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CARL COURT / GETTY IMAGES EUROPE / Getty Images via AFP

France - Royaume-Uni : quelles relations en matière migratoire ?

Temps de lecture  9 minutes

Par : La Rédaction

La France et le Royaume-Uni ont annoncé le 22 avril 2026 un nouvel accord visant à empêcher les traversées clandestines de la Manche par des migrants. Il reconduit pour trois ans le traité de Sandhurst, signé en 2018 et renouvelé en 2023. Le point en cinq questions sur les relations franco-britanniques en matière de questions migratoires.

Les déplacements de personnes migrantes entre la France et le Royaume-Uni présentent des caractéristiques spécifiques à la situation géographique. La Manche sépare les deux États, Calais (Pas-de-Calais) où débouche le Tunnel sous la Manche est un lieu de transit très important pour les personnes qui souhaitent rejoindre le Royaume-Uni, que cela soit par la voie ferroviaire ou maritime. Avant l'accord du Touquet signé en 2003, la France et le Royaume-Uni exerçaient le contrôle des arrivées des migrants sur leur propre territoire. 

Une délocalisation des contrôles frontaliers britanniques dans les zones portuaires et ferroviaires françaises a été progressivement mise en place. Il s'agit d'endiguer les mouvements migratoires vers le Royaume-Uni. Les accords bilatéraux conclus dans ce cadre s'articulent avec le droit européen en matière migratoire.

En novembre 1991, un protocole est signé à Sangatte, en prévision de l'ouverture du Tunnel sous la Manche (ouvert en 1994). Il permet la mise en place de contrôles frontaliers des deux côtés du tunnel. Un protocole additionnel à celui de Sangatte est signé en mai 2000 afin de créer des bureaux de contrôle de police aux points d'entrée et de sortie. Il s'agit d'organiser des contrôles juxtaposés et une coopération policière.

Le 4 février 2003, la France et le Royaume-Uni signent le traité du Touquet, entré en vigueur en février 2004. Il est conclu à la suite de la fermeture du centre d'hébergement et d'accueil d'urgence humanitaire ouvert à Sangatte en 1999. Chaque État peut désormais exercer son contrôle sur le territoire de l'autre (dans les ports maritimes de la Manche et de la mer du Nord ainsi que de chaque côté de l'Eurotunnel). Il s'agit d'accroître la surveillance des frontières et d'externaliser la frontière britannique en France. 

La France doit ainsi contrôler l'immigration clandestine vers le Royaume-Uni. La contribution financière versée par le Royaume-Uni en contrepartie est régulièrement augmentée. Un accord conclu en septembre 2014 prévoit la création d'un fonds commun alimenté par une contribution britannique de 15 millions d'euros sur trois ans. Ce fonds st destiné à financer des actions de sécurisation du port de Calais.

Lors du 35e sommet franco-britannique en 2018, la France et le Royaume-Uni signent un nouvel accord pour la gestion des flux migratoires : l'accord de Sandhurst. Il complète le traité du Touquet et intensifie l'action commune : renforcement des interceptions, démantèlement des réseaux criminels (réseaux de passeurs), amélioration de la surveillance... Les moyens technologiques déployés dans ce cadre montent en puissance.

À cette fin, le Royaume-Uni s'engage à augmenter de 50 millions d'euros sa contribution financière à la France.

Un nouvel accord est signé le 14 novembre 2022 afin d'augmenter les sommes versées par le Royaume-Uni à la France (plus de 72 millions d'euros pour 2022-2023). En contrepartie, les actions menées sont renforcées : 

  • expansion de la cellule de renseignement pour le démantèlement des groupes criminels ; 
  • augmentation des effectifs des forces de sécurité intérieure françaises qui patrouillent sur les plages françaises ; 
  • déploiement d'équipes d'observateurs embarqués dans les deux pays ; 
  • investissement dans des technologies de surveillance et de vidéosurveillance...

Depuis le Brexit devenu effectif fin 2020, la libre circulation des citoyens européens ne s'applique plus sur le territoire britannique. La question migratoire est au cœur des négociations entre l'Union européenne (UE) et le Royaume-Uni, car elle constitue une des raisons principales motivant le départ de l'État britannique.

Le Royaume-Uni sort alors du régime d'asile européen commun (RAEC) et du système dit de "Dublin" et retrouve intégralement le contrôle de ses frontières. Le Royaume-Uni n'est pas soumis au principe de solidarité entre États membres instauré par le Pacte européen sur la migration et l'asile qui est entré en vigueur en juin 2026. 

À l'issue du Brexit, les traités franco-britanniques de Sangatte et du Touquet restent en vigueur, et vont progressivement être complétés et renforcés par des accords ultérieurs. 

La situation spécifique du Royaume-Uni avant le Brexit

Le Royaume-Uni ne faisait pas partie de l'espace Schengen. Si les citoyens de l'UE pouvaient s'y rendre librement, le Royaume-Uni exerçait tout de même un contrôle à la frontière (vérification de l'identité et du respect des conditions d'entrée).

La France et le Royaume-Uni appliquaient les conditions spécifiques de traitement des demandes d'asile prévues par les accords bilatéraux. Ces conditions coexistaient avec le système dit de "Dublin" qui instaurait des règles distinctes en matière de détermination de l'État responsable.

