Agriculture française : une puissance mondiale qui décline

En 20 ans, la France est passée du 2e rang au 5e rang des exportateurs mondiaux de produits agricoles. Le rapport sénatorial publié le 28 septembre 2022 s’inquiète de la baisse du potentiel agricole français malgré une balance commerciale excédentaire de 8 milliards d’euros en 2021.

Champs de blé.
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Selon le rapport sénatorial sur la compétitivité de la "Ferme France", les évolutions positives de l’excédent commercial agricole ces dernières années ne s’expliquent que par une hausse des prix sur les marchés internationaux plus rapide que les baisses des volumes exportés. Cette diminution des exportations s'explique en grande partie par la perte de compétitivité des filières agricole et agroalimentaire.

Face à cette lente érosion, le rapport formule 24 recommandations afin d'améliorer la compétitivité de la France à l’horizon 2028.

Une lente érosion de l'agriculture française

La France est historiquement un grand pays d'agriculture. En 2021, elle a exporté près de 70 milliards d'euros en matière agricole et agroalimentaire, soit 1,8 fois plus qu'en 2000. Avec une production agricole estimée à 81,6 milliards d'euros en 2021, la France demeure le principal producteur européen avec près de 17% de la production totale du continent loin devant l'Allemagne et l'Italie. 

Pourtant, selon le rapport sénatorial, l’agriculture française poursuit sa lente érosion. Ces chiffres masquent l’augmentation des produits importés dans de nombreux secteurs. La France importe près de 63 milliards d'euros de denrées alimentaires, soit 2,2 fois plus qu'en 2000. La plupart des secteurs sont touchés :

  • un poulet sur deux consommés en France est importé ; 
  • 56% de la viande ovine consommée en France est d'origine importée ;
  • 28% de la consommation de légumes et 71% de la consommation de fruits sont importés.

Par ailleurs, dans un contexte de guerre en Ukraine qui met en avant la nécessité de maintenir la souveraineté alimentaire, le rapport s’interroge sur l’ambition gouvernementale du "tout montée en gamme". Il estime que cette stratégie qualitative est inadaptée à la baisse actuelle du pouvoir d’achat et à la hausse des prix. Les marchés "cœur de gamme", les plus consommés par les Français sur le marché intérieur, sont de plus en plus occupés par les produits d’importation. Le marché du bio subit particulièrement ce contexte. Le chiffre d’affaires du secteur a baissé en 2021.

Comment améliorer la compétitivité ?

Selon le rapport, 70% des pertes de parts de marché s’expliquent par la perte de compétitivité par rapport aux autres pays producteurs. Celle-ci tient entre autres :

  • au coût du travail dans le secteur agroalimentaire ;
  • au niveau élevé d’exigence des politiques environnementales, coûteux pour les producteurs ;
  • à la taille des exploitations, en moyenne plus petite que celle des concurrents ;
  • à la fiscalité de production.

Ces coûts supplémentaires pour le monde agricole français ne sont pas compensés par une évolution aussi rapide de la productivité globale des facteurs de production. Afin de remédier à cette situation, le rapport développe 24 recommandations, parmi lesquelles :

  • nommer un Haut-commissaire chargé de la compétitivité de la "Ferme France" afin d’assurer le pilotage et le suivi du plan "Compétitivité 2028" ;
  • soutenir les filières agricole et agroalimentaire face à la crise énergétique en considérant ces secteurs comme essentiels ;
  • faire de la France un champion en matière d'innovation environnementale ;
  • s'engager à mieux faire respecter les normes minimales de production au sein de l'Union européenne.