Déclaration de M. Victorin Lurel, ministre des outre-mer, sur la mobilisation de l'Etat en faveur des Outre-mer depuis 20 mois, avec notamment la loi de régulation économique, et les chantiers de 2014, à Paris le 17 janvier 2014.

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Circonstance : Cérémonie des voeux aux associations, aux élus et à la presse, au ministère des Outre-mer, en l'hôtel de Montmorin, à Paris le 17 janvier 2014

Texte intégral

Madame la ministre de la Réussite éducative, chère George PAU-LANGEVIN, Mesdames et messieurs les parlementaires, Mesdames et messieurs les élus, Mesdames et messieurs les présidents d'associations, Mesdames et messieurs les personnalités du monde de la culture et des sports, Mesdames et messieurs les journalistes, Mesdames et messieurs, Cher(e)s amis,
Je veux tout d'abord vous remercier pour votre présence, en nombre, ce soir à l'Hôtel Montmorin, pour la traditionnelle cérémonie des vœux pour la nouvelle année.
Des vœux que j'ai souhaité adresser, comme l'an passé, aux élus, aux associations, aux personnalités du monde de la culture, aux journalistes, mais plus largement à tous ceux qui, originaires ou non de nos territoires, cheminent avec nous depuis maintenant 20 mois et qui sont, à des degrés divers, d'abord et avant tout, des amis des outre-mer.
Tous ici, par delà nos histoires personnelles et collectives, par delà nos sensibilités propres, par delà nos différences voire nos divergences, nous formons malgré tout une grande famille.
Une grande famille qui a des moments et des lieux pour se retrouver.
Le lieu, c'est d'abord ici, le ministère des Outre-mer. La Maison des Outre-mer.
Le moment, c'est notamment celui-ci où il me revient, avant de vous formuler mes vœux, de vous dire en quelques mots ce que nous avons fait depuis maintenant 20 mois et d'inscrire cette action dans le chemin qui s'ouvre devant nous.
Rassurez-vous, je ne veux pas me livrer à un bilan exhaustif. Cela n'aurait d'ailleurs pas de sens, d'autant que l'action que nous avons engagée dépasse bien évidemment l'horizon des 20 mois écoulés.
La situation de nos territoires, que chacun ici connaît, s'accommode de toute façon très mal avec une vision à court terme ou avec des « coups » aussi spectaculaires qu'éphémères.
Pour autant, même si l'on s'inscrit dans la durée, même si l'on conçoit des politiques qui déploieront leur plein effet à moyen, voire à long terme, il faut aussi répondre à une demande sociale, à des défis très immédiats, et bien sûr donner à voir régulièrement la pertinence des choix que nous opérons.
Gouverner c'est précisément trouver cet équilibre entre les résultats qu'attendent très vite les citoyens et les réformes de fond qui, en définitive sont les seules à changer profondément et durablement les choses.
Depuis 20 mois, alors que notre objectif est d'opérer le retour de l'Etat dans les Outre-mer et le retour des Outre-mer au cœur de la République, je crois pouvoir dire que je me suis attaché à rechercher cet équilibre qui nous permet d'afficher des résultats concrets, immédiats et qui nous permet d'affirmer, dans le même temps, que nous avons posé les fondations d'un changement plus profond dans nos territoires.
Oui, malgré un contexte économique et budgétaire compliqué et difficile, nous avons engrangé des résultats concrets.
Quand le Premier ministre arbitre, pour deux exercices budgétaires successifs (2013 et 2014), des augmentations significatives des crédits de la mission Outre-mer, c'est le respect d'un engagement, c'est une reconnaissance, mais c'est aussi un résultat concret que nous avons ensuite pu affecter aux politiques publiques qui réclament en priorité la mobilisation de l'Etat :
- l'éducation et la formation
- le logement social
- l'accompagnement des entreprises
- ou encore le soutien de l'Etat à la commande publique.
Au-delà, je pourrais citer la dotation en termes d'emplois d'avenir pour les Outre-mer, supérieure au poids de nos territoires dans la population nationale dès le lancement du dispositif, Mayotte devenue Région ultrapériphérique dès le 1er janvier 2014 avec la possibilité, désormais de mobiliser les fonds européens pour les grands projets structurants dont elle a besoin, l'accélération du rattrapage social demandé par le président de la République, les soutiens financiers accordés à Saint-Martin, mais aussi plus récemment à la Polynésie française, ce sont là encore des résultats concrets.