En 2023, l'accord de Sandhurst est renouvelé pour la période 2023-2026. La contribution financière du Royaume-Uni est fixée à 540 millions d'euros.  

Le 10 juillet 2025, un accord est conclu afin d'expérimenter la règle dite du "one-in, one-out" ("un pour un") : pour une personne arrivée illégalement au Royaume-Uni renvoyée vers la France, le Royaume-Uni s'engageait à accueillir un ressortissant étranger qui se trouvait en France, sous plusieurs conditions. 

L'accord, entré en vigueur en août 2025, était présenté par la France et le Royaume-Uni comme visant à "poursuivre et [...] renforcer leur coopération afin de lutter de manière plus efficace contre les migrations irrégulières, de prévenir la circulation non autorisée et d'empêcher les traversées périlleuses" (décret français de publication de l'accord du 11 août 2025).

Les premiers renvois ont été organisés au mois de septembre 2025, des deux côtés de la Manche. Initialement prévue jusqu'à juin 2026, l'expérimentation avait été prolongée jusqu'au 1er octobre 2026. Elle a pris fin à cette date, faute de nouvelle prolongation. 

Le 22 avril 2026, la France et le Royaume-Uni ont annoncé avoir signé un nouvel accord pour prolonger de trois ans le traité de Sandhurst. L'objectif est de limiter les traversées illégales vers les côtes britanniques. La nouveauté tient au volet financier. Le financement du Royaume-Uni, qui augmente par rapport à l'accord initial (+40 millions d'euros), comprendra une part flexible, qui sera conditionnée à l'efficacité des mesures déployées en France pour empêcher les traversées clandestines vers l'autre côté de la Manche. En cas de résultats insuffisants, le financement pourra être réorienté vers de nouvelles actions. 

Le financement du Royaume-Uni pourra aller jusqu'à 766 millions d'euros. Il servira en majorité au renforcement des effectifs sur le littoral français, puis aux infrastructures et équipements (drones, caméras thermiques...).

La Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH) et le Défenseur des droits (voir son avis du 21 juin 2017) critiquent régulièrement les conséquences des accords signés successivement entre la France et le Royaume-Uni. 

Les conditions de vie des personnes maintenues au sein de camps de fortune dans le Nord de la France (notamment dans la "jungle de Calais") sont très dégradées : eau et nourriture insuffisantes, pas d'abri, manque d’accès à des toilettes...

Dans un avis du 9 juillet 2015, la CNCDH alerte sur "la situation humanitaire extrêmement préoccupante des migrants à Calais et dans le Calaisis". Elle indique être "profondément choquée par les conditions inhumaines dans lesquelles les migrants tentent de survivre et par l'impasse dans laquelle se trouvent non seulement ces exilés mais aussi les autorités publiques confrontées à des problèmes d'une particulière complexité". La CNCDH considère que les traités internationaux signés avec le Royaume-Uni font de la France le "bras policier" de la politique migratoire britannique. 

Malgré les tentatives étatiques d'endiguer les flux migratoires, les traversées de la Manche augmentent d'année en année. Du fait du durcissement des contrôles, elles sont de plus en plus dangereuses. En 2024, les tentatives de traversées vers le Royaume-Uni via la Manche ont augmenté de 9% (67 552 franchissements irréguliers de la frontière) par rapport à l'année précédente. Les traversées sur de petites embarcations précaires ("small boats") sont très risquées. Depuis 2014, l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) a recensé 355 migrants disparus sur la route de la Manche vers le Royaume-Uni. En 2024, 85 décès et disparitions ont été comptabilisés sur cette route. 

La CNCDH réitère sa dénonciation des relations franco-britanniques dans une déclaration adoptée le 14 octobre 2025 relative à l'accord du "one-in, one-out". Elle considère ce texte "attentatoire aux droits des personnes migrantes et contraire aux engagements internationaux de la France". Les conditions d'entrée au Royaume-Uni sont considérées comme manquant de transparence, discriminantes et non respectueuses du droit d'asile. 

Le Défenseur des droits considère dans un avis du 17 décembre 2025 que l'usage par les forces de sécurité d'armes lors de leurs interventions sur les plages du Nord et du Pas-de-Calais sont "contraires aux obligations de discernement et d'usage absolument nécessaire et proportionné des armes". 

Le 1er juillet 2026, à l'Assemblée nationale, la commission d'enquête relative aux conséquences des accords du Touquet sur l'action publique et le respect des libertés et droits fondamentaux des personnes migrantes publie son rapport. La rapporteure de la commission d'enquête y déplore "les morts à [la] frontière maritime [qui] s'accumulent". 33 préconisations sont formulées, parmi lesquelles : 

  • une "contribution exceptionnelle de l'État" pour financer le renouvellement du matériel de sauvetage des personnes qui traversent la Manche ;
  • le développement d'unités d'accueil et d'hébergement et la prise en compte de la vulnérabilité de certaines personnes (femmes isolées, enceintes ou jeunes mères, mineurs non accompagnés...) ; 
  • l'usage de caméras-piétons lors des évacuations de campements et l'exclusion de l'usage d'armes et de gaz lacrymogènes au cours des opérations d'empêchement au départ des personnes qui tentent de monter dans une embarcation.