Accès aux soins : rétablir l’équité territoriale face aux déserts médicaux

Les inégalités territoriales d’accès aux soins ne cessent de se creuser. Une partie croissante de la population peine à organiser son parcours de soins. Beaucoup y renoncent, se heurtent à de longs délais d’attente ou n’ont pas de médecin traitant. De nouvelles mesures s’imposent pour atténuer ces fractures médicales.

Panneau d'entrée de village avec annonce de recrutement de médecins.
La densité médicale, très variable selon les départements, s’érode dans les trois quarts d’entre eux. © Martin Bertrand - stock.adobe.com

30,2% de la population française vit dans un désert médical (62,4% en Île-de-France).

C'est ce que relève notamment un rapport sénatorial remis le 29 mars 2022 qui souligne la nécessité de rétablir rapidement l’équité territoriale en matière d’accès aux soins. Face à cette situation, le rapport expose une stratégie pour y parvenir.

La désertification médicale progresse

Selon les chiffres du rapport :

  • 1,6 million de personnes renoncent chaque année à des soins ;
  • 11% des 17 ans et plus n’ont pas de médecin traitant ;
  • les délais d’attente avant un rendez-vous s’allongent (jusqu’à 6 mois pour une consultation d’ophtalmologie), retardant la prise en charge ;
  • 45% des généralistes sont en situation de burn out ;
  • le nombre de généralistes a reculé de 1% par an entre 2017 et 2021. Si rien n’est fait, il continuera à baisser jusqu’en 2024 et la densité médicale ne retrouvera son niveau actuel qu’en 2033.

La densité médicale, très variable selon les départements, s’érode dans les trois quarts d’entre eux. Or, l’augmentation et le vieillissement de la population accroissent les besoins en santé.

Quelles solutions ?

D’après le rapport, il faut libérer du temps médical et, dans ce but :

  • décharger le médecin de la gestion administrative en recrutant des assistants médicaux ;
  • augmenter le nombre de gestes médicaux réalisables par d’autres professionnels de santé (créer le statut d’infirmier en pratique avancée praticien, autoriser les pharmaciens à renouveler les prescriptions…) ;
  • rendre l’exercice libéral plus attractif en relevant les honoraires des généralistes de secteur 1 à 30 euros sans alourdir le reste à charge des patients ;
  • faciliter le cumul emploi-retraite pour les médecins dans les zones sous-denses en les exonérant des cotisations de retraite ;
  • soutenir le déploiement de la télémédecine en garantissant le remboursement des téléconsultations pour les résidents des zones sous-denses.

Afin de favoriser l’exercice médical en zone sous-dense, le rapport préconise :

  • d’agir sur l’installation des médecins en créant un Conseil national d’orientation de l’accès territorial aux soins et en conditionnant l’installation en zone sous-dotée à la cessation d’activité d’un praticien de la même spécialité ;
  • d’inciter les collectivités locales à instaurer des guichets uniques facilitant l’installation des professionnels de santé ;
  • d’augmenter le nombre de terrains de stage dans les zones sous tension ;
  • de valoriser la médecine générale en ajoutant une quatrième année d’études professionnalisante ;
  • de renforcer les incitations à exercer en zone sous-dense et d’accompagner le regroupement de médecins et l’exercice sur plusieurs sites.

Enfin, il est nécessaire de former davantage de professionnels et de veiller à leur bonne répartition territoriale :

  • en accroissant les capacités de formation des établissements, d’autant plus que la levée du numerus clausus augmente le nombre d’étudiants en médecine ;
  • en diversifiant l’origine sociale et géographique des étudiants et en accordant des bourses aux étudiants issus de zones sous-denses ;
  • en associant les collectivités locales aux processus de décision en matière d’offre de soins, dans la continuité de la loi du 21 février 2022.