Pénurie d'engrais : les mesures européennes pour maintenir la production agricole

La forte hausse des prix des engrais azotés est un défi pour les agriculteurs et pèse sur les prix des denrées alimentaires. La Commission européenne formule des propositions pour alléger la pression sur le prix des engrais et pour soutenir leur utilisation plus efficace. La Commission encourage aussi les alternatives aux engrais synthétiques.

Une main dépose un engrais chimique au pied d'une plante agricole.
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La pandémie de Covid-19 puis la crise énergétique provoquée par la guerre en Ukraine ont entraîné depuis deux ans une hausse record des prix des engrais. Ces prix prohibitifs poussent les agriculteurs à retarder leur décision d'achat d'engrais et donc de plantation, ce qui in fine pourrait affecter la récolte 2023.

Selon des estimations, la baisse des achats d'engrais pourrait atteindre 20% sur la campagne 2022-2023.

Pour garantir la disponibilité des engrais à des prix abordables, la Commission européenne prévoit des aides ciblées aux agriculteurs et veut trouver de nouveaux vendeurs sur le marché international. Elle lance aussi un plan d'action pour davantage de transparence sur le marché des engrais.

Les effets de la guerre en Ukraine

La communication Garantir la disponibilité et le caractère abordable des engrais de la Commission européenne, publiée le 9 novembre 2022, intervient dans le cadre des efforts déployés pour faire face aux perturbations causées par la guerre que mène la Russie contre l'Ukraine. Entre la flambée des prix de l’énergie et l’interruption de l’approvisionnement en intrants agricoles essentiels, le conflit a fait monter en flèche le prix des engrais.

Entre septembre 2021 et septembre 2022, le prix des engrais azotés a augmenté de 149%. Cette hausse est essentiellement due au prix du gaz, le gaz naturel étant nécessaire pour la production de l'ammoniac et des autres produits azotés. Face au prix élevé du gaz, les industriels renoncent à produire les engrais ce qui explique la pénurie.

La Commission européenne précise que les sanctions à l'encontre de la Russie ne sont pas responsables des tensions sur le marché des engrais. "Aucune des sanctions adoptées par l'UE à la suite de la guerre d'agression de la Russie en Ukraine ne vise les échanges de produits agricoles et alimentaires (notamment le blé et les engrais), y compris entre des pays tiers et la Russie." L'achat des engrais russes par les pays tiers n'est donc pas interdit. 

Éviter une pénurie d'engrais et ses conséquences sur les récoltes 2023

Les tensions fortes sur le marché des engrais peuvent pousser les agriculteurs à acheter moins d'engrais ce qui peut avoir des conséquences sur les rendements et les prochaines récoltes. Pour prévenir les risques sur la sécurité alimentaire et sur le prix des denrées alimentaires, la Commission a proposé des solutions de court terme :

Parmi les propositions à moyen et à long terme, il y a :

  • le développement de l'utilisation d’engrais organiques ;
  • la diversification des pays importateurs ;
  • le renforcement de la transparence des marchés (création d'un observatoire des marchés des engrais pour plus de visibilité sur les stocks, l’utilisation et les prix des engrais détenus par les industriels) ;
  • consacrer 7,7 milliards d'euros jusqu'en 2024 pour soutenir les pays les plus vulnérables et assurer la sécurité alimentaire mondiale.