, nous travaillons sur un livre blanc dont on a évoqué les grandes lignes avec le ministre et qui sera proposé à consultation de façon à ce que chacune et chacun puisse s'exprimer sur cet applicatif qui fait évidemment beaucoup de discussions, dans le sens positif du terme, sur ce que ça va changer dans notre vie, la façon dont on peut intervenir, les éléments aussi que toute les applications d'intelligence artificielle contiennent par rapport à nos valeurs, et notamment à nos valeurs nationales mais aussi, bien entendu, nos valeurs européennes.

Ça, c'est le premier grand volet sur lequel nous travaillons.

Le second, c'est, - le ministre l'a rappelé -, la stratégie industrielle qui s'inscrit selon deux axes absolument fondamentaux et un troisième environnement dont je vais parler dans une seconde.

Les deux axes, d'abord, c'est le Pacte vert, le Green new deal, comme on dit en anglais, ce Pacte vert qui a été présenté il y a quelques semaines par la Commission et est, je crois, très soutenu et approuvé par les Etats membres, mais aussi par le Parlement, dans son ambition, une ambition tout à fait essentielle d'être zéro carbone émissions à l'horizon 2050.

C'est un projet qui va mobiliser tout un continent, tout notre continent européen pour toute une génération. On a 5 ans pour le mettre en oeuvre, et puis ensuite 25 ans pour définir les grandes lignes, puis 25 ans ensuite pour le mettre en oeuvre. C'est toute la refonte d'une chaîne de production, de chaînes industrielles, qu'il faut revoir à l'aune de cette ambition, qui est une ambition absolument essentielle, avec beaucoup d'investissements évidemment derrière, des innovations très nombreuses sur le stockage et la création de l'énergie, évidemment, un mix énergétique qui soutienne le continent et les besoins, et puis aussi, évidemment, toute une façon de travailler différemment mais aussi de consommer.

C'est aussi une économie circulaire, c'est aussi une économie de services. Tout cela est pris en compte dans cette très large ambition.

Le deuxième axe, celui-là, est plutôt transverse, c'est évidemment la numérisation de bout en bout, qui modifie tous les comportements de la production, de la chaîne de production, mais aussi les services, mais aussi la consommation.

C'est au regard de ces deux axes que l'on va plonger dans un troisième état de fait, qui est le changement des rapports de force assez significatif aujourd'hui au niveau mondial. C'est ce que la présidente Ursula von der Leyen appelle une commission géopolitique, c'est une Commission européenne et un continent tout entier qui doit tenir compte, évidemment, des évolutions assez rapides en termes de mutations, de changements des rapports de force. On sait que les choses évoluent assez rapidement, y compris sur les aspects commerciaux dans l'environnement qui nous entoure.

Ces trois grandes dimensions nous ont conduits à présenter une politique industrielle extrêmement ambitieuse qui manquait effectivement, vous l'avez rappelé implicitement, Monsieur le ministre, à la définition, à la revisite de la politique de concurrence.

Nous croyons fortement aux bienfaits de la concurrence. Nous sommes contre les monopoles, nous sommes contre les rentes. C'est mauvais en économie. Mais c'est vrai aussi que, quand on prend l'impact de la numérisation de bout en bout, ce marché pertinent doit pouvoir évidemment être revisité. Quand on prend les évolutions dont j'ai parlé tout à l'heure, tant sur le Pacte vert que les rapports de force, tout ceci doit être revisité. C'est l'une des ambitions qu'a exprimé à maintes reprises la présidente Ursula von der Leyen.

On y travaille avec ma collègue Margrethe Vestager, qui a reçu mission de la présidente de travailler sur ces sujets, et bien entendu, je l'assiste sur le volet industriel en ce qui concerne l'intégralité de mon portefeuille.

