La sécurité alimentaire en dix questions

Qu’est-ce que la sécurité alimentaire ? Qu’est-ce que le plan de résilience agricole et alimentaire ? Quelle est la réglementation européenne sur la sécurité alimentaire ? La guerre en Ukraine fait peser de nouveaux risques sur la sécurité alimentaire dans le monde. Vie-publique fait le point en dix questions-réponses.

La guerre entre la Russie et l’Ukraine entraîne une hausse record du prix des matières premières alimentaires (blé, huile, soja, notamment) et de l'énergie. L'Europe et de nombreux pays dépendants des importations de ces denrées se préparent à vivre une profonde crise alimentaire. Les conséquences seront plus difficiles pour certaines régions du monde, notamment l'Afrique, le Moyen-Orient et l' Asie, qui dépendent à plus de 50% des importations de blé russe et ukrainien. Le directeur général de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) pointe une réduction d'une "ampleur dramatique" des exportations de blé, aliment de base pour plus de 35% de la population mondiale.

Dans ce contexte, un plan de résilience agricole et alimentaire (France 2030) a été annoncé en France. La Commission européenne a présenté, le 23 mars 2022, son plan pour préserver la sécurité alimentaire. Les ministres de l'Agriculture du G7 ont appelé dans une déclaration commune, le 11 mars 2022, à laisser ouverts les marchés agricoles.

Qu’est-ce que la sécurité alimentaire ?

Selon le Comité de la sécurité alimentaire mondiale (CSA), "une personne est en situation de sécurité alimentaire lorsqu’elle a la possibilité physique, sociale et économique de se procurer une nourriture suffisante, saine et nutritive lui permettant de satisfaire ses besoins et préférences alimentaires pour mener une vie saine et active". La sécurité alimentaire est composée de quatre dimensions

  • l'accès à la nourriture ;
  • la disponibilité (quantités suffisantes) ; 
  • la qualité (nutritionnel et sanitaire) ; 
  • la stabilité (des prix et du pouvoir d'achat).

Et la souveraineté alimentaire ?

La souveraineté alimentaire peut se définir comme le droit des peuples à définir leurs propres politiques agricoles, ou "droit des peuples à une alimentation saine et culturellement appropriée produite avec des méthodes durables, et le droit des peuples de définir leurs propres systèmes agricoles et alimentaires".

Concept politique apparu lors du Sommet mondial de l'alimentation en 1996 (déclaration du mouvement altermondialiste Via Campesina), la souveraineté alimentaire est un moyen d'accéder à la sécurité alimentaire en permettant à chaque pays de satisfaire les besoins de la population.

Elle fait aujourd'hui débat pour répondre à la crise alimentaire engendrée par la guerre en Ukraine. Le 21 mars 2022, les États membres de l'UE ont donné la priorité à "l'indépendance et souveraineté alimentaire de l'Union européenne". Ils demandent notamment de revoir les objectifs environnementaux pour augmenter leurs productions agricoles. L'UE s'est en effet engagée à réduire de moitié l'usage de pesticides et de 20% celui d’engrais à l'horizon 2030. 

Quels sont les fondements juridiques de la sécurité alimentaire ?

La sécurité alimentaire correspond à un ensemble complexe dans lequel se mêlent l'agriculture, le commerce, le social et l'environnement. Le droit à l'alimentation (en quantité suffisante) fait partie des droits fondamentaux de la personne reconnus par les textes internationaux, notamment : 

Qui est responsable de la sécurité alimentaire en France ?

En France, la sécurité alimentaire dépend de trois ministères :

Sous la tutelle des ministères chargés de la santé, de l'agriculture, de l'environnement, du travail et de la consommation, l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) assure des missions de veille, de vigilance et de surveillance propres à l'évaluation des risques sanitaires de la chaîne alimentaire.

Qu’est-ce que le plan de résilience agricole et alimentaire français ?

Face à la hausse du prix de l’énergie, des cours des céréales et du coût de l’alimentation animale, le gouvernement a annoncé, le 16 mars 2022, un plan de résilience économique et sociale (France 2030) afin de :

  • sécuriser l'approvisionnement des produits qui entrent dans la production de biens (intrants critiques), c'est-à-dire diversifier les approvisionnements stratégiques (énergétique, agricole et industrie) ;
  • renforcer la souveraineté énergétique : sécuriser l'approvisionnement en gaz, augmenter les énergies décarbonées (biométhane, par exemple) et réduire la consommation énergétique notamment ;
  • augmenter la souveraineté alimentaire de l’Europe : intensifier la production nationale et européenne notamment en valorisant les jachères (terres cultivables laissées au repos), aider les agriculteurs.

Par ailleurs, la France a mis en place en 2019 (jusqu'en 2024) une stratégie internationale pour la sécurité alimentaire, la nutrition et l'agriculture qui prévoit notamment de renforcer la gouvernance mondiale dans ce domaine, de développer les systèmes agricoles et alimentaires durables et aider les populations vulnérables.

En quoi consiste la réglementation européenne de la sécurité alimentaire ?

Dans le cadre du Pacte vert, l'Union européenne (UE) a mis en place une stratégie "De la ferme à la table" qui prévoit :

  • une alimentation suffisante et abordable, tout en contribuant à l'objectif de neutralité climatique à l'horizon 2050 ;
  • un revenu équitable et un soutien résolu aux producteurs primaires ;
  • la compétitivité de l'agriculture de l'UE au niveau mondial.

