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© Lionel BONAVENTURE / AFP

Hausse du prix des carburants : quelle situation en France et quelles conséquences économiques ?

Temps de lecture  6 minutes

Par : La Rédaction

Les prix des carburants ont fortement augmenté au printemps 2026. Cette hausse rappelle celle de 2022 au déclenchement de la guerre en Ukraine. Quel est le rôle de l’État dans cette hausse ? Peut-on dire qu'il profite de cette hausse ? Comment sont les prix en France comparés à ceux de ses voisins ? Vie publique fait le point.

Depuis le 28 février 2026, date du début de la guerre en Iran menée par les États-Unis et Israël, les cours mondiaux du pétrole ont bondi : le baril de Brent cotait sur les marchés autour de 72 dollars fin février 2026, il était à 109 dollars le 3 avril, soit une hausse de plus de 50%. 

Par rapport à la hausse du cours du pétrole, la hausse des prix à la pompe reste encore modérée. Ceci s'explique par le fait que le prix d'achat de la matière de base ne représente qu'environ 30% du prix que paient les consommateurs quand ils achètent du carburant. Cette augmentation pèse cependant lourdement sur le budget des ménages et des entreprises : la hausse du gazole est d'environ 28% sur le mois de mars 2026, celle du sans-plomb 95 d'environ 15%. 

Les prix sont à des niveaux historiquement élevés : ils dépassent même, certes de peu, ceux enregistrés au début de l'invasion russe en Ukraine en 2022. Sur le long terme, les prix de l'essence sont en nette hausse : ils ont globalement doublé sur 20 ans. 

Depuis 2007, en France, un site informe les consommateurs sur les prix des carburants afin de favoriser la concurrence entre les réseaux de distribution (compagnies pétrolières, grandes et moyennes surfaces, indépendants) et de s'approvisionner au prix le plus bas. Les prix varient régionalement et même au cours d'une journée. 

Les prix varient encore davantage au sein de l'Union européenne, en fonction notamment de la part fiscale appliquée par pays et sous l'effet de la réglementation nationale. Par exemple, l'Autriche et l'Allemagne viennent d'instaurer la règle selon laquelle les prix à la pompe ne peuvent plus être augmentés qu'une fois par jour (il n'y a pas de règle pour les baisses).

Au 30 mars 2026, le litre d'Euro-super 95 variait entre 1,34 euro à Malte et 2,33 euros aux Pays-Bas, la France se situant avec 2,01 euros parmi les 6 pays avec un prix au-dessus de 2 euros. Pour le litre du gazole, on retrouve les mêmes pays : le prix le plus bas était observé à Malte (1,21 euro), le plus élevé aux Pays-Bas (2,46 euros). En France, il était à 2,19 euros contre 2,09 euros en moyenne dans la zone euro. 

En Italie, Espagne et au Luxembourg, les prix pratiqués ont été moins élevés qu'en France au 30 mars 2026.

Dans un premier temps, les recettes fiscales de l’État augmentent. Le ministre aux comptes publics, David Amiel, a indiqué, le 3 avril 2026 sur France Info, que l'État avait perçu en mars 270 millions d'euros de surplus fiscaux. Selon le ministre, ce montant représente 120 millions d'euros de recettes au titre de la TVA et 150 millions au titre des accises sur les carburants

Ceci s'explique par un effet mécanique : la TVA s'appliquant de manière proportionnelle au prix, la hausse de ce dernier augmente la somme perçue par l’État. Par ailleurs, on a observé une hausse de la consommation au début du conflit, de nombreux consommateurs ayant anticipé leurs achats en prévision d'une hausse des prix. 