Voilà donc les différents éléments que nous avons évoqués. Je me réjouis, encore une fois, de voir que nous sommes extrêmement en phase et que je pense pouvoir compter sur le soutien de la France pour appuyer cette initiative, qui est une initiative qui a pour volonté et pour ambition de faire de notre continent le premier continent vert, évidemment, mais aussi le premier continent en matière de maîtrise de ces données et d'applicatifs en matière d'intelligence artificielle, et ça, c'est bien avant 2050.


source https://www.economie.gouv.fr, le 13 février 2020

Politique économique Union europeenne Economie numerique Politique industrielle 203000417

Déclaration de Mme Jacqueline Gourault, ministre de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales, sur l'aménagement du territoire, à Paris le 30 janvier 2020.

Déclaration de Mme Jacqueline Gourault, ministre de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales, sur l'aménagement du territoire, à Paris le 30 janvier 2020. Jacqueline Gourault 30/01/2020 Aménagement du territoire
  • Jacqueline Gourault - Ministre de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales
Cérémonie des voeux de l'Agence nationale de la cohésion des territoires

Monsieur le Ministre, cher Julien,
Madame la Présidente, chère Caroline Cayeux,
Monsieur le Directeur général, cher Yves le Breton,
Mesdames, Messieurs les parlementaires,
Mesdames, Messieurs les élus,
Mesdames, Messieurs,


Je vous souhaite d'abord à toutes et tous mes meilleurs voeux pour cette nouvelle année.

Ce sont les premiers voeux que je formule à notre jeune Agence Nationale de la Cohésion des Territoires. Ce sont pour vous, j'en suis sûre, les premiers d'une longue série.

Que de chemin nous avons accompli - et surtout vous avez accompli - ces derniers mois !

Je veux chaleureusement vous remercier, toutes et tous. Soyez assurés que je suis tout à fait consciente que la transformation n'est pas toujours chose aisée : elle peut susciter des inquiétudes, voire des craintes.

Mais je suis aussi tout à fait consciente que c'est votre détermination, votre engagement et votre mobilisation sans faille qui ont permis de réussir cette transformation et de donner naissance officiellement à l'ANCT le 1er janvier dernier.

Car une institution, ce sont d'abord les femmes et les hommes qui la composent. Et pour beaucoup d'entre vous, l'engagement au service de l'Etat et des territoires a de solides racines. Votre Directeur général, cher Yves, a rappelé la grande histoire de vos institutions respectives :

- C'est celle du CGET, qui puise ses sources dans la grande tradition de la DATAR, celle d'un aménagement du territoire fortement appuyé sur les sciences humaines ;
- C'est celle de l'EPARECA, qui a tant fait depuis plus de 20 ans pour accompagner le développement des quartiers dits "Politique de la Ville" ;
- C'est enfin celle de l'Agence du Numérique qui conçu une forme d'organisation novatrice pour prendre à bras le corps la question du déploiement des infrastructures numériques et qui a largement inspiré l'approche en programmes que l'ANCT développe aujourd'hui.

Aujourd'hui, l'Agence que nous "inaugurons" à l'occasion de ces voeux, ce n'est pas une simple addition de ces histoires et de ces compétences.

J'en ai la conviction : grâce à vous, aux synergies qui s'amplifient déjà, nous ouvrons ensemble une nouvelle page de l'histoire de l'aménagement du territoire "à la française", en agissant à la fois dans de nouveaux domaines et en innovant sur la méthode.

1) C'est un repositionnement de l'Etat

Vous le savez, la création de cette Agence a été souhaitée par le Président de la République dès le début de son mandat.

En juillet 2017, lors de la première "Conférence des Territoires", il en a fixé le cap : mettre en place un outil inédit qui garantit la proximité de l'Etat au service de tous les territoires et de leurs projets.

Tout au long de la mission de préfiguration et du vote de la loi, J'ai tout mis en oeuvre pour vous accompagner dans cette transformation et permettre à chacun des agents de s'y intégrer pleinement.

A travers de nombreux groupes de travail, vous avez d'ailleurs été pleinement associés et avez pu formuler de nombreuses propositions très constructives !

