Le Groenland, Kalaallit Nunaat ou "terre verte" est une île de plus de deux millions de kilomètres carrés située au nord-est du Canada dont elle est séparée de 26 kilomètres par le détroit de Davis. Bien que situé géographiquement en Amérique du Nord, le Groenland fait partie de la sphère économique et juridique de l'Europe en raison de son appartenance au Danemark, État membre de l'Union européenne (UE). Il est considéré comme faisant partie des pays nordiques.
Sur un total de 58 000 personnes, environ 45 000 (soit 78%) vivent dans les villes, dont la principale est Nuuk qui compte près de 20 000 habitants, une population composée de Groenlandais (80%) et de Danois (14,5%).
Colonie danoise à partir de 1721, le Groenland est aujourd'hui un territoire autonome du Danemark sur le plan juridique. L'île est dotée d’une autonomie politique depuis 1979. Cette autonomie a été renforcée en 2009. Le Danemark a cédé à son ancienne colonie 32 domaines de compétences, dont la police et la justice. La politique monétaire, la défense et la politique étrangère restent sous contrôle danois. La loi d’autonomie de 2009 prévoit, en outre, qu'il revient au peuple du Groenland de prendre toute décision concernant l’indépendance du territoire.
Le Groenland dispose de son propre parlement (Inatsisartut), de son gouvernement (Naalakkersuisut) et de sa propre fonction publique. Le chef d'État actuel est le roi du Danemark, Frédéric X.
Résultats des élections législatives du 11 mars 2025
Plus de 70% des électeurs sont allés aux urnes. Selon les résultats préliminaires, le parti Demokraatit a recueilli 29,9% des suffrages (contre 9,9% au scrutin précédent en 2021). Ce parti plaide en faveur d'une transition lente vers l’indépendance de l'île et pour la mise en place de fondations économiques solides pour réussir cette étape. Il est suivi par le parti Naleraq avec 24,5% (contre 12% en 2021) qui pour sa part demande une indépendance rapide. La coalition sortante composée d'Inuit Ataqatigiit (écologiste) et des sociaux-démocrates de Siumut qui ont obtenu respectivement 21,4% (contre 36,6% en 2021) et 14,9% (contre 30,1% en 2021), sort perdante du scrutin.
L'isolement géographique de la grande île par rapport au Danemark, la scolarisation en kalaallisut, la participation des Groenlandais aux affaires publiques... ont contribué à ce que les habitants se considèrent comme une nation au même titre que les Danois, plutôt qu'une minorité autochtone de nationalité danoise. Ainsi, les liens avec le Danemark sont essentiellement administratifs et non identitaires.
Quelle est la langue officielle du Groenland ?
La langue officielle du Groenland est le kalaallisut. Elle appartient à la famille des langues inuit. Elle est la seule langue officielle du Groenland. Le danois peut cependant être utilisé, y compris par l'administration locale, quand cela est jugé nécessaire.
Le Groenland est un territoire autonome qui est géopolitiquement lié à l’Union européenne par l’intermédiaire du Danemark. Le traité sur le Groenland, entré en vigueur en 1985, adapte l'application des traités européens sur le territoire du Groenland. Un protocole additionnel annexé au traité définit un certain nombre de dérogations relatives à la pêche.
L'île, territoire constitutif du Royaume du Danemark, est inscrite sur la liste de territoires d'outre-mer associés à l'UE. Elle bénéficie à ce titre d’une coopération renforcée avec l’UE. Au cours de la période 2021-2027, le Groenland bénéficie de 225 millions d'euros de l'UE à l'appui des secteurs du développement durable, de l'éducation et de la croissance verte.
Pays et territoires d’outre-mer (PTOM)
Le Groenland fait partie des Pays et territoires d’outre-mer qui dépendent, sur le plan constitutionnel, de trois États membres de l’UE. Les ressortissants des PTOM sont des citoyens européens, mais les PTOM ne font pas partie du territoire de l’UE. Ce statut souligne sa relation particulière avec l'UE. Il concerne
- le Danemark (Groenland) ;
- la France (Polynésie française, Nouvelle-Calédonie, Saint-Barthélemy, Saint-Pierre-et-Miquelon, Wallis et Futuna, Terres australes et antarctiques françaises) ;
- les Pays-Bas (Aruba, Curação, Sint-Maarten, Bonaire, Saint-Eustatius et Saba).
