Afrique-France : de nouvelles relations à développer

Le 5 octobre 2021, l'intellectuel camerounais Achille Mbembe a remis au président de la République un rapport sur les nouvelles relations Afrique-France. Si ce rapport expose la liste de différends parfois vifs entre le continent africain et la France, il pose aussi les éléments d'une refondation des relations entre l'Afrique et la France.

Une participante à contre-jour devant un panneau du sommet Afrique-France, à Montpellier (34), le 8 octobre 2021.
Avant de faire une série de propositions, le rapport dresse la liste de différends à apurer afin de refonder les relations. © Ludovic Marin/AFP

Ce rapport sur les nouvelles relations Afrique-France a permis de préparer le Nouveau Sommet Afrique-France qui s'est tenu le 8 octobre 2021 à Montpellier.

Ce rapport expose sans détour les contentieux encore très vifs pouvant exister entre le continent africain et la France, en particulier sur les mémoires du colonialisme. Toutefois, le rapport aborde également des propositions pour refonder les relations entre la France et l'Afrique.

Des contentieux encore très vifs

De nombreux différends persistent avec la France, du point de vue africain, et nourrissent le "sentiment anti-français" :

  • "l'appui présumé de la France à la tyrannie sur le continent" africain et l'opacité des structures décisionnelles en matière de politique africaine française ;
  • les interventions militaires françaises, perçues comme des ingérences, la réticence des opinions s'étant accentuée après le génocide des Tutsi au Rwanda ;
  • les effets négatifs liés aux francs CFA ;
  • le rôle de certaines entreprises françaises dans le transfert massif de richesses vers la France (quasi-monopole sur certaines ressources) et des investissements qui menacent des zones forestières ;
  • le durcissement de la politique migratoire (droits des réfugiés et des migrants) ;
  • le désengagement de la France de l'aide au secteur de l'éducation (75% de ces aides allaient à l'Afrique lors de l'élection de Jacques Chirac, contre 40% sous François Hollande) ;
  • la restitution d'œuvres du patrimoine culturel africain par la France est encore incomplète, "bureaucratico-procédurale" et surtout conditionnelle (les États doivent garantir leur vocation patrimoniale et leur bonne conservation) ;
  • la demande de reconnaissance de la nature de "crime contre l'humanité" du colonialisme.

Des propositions pour refonder les relations entre France et Afrique

Le rapport souligne par ailleurs que s'"il y a des questions que l’Afrique devra régler seule, d’elle-même", d'autres engagent des acteurs proches avec lesquels elle a une longue histoire en partage, dont la France.

Des propositions sont ainsi faites afin de parvenir à une refondation de la relation Afrique-France, entre autres :

  • créer le Fonds d'innovation pour la démocratie pour "accompagner la montée en compétences des acteurs des sociétés civiles africaines"  ;
  • bâtir une Maison des mondes africains et des diasporas afin d'exposer la création africaine et diasporique ;
  • enclencher le programme campus nomade pour favoriser les demandes de mobilité des jeunesses africaine et française ;
  • initier un forum euro-africain sur les migrations en vue d'accompagner une véritable politique migratoire ;
  • faire entendre la voix de l'Afrique sur le climat et la biodiversité ;
  • transformer l'aide publique au développement (aide d'urgence, capacités publiques et privées, investissements mais aussi sémantique). Depuis 2017, la France réalise un effort significatif de 5 milliards d'euros supplémentaires.