Je crois que le résultat de ce travail de préparation réalisé ensemble est à la hauteur. Cette nouvelle Agence constitue tout simplement une mobilisation sans précédent de l'Etat au service des territoires :

- C'est un outil mis au service de l'ensemble du Gouvernement, tant les sujets sont transversaux ;
- Elle s'appuie sur de nombreux opérateurs de l'Etat à travers des conventions pluriannuelles : la Caisse des dépôts et consignations, l'ANRU, l'Agence Nationale de l'Habitat, l'ADEME et le CEREMA ;
- Elle mobilise l'ensemble des services déconcentrés ainsi que des délégués territoriaux et de ses équipes (à l'instar des agents de l'EPARECA qui sont déjà localisés à Lille, Lyon et prochainement à Marseille).

Cette mobilisation inédite est une nécessité pour répondre à l'ampleur des fractures territoriales qui se sont fortement exprimées en 2019.

Je ne me résous pas, je ne me résoudrai jamais à accepter ce que certains appellent "l'archipel français".

Vous le savez, j'ai longtemps été maire d'une petite commune. Je sais à quel point les élus locaux peuvent se sentir seuls face à l'ampleur des défis auxquels ils doivent faire face. A chacune de nos rencontres, ces élus me disent leur besoin d'accompagnement.

C'est précisément la mission de cette nouvelle Agence : conseiller et soutenir les collectivités territoriales dans la conception et la mise en oeuvre de leurs projets, particulièrement dans les territoires en difficulté.

Tout au long des mois et années à venir, vous serez en première ligne pour permettre aux territoires de révéler leur potentiel. Concrètement, vous les accompagnerez par :

- un puissant soutien en ingénierie ;
- le déploiement de programmes d'appui aux territoires ;
- la mise en oeuvre d'une nouvelle contractualisation ;
- et naturellement la mobilisation de nombreux outils tels que les fonds européens.

Pour l'Etat, c'est un changement complet :

- d'approche : le passage d'un Etat prescripteur à un Etat accompagnateur ;
- de méthode : celle du "sur-mesure", c'est-à-dire des projets construits avec les territoires, en partant de leurs besoins concrets.

C'est aussi un changement complet en termes de suivi de l'impact de nos programmes, notamment pour ce qui concerne les "objets de la vie quotidienne" (OVQ). Dans notre Ministère, cela concerne Action Coeur de Ville, France Service et le numérique, sujets que je suis personnellement.

Les "OVQ" ne sont pas qu'un slogan : c'est un véritable changement :

- dans le suivi des réformes pour pouvoir en mesurer précisément l'impact sur les citoyens ;
- pour nos organisations, et je remercie les chefs de projets et leurs équipes de leur mobilisation.

Je suis d'ailleurs très heureuse que l'ANCT ait créé en son sein une "delivery unit" pour assurer ce suivi.

2) En 2019, nous avons déployé les deux premiers programmes mis en place par l'ANCT, et déjà les résultats impressionnent !

Action Coeur de Ville :

A chacun de mes déplacements, je mesure l'ampleur de la dynamique engagée par le programme Action Coeur de Ville, grâce au soutien de nos partenaires, et surtout grâce à vous :

- Une réussite financière : nous sommes parvenus à mobiliser plus d'un milliard d'euros ;
- L'enthousiasme des villes : dès décembre 2018, 222 conventions-cadres avaient été signées pour concevoir des nouveaux projets de centre-ville, et d'autres villes ont depuis témoigné de leur intérêt ;
- Le partage d'expériences : le programme a été enrichi de nouveaux partenariats : le CNAM, la Cité de l'Architecture et du Patrimoine, la SIAGI… ;
- Surtout, la dynamique des projets engagés : les résultats sont impressionnants : 400 ORT ont été engagées, 20.000 logements rénovés et réhabilités ! Car Action Coeur de Ville c'est une approche globale qui va bien au-delà du logement et de l'habitat et qui inclue toutes les dimensions de la vie locale comme le commerce et la culture.