Le Groenland occupe une place particulière dans l’histoire européenne. C’est le premier territoire à s'être retiré de la construction européenne, sans avoir choisi d’y entrer.
Lors du référendum de 1972 organisé au Danemark en vue de son adhésion à la Communauté économique européenne, le Danemark a voté oui mais les habitants du Groenland ont voté non à 70%. Cette situation politique a conduit à l'adoption d'un statut d'autonomie pour le Groenland en 1979.
Ce nouveau statut a permis au Groenland de se retirer de la CEE à la suite d'un référendum organisé en 1985.
Depuis 2009, le Groenland aspire à l’indépendance. Il est l’objet de convoitises de la part de certaines puissances comme la Chine, la Russie ou les États-Unis (potentiel en ressources naturelles, routes maritimes). L'île tente depuis de diversifier ses partenariats.
En 2023, l'UE a signé un protocole d'accord avec le gouvernement du Groenland en vue d'un partenariat stratégique visant à développer des chaînes de valeur durables des matières premières. Il est centré sur le lien entre ses gisements de minéraux et l’ambition de l’UE d’accroître son autosuffisance énergétique et de diversifier ses fournisseurs. Parmi les 34 matières premières critiques considérées par la Commission européenne comme revêtant une importance stratégique pour l'industrie européenne et la transition écologique, 25 sont présentes au Groenland.
L’UE envisage ainsi ses relations avec le Groenland sous l’angle de la dépendance stratégique vis-à-vis de la Chine, qui domine l’extraction et le traitement des minéraux et des terres rares, essentiels à la fabrication de matériel électronique et de technologies de transition énergétique.
Au-delà de l'enjeu des matières premières, le Groenland est aussi l'un des PTOM les plus stratégiques pour l'Union européenne. Les conséquences du changement climatique ouvrent de nouvelles routes maritimes du fait de la fonte estivale de la banquise arctique. La route maritime par l'Arctique raccourcit de près de moitié (environ 40%) la distance entre l'Asie et l'Europe.
Vers une nouvelle politique européenne en faveur de la région arctique ?
Le dernier document stratégique de l’UE pour l’Arctique a été publié en 2021. Fin janvier 2025, le comité économique et social européen a appelé l'Union européenne à repenser sa stratégie dans l'Arctique pour y défendre "ses intérêts légitimes" dans cette zone qui "devient un point géopolitiquement sensible pour la Chine, la Russie, les États-Unis et l'UE." Il plaide pour une réévaluation de l'approche européenne y compris en faveur d'une participation des populations et une coopération étroite avec le Groenland.
Le Groenland est un "territoire autonome du Royaume du Danemark, toute modification de ce statut est une décision qui incombe aux citoyens du Groenland", a souligné une porte-parole de la Commission européenne, lors d’un point-presse le 5 janvier 2026, face aux revendications relatives à l'île arctique exprimées par le président américain Donald Trump le 4 janvier 2026.
Le 5 janvier 2026, la première ministre danoise, Mette Frederiksen, a répondu aux déclarations du président américain en prévenant qu’une attaque des États-Unis contre un membre de l’Organisation du traité de l'Atlantique nord (OTAN) signerait la fin de cette organisation.
"La sécurité dans l'Arctique reste une priorité essentielle pour l'Europe et est cruciale pour la sécurité internationale et transatlantique", ont affirmé, le 6 janvier 2026, sept dirigeants européens. Le président français Emmanuel Macron, le chancelier fédéral allemand, Friedrich Merz, la première ministre italienne, Giorgia Meloni ainsi que leurs homologues polonais, espagnol, britannique et danois ont déclaré dans un communiqué commun :
"Le Groenland appartient à son peuple. Il appartient au Danemark et au Groenland, à eux seuls, de décider des questions concernant le Danemark et le Groenland".
