Concentration des médias en France : des règles à changer ?

Les entreprises de médias sont soumises, depuis 1986, à des règles particulières et à une régulation visant à garantir la liberté des médias. Or, la révolution numérique a accéléré les concentrations dans ce secteur, bouleversant son modèle économique et suscitant des craintes pour le pluralisme et la souveraineté culturelle de la France.

Foule de journalistes avec leurs caméras et leurs micros tendus.
L’indépendance et la diversité des médias sont essentielles au respect du pluralisme. La concentration des médias fragilise la crédibilité de l’information ainsi que les équilibres économiques. © venginakyurt - stock.adobe.com

Selon la commission d'enquête du Sénat, la concentration des médias fragilise à la fois :

  • la crédibilité de l’information. Les médias sont de plus en plus suspectés d’être trop proches du pouvoir politique, des actionnaires ou des annonceurs. La crise de la presse a réduit le nombre de journalistes et précarisé le métier. Ils sont peu à peu remplacés par des "chargés de contenus" ayant un profil "communication" ou "marketing". Des concentrations conduisent à mutualiser les rédactions, ce qui uniformise l’information. De plus, l’investigation et l’information économique ou politique sensible tendent à disparaître de la plupart des titres ;
  • les équilibres économiques. Le projet de fusion TF1-M6 aboutirait à un géant national représentant 41,5% de l’audimat et 75% du marché publicitaire télévisé. Le rapprochement possible de Vivendi et Lagardère unirait les deux premières entités du marché de l’édition, Hachette et Éditis, créant un acteur dominant en France et en Europe.

C'est ce que souligne en particulier la commission d'enquête du Sénat sur la concentration des médias en France dans un rapport du 31 mars 2022.

Les effets de la révolution numérique

La France et les autres pays démocratiques considèrent l’indépendance et la diversité des médias comme essentielles au respect du pluralisme. Ils encadrent donc les concentrations dans ce secteur par des législations spécifiques.

Ces mouvements de concentration suivent une logique économique liée à l’essor :

  • des réseaux sociaux et des moteurs de recherche, qui deviennent la principale source d’information, surtout chez les jeunes. Les plateformes ont quasiment des fonctions d’éditeur, sans les obligations. Elles captent une part croissante des recettes publicitaires, menaçant la survie des médias traditionnels ;
  • du streaming. Les grandes plateformes américaines de vidéo à la demande (VOD) bouleversent les modes de consommation de produits culturels. Netflix, Amazon, etc., proposent une offre de qualité, abondante et facile d’accès. Leur modèle repose sur des investissements massifs rentabilisés dans le monde entier.

Pour faire face à ces nouveaux usages, on observe des concentrations :

  • horizontales : plusieurs entreprises de télévision (ou titres de presse) fusionnent ;
  • diagonales (achats d’entreprises complémentaires), par exemple la prise de participation d’un groupe de presse écrite dans une station de radio ;
  • verticales (regroupements d’entreprises positionnées tout au long de la chaîne de valeur).

Les opérations de concentration sont souvent menées par des capitaines d’industrie extérieurs aux médias.

Indépendance et éthique

Face à ce constat, le rapport recommande de :

  • renforcer l’indépendance et l’éthique dans les médias en respectant le droit à la communication ;
  • consolider les garanties collectives des journalistes ;
  • favoriser le pluralisme de l’information à la télévision ;
  • conforter l’équilibre économique de la presse en appliquant rapidement la loi sur les droits voisins ;
  • rétablir l’équité entre diffuseurs de programmes sportifs ;
  • pérenniser le financement de l’audiovisuel public, gage de son indépendance éditoriale ;
  • réviser les conditions d’octroi des aides à la presse ;
  • réformer la loi du 30 septembre 1986.