Covid-19 : de nouvelles dérives sectaires en 2020

140 000 personnes touchées par des dérives sectaires. Entre thérapies “parallèles” et "défiance" à l’égard de la vaccination, ce phénomène constitue un point de vigilance majeur dans le contexte de la pandémie du Covid-19. C'est ce qui ressort en particulier d'un récent rapport sur les dérives sectaires.

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En pleine nature, des personnes réunies en cercle les mains vers le ciel cherchent  leur bien-être.
L'analyse du risque sectaire au travers des saisines de la Miviludes en 2019 révèle que 41% se rapporte au domaine de la santé et du bien-être. © Valmedia - stock.adobe.com

Santé, bien-être (jeûnes, crudivorisme), développement personnel, mouvements religieux, dérives complotistes, survivalisme... Remis le 25 février 2021 à Marlène Schiappa, ministre déléguée auprès du ministre de l'intérieur, en charge de la citoyenneté, le rapport de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) constate une augmentation des saisines. Certaines ont un lien direct avec la crise sanitaire survenue depuis mars 2020.

3 008 signalements en 2020

Selon l'analyse du ministère de l'intérieur, les femmes sont plus touchées par ces manipulations mentales du fait de l'existence d'une prédation sexuelle (par le biais de guérisseurs ou de coachs de vie), de nombreuses thématiques en lien avec la santé ou encore d'une plus grande exposition à la précarité économique.

Sur les 3 008 signalements et/ou demandes d'informations adressés à la Miviludes en 2020 :

  • 686 cas ont été évalués comme "sérieux" ;
  • 16 cas ont fait l'objet de procédures pénales ;
  • 80 signalements sont en lien direct avec le début de la crise sanitaire entre mars et juin 2020.

Les effets de la pandémie n'ont pas pu être totalement mesurés à l'automne 2020 (en raison du temps nécessaire pour la mise en place du processus d'emprise qui caractérise le phénomène sectaire). Le rapport note cependant que la crise sanitaire de 2020 a provoqué une augmentation des pratiques susceptibles d'engendrer des dérives sectaires.

Les signalements faits à la Miviludes au cours de la période de la crise sanitaire concernent :

  • les thématiques de la santé, du bien-être et du développement personnel ;
  • les théories complotistes et les courants apocalyptiques ;
  • l'augmentation des saisines impliquant des mineurs (du fait de l'adhésion parentale à un groupe dans 70% des cas) et des personnes âgées (maltraitance financière...) ;
  • l'investissement du numérique par le phénomène sectaire.

Sur un plan plus large, l'analyse du risque sectaire au travers des saisines de la Miviludes en 2019 révèle que :

  • 41% relèvent du domaine de la santé et du bien-être ;
  • 24% touchent la jeunesse ;
  • 14% des saisines sont liées à des affaires économiques, du travail, de l’emploi ou de la formation professionnelle.

25% des saisines ont été transmises aux services compétents et 18% des dossiers ont présenté des enjeux pour la sécurité immédiate des personnes impliquées.

Les retours de terrain

Les observations de la Miviludes complètent des informations recueillies par les services judiciaires et du renseignement territorial.

Les remontées d'information de l'Office central pour la répression des violences aux personnes (OCRVP) de la Police nationale permettent d'observer les évolutions récentes du phénomène sectaire.

Pour leur part, les dossiers traités par la Cellule d’assistance et d’intervention en matière de dérives sectaires (CAIMADES) se rapportent en majorité à des contextes religieux ou cultuels : thérapeutes ou coachs proposant des soins divers, parfois à distance, de séances de développement personnel.

Des infractions financières comportant des préjudices parfois importants (infractions à caractère sexuel, pratique illégale de la médecine...) sont également mises à jour.

De leur côté, le Service central du renseignement territorial (SCRT) de la police nationale et le Service central de renseignement criminel de la gendarmerie nationale (SCRCGN) dressent un constat similaire à celui des services judiciaires :

  • développement des signalements dans le domaine de la santé et du bien-être ;
  • hausse des mouvements sectaires dans les départements ruraux et en outre-mer.