Elle est accompagnée d'une stratégie de l'UE en faveur de la biodiversité à l'horizon 2030.

Plusieurs textes, obligatoires pour les pays membres de l'UE concernent la en particulier la qualité et la sécurité sanitaire, notamment :

  • le règlement (CE) No 178/2002 du 28 janvier 2002 établit les principes généraux et les prescriptions générales de la législation alimentaire. Il définit les responsabilités des différents acteurs de la chaîne alimentaire, de la fourche à la fourchette ;
  • le Paquet hygiène, en vigueur depuis 2006, concerne toute la filière agroalimentaire, de la production primaire, animale et végétale, jusqu’à la distribution au consommateur final, en passant par l’industrie agroalimentaire, les métiers de bouche, et le transport ;
  • le règlement (UE) 2017/625 du Parlement européen et du Conseil du 15 mars 2017 sur le contrôle de la chaîne alimentaire.

Existe-t-il un plan d’urgence de l’UE en cas de crise ?

Lors d'une crise qui touche les prix et l'approvisionnement, l'UE dispose d'un plan d'urgence, prévu dans la stratégie "De la ferme à la table".  Mis en place en 2021 dans le cadre de la pandémie du Covid-19, il prévoit notamment la coordination de la chaîne alimentaire à l'échelle européenne pour éviter des pénuries : soutien aux agriculteurs, aides au stockage privé, dérogation aux règles de concurrence, assouplissement de la PAC (prolongation des délais de paiement, par exemple).

Le 23 mars 2022, la Commission européenne a annoncé des mesures exceptionnelles pour faire face aux répercussions de la guerre en Ukraine, notamment pour :

  • augmenter la production nationale (mobilisation des terres en jachères pour toute culture destinée à l'alimentation humaine et animale) ;
  • utiliser la réserve de crise agricole (500 millions d'euros pour aider les agriculteurs en cas d'instabilité des prix) ;
  • activer le mécanisme européen de préparation et de réaction aux crises de sécurité alimentaire (EFSCM).

Dans les conclusions du Conseil datées du 21 mars, les chefs d’État et de gouvernement avaient demandé à  la Commission de "prioriser la sécurité alimentaire mondiale, en particulier en soutenant […] l’Ukraine et les pays tiers importateurs de produits alimentaires".

Quels sont les organismes internationaux chargés de la sécurité alimentaire ?

En Europe, outre le commissaire européen chargé de la santé et de la sécurité alimentaire, trois organes s'occupent de ce domaine :

Par ailleurs, les organisations spécialisées dans la sécurité alimentaire et l'agriculture sont notamment :

Quelle est la stratégie des Nations Unies pour la sécurité alimentaire ?

Pour la période 2022-2031, la stratégie de la FAO prend en compte la nécessité de transformer le système agro-alimentaire en s'appuyant sur "quatre améliorations" : 

  • la production : innovation pour une production durable, approche "une seule santé", accès équitable aux ressources pour les petits producteurs ;
  • la nutrition : mise en avant des aliments nutritifs et salubres pour tous, réduction du gaspillage, notamment ;
  • l'environnement face au changement climatique en développant la bio économie et la biodiversité ;
  • les conditions de vie : croissance économique réduisant les inégalités et transformation rurale, notamment.

La gestion de crise

La FAO dispose d'outils spécifiques en cas d'urgence alimentaire (conflit, catastrophe naturelle, épidémie, par exemple) en particulier : stocks nationaux de sécurité, désignation d'organes responsables des réserves et de la distribution alimentaire d'urgence.

Dans le cadre des risques liés au conflit ukrainien, la FAO a publié les recommandations suivantes : 

  • laisser ouvert le commerce mondial des aliments et des engrais ;
  • diversifier les fournisseurs d'aliments ;
  • éviter les réponses au cas par cas (réduction des droits de douane ou restrictions à l'exportation, par exemple, qui entraîneraient une hausse des prix sur les marchés).

L'organisation a lancé en priorité des interventions visant à protéger les moyens d’existence des petits exploitants les plus vulnérables. L'ONU a également lancé un appel éclair de fonds le 2 mars pour une aide alimentaire à l'Ukraine. Un module d’action groupée pour la sécurité alimentaire et les moyens d’existence, codirigé par la FAO et le Programme alimentaire mondial (PAM), prévoit des dons en nature de produits alimentaires et d’intrants agricoles. 

Où en est la sécurité alimentaire dans le monde ?

  • 660 millions de personnes pourraient connaître la faim en 2030.
  • L’insécurité alimentaire modérée ou grave a augmenté depuis 2014 : près d’une personne sur trois (2,37 milliards) n’ont pas eu accès à une nourriture adéquate, près de 12% de la population mondiale (928 millions de personnes) était en situation d’insécurité alimentaire grave en 2020.
  • Plus de neuf enfants sur dix souffrent d’un retard de croissance.

C'est ce qui ressort en particulier de la version 2021 de "L’état de la sécurité alimentaire et de la nutrition dans le monde", publiée par la FAO. L'insécurité alimentaire et la malnutrition se sont aggravées et l'objectif "Faim zéro" à l'horizon 2030 ne pourra pas être atteint. Sont en cause : la pandémie de Covid-19, les conflits, la variabilité du climat et les phénomènes climatiques extrêmes, les ralentissements économiques.