Territoires d'industrie :

Là encore, les chiffres permettent de prendre la mesure de l'engagement que vous apportez à la redynamisation des territoires : 1 200 projets ont déjà été élaborés par les territoires et les industriels.

Et les résultats pour notre pays sont au rendez-vous ! Alors que la croissance européenne ralentit, la France recréé de l'industrie pour la première fois depuis bien longtemps :

- Depuis 2018 nous avons une création nette d'emplois industriels : c'est la première fois depuis 15 ans ;
- en 2019, on a dénombré 115 créations de sites industriels contre 40 fermetures

Je ne redirai pas ce qu'a évoqué Julien sur les réalisations de l'ANCT en termes de politique de la ville, qui est un volet essentiel de notre action.

3) Cette année, nous allons pouvoir accélérer encore la dynamique avec le déploiement de trois nouveaux programmes

- C'est d'abord le programme "Petites villes de demain", que le Premier Ministre m'a chargée d'élaborer.

Ce programme d'appui à la revitalisation des petites centralités sera le premier qui va être pleinement déployé par l'ANCT, en lien avec la Banque des territoires, le CEREMA, l'ANAH et nos autres partenaires. Nous nous sommes engagés à le mettre en place dès après les élections municipales, et je sais que nous pouvons compter sur vous pour que les délais soient tenus !

Car ces petites villes sont, pour la plupart de nos concitoyens, le cadre de leur vivre-ensemble, là où s'expriment leurs besoins quotidiens.

- Revitaliser les petites villes de demain, c'est aussi s'assurer qu'elles disposent partout de services publics de qualité.

En ce début d'année 2020, les 460 premières structures France Services ont déjà été ouvertes pour accompagner les usagers dans leurs démarches administratives.

Et nous allons en déployer ensemble une dans chaque canton d'ici 2022 !

En lien, nous allons également accélérer la mise en place du programme "Nouveaux lieux, nouveaux liens" avec le développement de nouveaux tiers-lieux :

- Les 80 premiers lauréats des "fabriques de territoires" seront annoncés lundi ;
- Et nous avons déjà reçu plusieurs centaines de dossiers pour la prochaine édition.

Là encore, les territoires peuvent compter sur nous pour accompagner les porteurs de projets, qu'il s'agisse des Microfolies, des campus connectés ou des espaces de coworking.

- L'agenda rural :

Cet engagement en faveur des territoires, notamment les plus fragiles, s'exprime également à travers la mise en place de "l'Agenda rural".

Je tenais une nouvelle fois à remercier les équipes du CGET pour leur mobilisation dans sa conception.

Sur les 200 propositions formulées, nous avons décidé :

- d'apporter une suite à 173 d'entre elles ;
- de le compléter avec de nouvelles et d'atteindre 181 mesures à déployer d'ici la fin du quinquennat.

Dès cette année, nous allons déployer les premières mesures, notamment :

- France Services – j'en ai déjà parlé
- le soutien aux petits commerces et aux cafés
- une nouvelle génération de contrats de ruralité qui sera lancée à la mi- année.


Conclusion

Je veux encore vous remercier toutes et tous pour le travail accompli.

Car la "cohésion" de nos territoires, pour laquelle nous nous engageons au quotidien, ce n'est pas un voeu pieu. C'est une vision et un projet concrets pour notre pays :

- affirmer le rôle de l'Etat dans l'unité de notre République tout en considérant la diversité des situations vécues au quotidien ;
- faire confiance aux territoires pour multiplier les synergies entre eux – métropoles, périphériques et ruraux – plutôt que les opposer.

Pour mettre en place ce nouvel âge de l'aménagement du territoire, nous pouvons désormais compter sur un outil à la hauteur de l'ambition : votre Agence. Vous êtes véritablement le « bras armé » de la politique de mon Ministère.

Je sais pouvoir compter sur vous.

Et vous pourrez toujours compter sur moi pour être à vos côtés.


Source https://www.cohesion-territoires.gouv.fr, le 12 février 2020

Aménagement du territoire Relations Etat collectivite locale Centre ville Politique industrielle 203000393