Dans un deuxième temps, l’État ne réalise pas de recettes supplémentaires, bien au contraire

  • la baisse de la consommation globale de carburants réduit la base fiscale et avec elle les recettes. À cause de l'augmentation des prix, les consommateurs modifient leurs habitudes (réduction des kilomètres parcourus, réduction de la vitesse, substitution avec d'autres moyens de transport…), ils achètent donc moins de carburant et l'État perçoit moins de recettes provenant des carburants ;
  • la hausse des prix des carburants réduit le pouvoir d'achat et constitue un transfert de richesse vers les pays producteurs de pétrole : une baisse du pouvoir d'achat pèse sur la consommation et sur la croissance ;
  • la hausse des prix pétroliers alimente l'inflation – en mars, elle a accéléré à 1,7% (sur un an) après encore 0,9% en février – et puisque certaines prestations (retraites, prestations sociales) sont indexées sur celle-ci, les dépenses publiques augmentent ;
  • la croissance ralentit car de nombreux produits autres les carburants sont impactés par la hausse des prix des hydrocarbures (plastiques, engrais…). Les marges de beaucoup d'entreprises tout comme leurs investissements risquent de reculer.

Les carburants sont l'un des produits les plus imposés. La part fiscale se compose d'une part d'une accise (l'ex TICPE), de l'autre de la TVA. L'accise a été créée par l'ordonnance du 21 décembre 2021 qui instaure un système de fractions à percevoir selon la source d'énergie. Elle varie légèrement entre essence et gazole. Les taux d’accise sont votés par le Parlement et inscrits dans la loi de finances de l’année en cours. 

En 2026, elle représente 59,40 centimes par litre pour le gazole et 68,29 centimes pour l’essence sans plomb SP95. Ce montant est fixe pour chaque litre vendu. Les régions peuvent les majorer très légèrement, car une partie des recettes de l'accise leur est affectée pour compenser les transferts de compétences. 

Ce système d'accises a remplacé l'ancienne taxe intérieure de consommation des produits énergétiques (TICPE), qui elle-même avait succédé en 2011 à la taxe intérieure de consommation des produits pétroliers (TIPP). Les accises (ex-TICPE) sur les carburants représentent environ 40% du prix à la pompe.  L'ex TICPE est acquittée par les professionnels assurant la production, l'importation ou le stockage des produits pétroliers, mais ces derniers la répercutent sur le prix de vente au entreprises et aux consommateurs qui la payent effectivement.

L'accise sur les carburants est elle-même soumise à la TVA. La TVA s'applique donc sur le prix composé de matière de base, coût de distribution et accise. À ceci s'ajoutent d'autres (faibles) taxes indirectes, par exemple la taxe générale sur les activités polluantes. 

Au final, toutes les taxes comptent pour environ 60% du prix à la pompe.

  • La France importe 99% du pétrole brut qu'elle consomme.
  • Conflits, chocs pétroliers... les tensions internationales perturbent l'approvisionnement et entraînent une hausse des prix.
  • Comment faire face à ces risques ?
  • 1925 : la loi impose aux entreprises pétrolières nationales de constituer un stock de réserve.
  • 1992 : la France intègre l'AIE (Agence internationale de l'énergie).
  • Qu'est-ce que L'AIE ? 
  • Une organisation créée en 1974 à la suite du 1er choc pétrolier.
  • État membre de l'AIE, la France doit disposer en permanence de réserves équivalentes à 90 jours d'importations nettes d'hydrocarbures.
  • En 2009, l'Union européenne impose à ses États membres de constituer ce même niveau de réserves.
  • Objectif ? Débloquer une partie de ces réserves pour éviter rupture d'approvisionnement et hausse massive des prix.
  • Quels usages ? Transports, chauffage, électricité.
  • 89 sites de stockage stratégique sont répartis en France.

Une étude de l'Insee réalisée entre septembre 2021 et janvier 2023 (c'est-à-dire sous l'effet de la hausse des prix des hydrocarbures après l'invasion de l'Ukraine par la Russie) révèle que si les prix augmentent de 1%, les volumes de carburant achetés par les automobilistes diminuent à court terme, de 0,21% à 0,40%. L'effet prix est trois fois plus fort pour les "petits rouleurs" que pour les "gros rouleurs", mais assez semblable selon le revenu et le type d'habitat (urbain, rural ou périurbain). L'étude conclut également que "les ménages ruraux, périurbains ou gros rouleurs, ayant des consommations moyennes plus élevées, réduisent davantage leurs volumes consommés de carburant à la suite d'une augmentation des prix."