Les dirigeants européens ont appelé au respect de la souveraineté, de l’intégrité territoriale et de l’inviolabilité des frontières. Ils ont souligné également que "le Royaume du Danemark, y compris le Groenland, fait partie de l’OTAN".
Après sa publication, cette déclaration a été soutenue par plusieurs autres dirigeants européens, comme le premier ministre néerlandais ou le chef du gouvernement luxembourgeois.
Le 7 janvier 2026, lors de la cérémonie d'ouverture de la présidence chypriote du Conseil européen, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et le président du Conseil de l'Union européenne (UE), Antonio Costa, ont à leur tour défendu la souveraineté du Groenland :
Ursula von der Leyen a mis en avant la valeur du droit international et a déclaré que "la coopération l'emporte sur la confrontation, (...) le droit l'emporte sur la force. Des principes (...) qui s'appliquent (...) également au Groenland". Pour sa part, Antonio Costa, lui, a exprimé le "soutien total et (...) la solidarité de l’Union européenne", avec le Groenland et le Danemark. "Nous, Européens, avons appris de notre propre histoire que l’unilatéralisme est une voie rapide vers le conflit, la violence et l’instabilité".
Le 17 janvier 2026, le président des États-Unis, Donald Trump, a annoncé vouloir mettre en place des sanctions douanières vis-à-vis de huit pays européens qui ont apporté leur soutien au Groenland en y envoyant du personnel militaire dans le cadre de l'exercice Arctic Endurance. Selon les déclarations de Donald Trump sur son réseau social Truth Social, le Danemark, la Norvège, la Suède, la Finlande, le Royaume-Uni, la France, l'Allemagne et les Pays-Bas se verraient appliquer, à partir du 1er février 2026, une surtaxe de 10% sur leurs marchandises exportées vers les États-Unis.
Face à cette menace, le président du Conseil européen, Antonio Costa, a réaffirmé, le 18 janvier 2026, sur le réseau social X, le soutien des pays de l'Union européenne (UE) aux principes du droit international, de l'intégrité territoriale et de la souveraineté nationale. Il a aussi insisté sur la solidarité des pays de l'UE avec le Danemark et le Groenland. Il a indiqué également que l'UE était prête à se défendre contre toute forme de coercition tout en précisant que les droits de douane pourraient compromettre les relations transatlantiques et seraient incompatibles avec l'accord commercial UE-États-Unis du 27 juillet 2025. Enfin, il a mentionné la convocation d'un sommet extraordinaire des pays de l'UE qui se déroulera le 22 janvier 2026.
Quant aux huit pays européens menacés par une hausse des droits de douane à leur encontre, ils ont publié un communiqué commun le 18 janvier 2026 dans lequel ils précisent que "les menaces tarifaires portent atteinte aux relations transatlantiques et risquent d’entraîner une dangereuse spirale négative", ces pays indiquant vouloir rester unis et déterminés pour faire respecter leur souveraineté. Enfin, en réponse à l'annonce de Donald Trump de possibles nouveaux droits de douane appliqués à des pays de l'UE qui s'opposent à la prise de contrôle du Groenland par les États-Unis, le président de la République, Emmanuel Macron, a proposé de recourir à l'instrument anti-coercition de l'UE qui autorise l'Union à prendre différentes mesures de :
- restrictions à l'importation et à l'exportation de biens et de services ;
- restrictions aux droits de la propriété intellectuelle ;
- restrictions sur les investissements étrangers directs ;
- restrictions pour l'accès au marché européen, notamment aux marchés publics.
Les États-Unis disposent, par un accord signé en 1951 et renouvelé en 2004, d'une importante base spatiale à Pituffik (anciennement la base aérienne de Thulé) dans l’extrême nord-ouest de l'île.
Les États-Unis considèrent historiquement le Groenland comme un maillon essentiel de leur sécurité nationale. Depuis le XIXe siècle, les gouvernements successifs ont fait plusieurs tentatives pour acheter l'île au Danemark.