Crise d’attractivité du métier d’enseignant en Europe : la France, un des pays les plus touchés

Baisse des recrutements, vieillissement du corps enseignant... le métier d'enseignant traverse une crise dans tous les pays européens. Les enseignants expriment souvent leur insatisfaction sur leur niveau de salaire. De nombreux enseignants soulignent aussi un décalage entre leur formation initiale et leur métier.

Salle de classe vue, d'une porte entrouverte, équipée d'un rétro-projecteur.
Les salaires des enseignants au sein de l'UE varient entre 5 000 et 80 000 euros par an. © Mongkol - stock.adobe.com

Le 8 juin 2022, un rapport d’information publié par le Sénat fait état de la  "crise d’attractivité" du métier d’enseignant en France et dans l'Union européenne (UE).

Face à ce constat, le rapport recommande de s'inspirer des systèmes éducatifs d’autres pays européens pour trouver des solutions permettant d'améliorer en France le recrutement des prochaines générations d'enseignants.

Un problème de rémunération des enseignants

Pas moins d’un tiers des enseignants européens considèrent que leur formation est inadaptée à la pratique du métier.

En France, les enseignants déplorent un lourd sentiment d’isolement et un manque de considération : d'après l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE),  6,6% d'entre eux se sentent valorisés par la société. La moitié d'entre eux seulement s'estiment "bien" ou "très bien" préparés par leur formation initiale.

En Europe, seulement 37% des enseignants du premier degré sont satisfaits de leur salaire.

En début de carrière, les salaires des enseignants au sein de l'UE varient entre 5 000 et 80 000 euros par an. S’il faut douze ans à un enseignant au Danemark pour atteindre le salaire maximum, cela nécessite une ancienneté de 42 ans pour un enseignant hongrois.

La rémunération des enseignants français

Les salaires français se situent en deçà de bon nombre de pays européens, selon le rapport. La rémunération des enseignants est aussi inférieure à la moyenne de l‘OCDE. Après dix et quinze ans d’ancienneté, les salaires des enseignants français se démarquent par un écart de 10 000 dollars annuels avec la moyenne de l’OCDE.

Comment lutter contre le déclin de l’attractivité du métier d’enseignant ?

Au regard du faible nombre de candidats dans toutes les catégories du corps enseignant (-30% environ d'inscrits aux concours de l'enseignement du second degré entre 2008 et 2020 en France) et de l’inquiétante croissance du nombre de démissionnaires en hausse constante depuis dix ans en France, différentes stratégies ont été adoptées.

Le rapport prend pour exemple le cas de l'Allemagne et du Portugal.

L’Allemagne a pris le pari d’octroyer à tous les enseignants une rémunération avoisinant le double de la moyenne européenne. En revanche, ce système n'offre pas un accompagnement suffisant aux jeunes enseignants. Il ne garantit aucun emploi pour les enseignants débutants, titulaires du diplôme d’État. Les enseignants sont par ailleurs obligés de prendre en charge des activités supplémentaires qui font l’objet d’une profession à part en France, comme la surveillance.

Pour sa part, le Portugal a opté en amont pour une amélioration massive des performances scolaires, puis pour une rémunération conséquente en faveur des enseignants. Si cette stratégie se solde par un progrès important que souligne l’OCDE - le Portugal se hissant de la 31e à la 22e place au classement international PISA entre 2012 et 2015 -, le résultat est plus mitigé en termes d’attractivité de la profession.

Ainsi, le rapport constate que l'Allemagne et le Portugal, deux pays qui rémunèrent bien les enseignants, n'échappent pas à la problématique de la pénurie d'enseignants.