Emploi dans les quartiers prioritaires de la ville (QPV) : un écart qui persiste avec les autres quartiers

La Cour des comptes a publié, le 19 juillet 2022, une enquête sur les dispositifs en faveur de l’emploi des habitants des quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV). Entre 2015 et 2021, ces mesures n'ont pas permis de réduire les inégalités entre les QPV et les autres quartiers, souligne la Cour.

Novembre 2021, panorama de la place des Fêtes, à Paris 19e.
Le taux de chômage dans les QPV "est toujours 2,7 fois supérieur à celui des autres quartiers des unités urbaines", indique la Cour des comptes. Et ces personnes vulnérables sont souvent difficilement atteignables. © Thomas - stock.adobe.com

Garantie jeunes, emplois francs, Pacte avec les quartiers pour toutes les entreprises (PaQte) : de nombreux dispositifs en faveur de l'emploi existent dans les QPV où le taux de chômage est trois fois plus élevé qu'ailleurs.

À la suite d'une demande de l’Assemblée nationale, la Cour des comptes a effectué une enquête sur l'emploi des habitants des quartiers prioritaires de la politique de la ville qui pointe notamment "l’adaptation insuffisante des dispositifs à la spécificité et aux besoins des QPV et de leurs habitants". Le constat de la Cour intervient au moment du bilan du Sénat sur la politique de la ville depuis la loi Lamy de février 2014. En soulignant que l'inégalité entre les territoires est "un enjeu toujours aussi actuel", le rapport du Sénat rejoint le constat de la Cour. Les sénateurs demandent au Gouvernement de convoquer rapidement un Comité interministériel des villes et de lancer une loi de programmation pour garantir les moyens financiers nécessaires aux quartiers prioritaires.

Le 22 juillet 2022, Élisabeth Borne, la Première ministre, a d'ailleurs déclaré vouloir associer davantage les habitants aux prochains contrats de politique de la ville, en 2023.

Des mesures peu adaptées

Le taux de chômage dans les QPV "est toujours 2,7 fois supérieur à celui des autres quartiers des unités urbaines", indique la Cour des comptes. Les contrats de ville de 2014 prévoyaient pourtant de réduire de moitié l'écart de taux d'emploi en QPV et hors QPV mais cet écart est encore de 21,3 points en 2019 contre 21 points en 2014.

Qu'est-ce qu'un QPV ?

Créés en 2014, les quartiers prioritaires de la ville (QPV) sont définis par un critère de bas revenu de la population : moins de 11 250 euros par an. Les 1 514 QPV sont répartis sur 859 communes et concernent environ 5,4 millions d'habitants, soit 8% de la population française. Les pouvoirs publics interviennent dans ces quartiers par des mesures de soutien économique et social.

Pour la Cour, les dispositifs "ne sont pas en mesure de réduire les écarts" pour plusieurs raisons :

  • les personnes les plus vulnérables, éloignées du travail ou en sortie négative (parfois répétitive) de dispositifs d’insertion sont en réalité difficilement atteignables ;
  • les dispositifs, très nombreux, sont illisibles pour les habitants ;
  • le cloisonnement entre les politiques du ministère du travail et celui de la ville "aboutit à un pilotage national très insatisfaisant".

Les recommandations de la Cour des comptes

L'enquête de la Cour des comptes recommande notamment de :

  • suivre le nombre de bénéficiaires résidant en QPV et les dépenses associées et de fixer un objectif de résultat propre à cette population ;
  • simplifier les nombreux dispositifs ;
  • mettre en cohérence les objectifs et les moyens alloués aux acteurs de l’insertion professionnelle ;
  • développer la collaboration entre la Délégation générale à l’emploi et à la formation professionnelle (DGEFP) et l’Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT) afin d'établir un diagnostic avant de concevoir des dispositifs d’insertion ;
  • organiser des rencontres avec les acteurs de l’insertion professionnelle, des habitants des quartiers et des représentants des habitants eux-mêmes.