La préservation d'une défiscalisation réformée avec de nouveaux outils – nous avons beaucoup et bien travaillé à cela avec les élus et les acteurs économiques qui sont ici présents – c'est aussi un résultat concret au bénéfice de tous les territoires qui ont ainsi conservé leur attractivité, conformément aux engagements du président de la République.
Je pourrais citer encore beaucoup d'autres actions et décisions qui ont eu, qui ont ou qui auront un impact concret et rapide sur la vie quotidienne des citoyens des outre-mer. Mais, nous avons aussi, je l'ai dit, posé les jalons de changements plus profonds.
La loi de régulation économique promulguée en novembre 2012 en est l'une des illustrations.
Elle a permis, elle aussi, des résultats concrets et immédiats :
- le bouclier qualité-prix
- la baisse des tarifs du fret maritime ;
- la baisse des tarifs bancaires, en particulier dans la zone Pacifique ;
- la baisse de certains tarifs de téléphonie mobile, même s'il y a encore beaucoup en faire en ce domaine ;
Mais elle créé de nouveaux outils de régulation qui permettent désormais d'agir sur les structures même de nos économies pour instiller une plus grande dose de concurrence, pour lever les freins qui brident le développement de nos économies.
Cela ne peut se faire en quelques jours, en quelques semaines ou en quelques mois. Mais, cette loi peut et doit être à l'origine de changements profonds de pratiques dans nos économies.
Moins de monopoles ou alors des monopoles mieux régulés par les pouvoirs publics, moins de rentes injustifiées, moins d'entraves à la liberté d'entreprendre lorsque l'on est une petite PME ou une TPE, moins de surcoûts qui, en plus d'affecter le pouvoir d'achat des ménages, empêchent bien souvent aux petites structures de se développer et pénalisent ainsi l'emploi.
Le dossier des carburants est à cet égard emblématique. Il ne s'agit pas pour le gouvernement de s'en prendre à de grandes entreprises pétrolières pour je ne sais quelle raison politique ou politicienne. Il s'agit encore moins de vouloir la mort d'un secteur qui emploie plusieurs centaines de salariés dans nos territoires.
Non. Il s'agit de rendre la confiance aux consommateurs en renforçant la transparence et la compréhension dans le mécanisme de formation des prix. C'est là aussi le rôle de l'Etat régulateur dans les secteurs où il autorise des monopoles.
Cela fait de longs mois que nous expliquons aux acteurs de la filière ce que les consommateurs me semblent avoir particulièrement bien compris : il faut des prix plus raisonnables à la pompe et pour les obtenir, il faut des profits plus raisonnables pour les compagnies pétrolières.
La concertation se poursuit comme sur l'ensemble des textes que j'ai portés. Je ne doute pas qu'elle portera ses fruits.
Ce serait en tout cas, l'un des premiers vœux que je formulerai pour cette année 2014.
L'autre, vous l'aurez compris, c'est de pouvoir continuer de mettre en œuvre des changements durables et profonds pour répondre aux problématiques qui sont celles de nos territoires : le chômage de masse, la pénurie de logement, l'échec scolaire, le mal-développement, mais aussi le besoin d'une visibilité encore plus positive des Outre-mer au sein de la République.
Ce sont là des maux qui affectent nos territoires depuis si longtemps que certains pensent que rien ne pourra jamais en venir à bout.
Je ne crois pas à cette fatalité. Mais il faut, pour nos territoires, un surcroît de volontarisme semblable à celui qu'a exprimé le président de la République pour le pays dans sa conférence de presse.
Certains ont voulu y voir un tournant. D'autres ont jonglé avec les étiquettes : social-démocrate, libéral, social-libéral ?
En réalité, qu'importe, même si je me sens très à l'aise avec l'idéal social-démocrate qui se préoccupe autant de créer de la richesse que des moyens de la redistribuer dans la justice avec efficacité.
