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© Kirill KUDRYAVTSEV / AFP

Zone euro : la BCE maintient son principal taux à 2,5%

Temps de lecture  4 minutes

Par : La Rédaction

L'inflation en zone euro atteint 3,8% en septembre 2026. Malgré cette hausse, la Banque centrale européenne (BCE) annonce le statu quo sur ses taux directeurs lors de sa réunion du 29 octobre 2026 dans un contexte de tensions sur les prix alimentaires et de hausse des taux souverains en Europe.

Après son déplacement à Berlin pour sa réunion de septembre, le Conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE) s'est retrouvé le 29 octobre 2026 à Francfort pour son avant-dernière réunion de 2026. Le conseil a décidé de ne pas modifier ses trois taux directeurs : ils restent à 2,5% pour le taux de dépôt et respectivement à 2,65% et 2,9% pour les taux de prêt des banques auprès de la BCE. 

L'inflation en zone euro proche de 4%

Depuis plusieurs mois, le taux d'inflation remonte en zone euro : en septembre, il affiche 3,8% contre 3,2 en août et seulement 2,2% en septembre 2025. En France, l'inflation globale est montée à 3,4% en septembre après 2,6 en août 2026. En Espagne et en Italie, elle a atteint respectivement 5 et 4,2%. L'inflation en zone euro semble s'éloigner de plus en plus de la cible que la BCE s'est fixée, à savoir 2%. 

La hausse actuelle des prix reste portée en grande partie par la hausse des prix de l'énergie. Hors énergie, le taux d'inflation est de 2,3%. Du côté des services, il ne semble pas y avoir d'accélération depuis un an.

Taux d'inflation annuel en zone euro et de certains de ses composants (en %)
 Septembre 2025Juillet 2026Août 2026Septembre 2026
Taux global2,22,93,23,8
Taux global hors énergie2,52,22,12,3
Énergie-0,410,314,318,9
Services3,23,33,03,2

Source : Eurostat.

Une évolution des prix alimentaires qui inquiète

La BCE a publié le 20 octobre 2026 une note qui met en garde contre un risque de fort rebond de l'inflation alimentaire en 2027. Selon cette note, plusieurs facteurs ont joué jusqu'ici en faveur de la stabilité des prix alimentaires (bons rendements agricoles, repli des cours internationaux de certains produits, les chaînes d'approvisionnement alimentaire ont échappé aux répercussions de la guerre au Moyen-Orient).

À l'avenir, les prix alimentaires vont devoir répercuter la hausse des coûts de transport et celle des engrais, provoquées par les difficultés de circulation au Moyen-Orient (détroit d'Ormuz notamment). S'y ajoutent les conséquences de la sécheresse sur les récoltes de 2026. 

Cependant, comme le rappelle l'Insee, l'alimentation pèse pour moins de 15% dans l'indice des prix à la consommation en France (les produits frais pour moins de 2%), les services et produits manufacturés en revanche pour 75%.

Hausse des taux obligataires et divergences au sein de la zone euro

La hausse des taux obligataires en Europe est une autre source d'inquiétude. La hausse de l'endettement public des pays développés et les besoins de financement des opérateurs de l'intelligence artificielle créent un mouvement d'aversion au risque sur les marchés. Ce mouvement, qui concerne entreprises, ménages et dettes souveraines (celles des États), produit des effets proches d'un relèvement des taux : les marchés prennent d'une certaine manière le relais de la BCE.

La France est particulièrement affectée par la hausse des taux souverains. Le 22 octobre 2026, le taux de ses obligations à 10 ans a franchi le seuil des 5%. L'accroissement de la différence entre les taux de deux pays (spreads) au sein de la zone euro inquiète également les investisseurs. La décision de l'agence de notation Moody's de maintenir son appréciation de la dette française à Aa3 avec une perspective négative, a un peu détendu les marchés.


Contrairement à 2010, la BCE dispose aujourd'hui de toute une panoplie d'instruments pour protéger la zone euro et préserver la bonne transmission de la politique monétaire, comme l'a souligné la présidente de la BCE lors de sa conférence de presse le 29 octobre 2026. Ils vont de simples interventions verbales aux plans d'achat massif d'obligations.

En 2022, la BCE a créé l'Instrument de protection de la transmission (TPI). Elle pourrait l'activer quand elle estime que les divergences de taux s'écartent trop des fondamentaux macroéconomiques. Mais elle pourrait également tout simplement tempérer ou mettre fin à la réduction de son bilan : la mise en œuvre de politiques monétaires non conventionnelles entre 2015 et 2022, pour faire face à des crises économiques majeures, avec les achats massifs de titres publics et privés, avait fortement fait augmenter la taille de son bilan.