Recours à l'aide alimentaire en hausse dans certaines grandes villes

Le taux de pauvreté monétaire est resté stable en 2020 (14,6%). Les mesures de soutien à l’économie et aux revenus des ménages semblent avoir limité les impacts sociaux de la crise sanitaire. Mais les plus précaires ont vu leur situation s'aggraver. Le recours à l’aide alimentaire s’est amplifié, surtout dans certaines grandes villes.

Personne bénéficiant d'une distribution d'aide alimentaire.
L’évolution des publics accueillis reflète la composition sociale des territoires. © CameraCraft - stock.adobe.com

La Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) a publié en janvier 2022 une étude sur l’activité des structures de distribution d’aide alimentaire au printemps 2021, comparée à celle d’avant la crise sanitaire. Elle analyse la façon dont ces centres ont perçu l’impact de la crise sur leur fréquentation et le profil des bénéficiaires.

La plupart des centres de distribution d’aide alimentaire ont signalé une hausse au printemps 2021 :

  • de leur fréquentation ;
  • du volume des denrées distribuées (+10,6% contre +2,9% entre 2018 et 2019) ;
  • de la part des nouvelles inscriptions parmi l’ensemble des personnes aidées (+7,3% contre +4,4%).

Cette progression a concerné principalement les grands centres, qui accueillent 150 personnes ou plus chaque semaine.

Des disparités territoriales

Certaines régions ont été plus affectées que d'autres par cette hausse du nombre de bénéficiaires dans les centres de distribution. C'est le cas de la Provence-Alpes-Côte d’Azur (+37%), de l'Île-de-France (+35%) et de l'Outre-mer (+31%). Ces structures ont vu également progresser la proportion de nouveaux publics par rapport à l'avant-crise sanitaire. Les centres implantés dans des unités urbaines très peuplées (500 000 habitants ou plus) sont les plus touchés.

Les données des réseaux associatifs confirment la perception des centres de distribution. L’Île-de-France et la région Paca ont enregistré la plus forte hausse du nombre d’inscrits à la campagne d’hiver 2021 des Restos du cœur (respectivement +9% et +1% par rapport à 2020) et des repas distribués (+5% et +1%). Ces évolutions sont supérieures à la tendance nationale, marquée par une légère baisse de ces deux indicateurs. De même, les dépenses du Secours catholique en matière d’aide alimentaire ont augmenté de 42% au premier trimestre 2021 par rapport au premier trimestre 2020 pour la France entière, mais de 98% en Paca et de 78% en Île-de-France.

Toutefois, les Pays de la Loire, la Normandie, l'Auvergne-Rhône-Alpes et le Grand Est ont été, quant à eux, relativement épargnés par la crise : le nombre de bénéficiaires y est resté globalement stable ou a diminué.

Une évolution des profils des bénéficiaires

L’évolution des publics accueillis reflète la composition sociale des territoires. Par exemple, les centres situés dans des communes où résident une part importante de 18-24 ans (comme les villes universitaires) ont vu croître la part des jeunes et des étudiants parmi leurs publics.

Les centres de distribution implantés au sein de grandes unités urbaines exposées à la pauvreté et au chômage ont connu une plus forte croissance d’activité et ont reçu davantage de femmes, d’étudiants et de non-francophones qu’avant la crise.

Dans les trois régions où se situent les centres les plus touchés par la crise sanitaire, des catégories de population ont intensifié leur recours à l’aide alimentaire :

  • en Île-de-France, les personnes seules, les travailleurs précaires et les étudiants ;
  • en Paca, les non-francophones, les travailleurs précaires, les femmes et les familles monoparentales ;
  • en Outre-mer, les familles monoparentales, les femmes et les chômeurs.