Je vois dans l'approche du président de la République une grande continuité avec le souffle de la campagne qui a porté cette majorité aux responsabilités. Mais, l'ampleur de la crise nous impose un surcroît de volontarisme, d'inventivité et de lucidité.
C'est tout l'objet du projet de loi sur lequel le Premier ministre m'a demandé de travailler au mois de juin dernier et pour lequel j'ai sollicité les contributions des parlementaires, mais aussi des acteurs de la vie économique et sociale de nos territoires.
Ce projet de loi concerne les capacités productives et l'emploi de nos territoires et c'est en réalité le cœur de la problématique économiques des outre-mer où l'on a fait beaucoup ces 50 dernières années pour soutenir la demande sans toujours mesurer les conséquences de cette politique en l'absence de structures productives développées et performantes.
Aujourd'hui, plus que jamais, nos territoires ont besoin d'une stratégie de filières de production pour conquérir les marchés locaux, voire les environnements régionaux. C'est là et pas ailleurs que se trouvent les gisements d'emplois dont nous avons besoin pour éradiquer le chômage de masse dans nos territoires.
Je prends le temps de travailler ce texte car je ne veux pas manquer cette occasion de mettre en œuvre des changements majeurs dans notre capacité à soutenir les économies des outre-mer. C'est en tout cas mon premier chantier pour l'année qui commence.
2014 verra aussi la naissance du CREFOM, le conseil représentatif des Français d'Outre-mer et je veux d'ores et déjà former le vœux de la réussite de cette belle initiative qui ne date pas d'hier.
Beaucoup ici, je le sais, partagent l'idée que les Outre-mer souffrent d'un réel déficit de visibilité et de représentation, en particulier ici, dans l'Hexagone.
Bien sûr, les associations jouent leur rôle. Bien sûr, il y a des leaders d'opinion dans de nombreux domaines et eux aussi jouent leur rôle.
Mais, il y a, je crois pouvoir le dire, le besoin d'une institution fédératrice, semblable à nulle autre, dont l'objectif est de rassembler cette belle diversité que constituent les outre-mer.
A la lecture de sa charte, au regard de ses membres fondateurs et de ceux qui ont manifesté le souhait d'être de cette aventure, chacun peut comprendre qu'il ne s'agit pas d'un énième communautarisme qui se structure.
Non. Tout comme la République a rassemblé les outre-mer, leurs territoires, leurs citoyens et leurs problématiques dans un ministère, celui-ci, le CREFOM choisit ce même périmètre pour s'inscrire dans le débat public au cœur de la société civile.
C'est pourquoi j'ai apporté mon soutien à cette initiative et que je souhaite sa réussite, encore plus dans cette période où certaines valeurs de respect et de tolérance, au cœur du vivre-ensemble, donnent l'impression de vaciller sur leurs bases.
Avec le beau projet de Cité des Outre-mer, qui connaîtra également en 2014 des avancées avec nos partenaires de la Mairie de Paris et de la Région Ile de France, ce sont des vecteurs de visibilité et d'expression qui contribueront à concrétiser notre ambition d'inscrire les Outre-mer au cœur de la République.
2014 sera donc une année encore très dense, chargée de défis à relever. Nous avons encore beaucoup à faire ensemble et nous pouvons être fiers de ce qui a été déjà accompli.
Chacun a joué sa partition et je veux ici remercier tous ceux qui ont cheminé à nos côtés depuis 20 mois.
Mes vœux vont naturellement vers vous.
A vous les élus, en particulier les parlementaires, avec qui je souhaite pouvoir continuer ce travail de coproduction législative qui a été fructueux jusqu'ici.
A vous les présidents et les membres d'associations, qui jouez un rôle essentiel pour le lien social et dont le regard, parfois critique, nous est précieux et contribue à l'évaluation de nos actions.
A vous les journalistes, qui avez un rôle plus que jamais essentiel dans l'explication et l'analyse de notre travail.
Et à vous toutes et à vous tous qui portez en chacun d'entre vous une part de cette excellence des outre-mer que nous nous faisons un devoir de valoriser car vous êtes aussi une part de l'excellence de la France.
Bonne année. Bonne année à vous. Et, comme j'aime à le dire, prenez soin de vous et de ceux qui vous sont chers.Source http://www.outre-mer.gouv.fr, le 14 février 2014