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© LOU BENOIST / AFP

Conférence travail, emploi, retraites : entre convergences, divergences et interrogations

Temps de lecture  5 minutes

Par : La Rédaction

La Conférence sur le travail, l'emploi et les retraites a rendu son rapport le 16 septembre 2026. Les partenaires sociaux s'accordent sur la nécessité de remédier au faible taux d'emploi des jeunes et des seniors, d'assurer une progression salariale et de redonner du sens au travail. Mais l'ouverture des droits à la retraite ne fait pas consensus.

Le 16 septembre 2026, le document final de la Conférence sur le travail, l'emploi et les retraites (CTER), qui a réuni plusieurs organisations syndicales et patronales des secteurs privé et public, a été publié. Établi sous la responsabilité de trois garants nommés par le Premier ministre, il fait état des convergences entre les organisations syndicales et patronales du secteur privé et public qui s'y sont réunies et de leurs divergences d'approches. Des voies de passage y sont suggérées, notamment concernant les retraites.

L'organisation de cette conférence avait été annoncée par le Premier ministre, Sébastien Lecornu, lors de sa déclaration politique générale en octobre 2025. 

Faible taux d'emploi des jeunes et des seniors et manque de progression salariale

La Conférence alerte sur le faible taux d'emploi des jeunes et des seniors. 

L'insertion des jeunes sur le marché du travail continue d'être plus lente en France qu'en Europe, quel que soit le niveau de diplôme. 10,8% des jeunes de 15 à 24 ans n'y sont ni en emploi ni en formation (contre une moyenne de 9% dans l'ensemble de l'Union européenne). Pour l'ensemble des partenaires sociaux, l'amélioration de l'emploi des jeunes est une priorité. 

Du côté des seniors, leur exclusion du marché du travail est courante dès 57 ans et s'accentue à 62 ans, malgré la progression du taux d'emploi des 55-59 ans mise en lumière par une étude publiée en juillet 2026 par la Direction de l'animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares). Plusieurs pistes sont évoquées dans le rapport : renforcement de la formation continue, en particulier face à l'essor de l'intelligence artificielle, valorisation de l'expérience, développement de la retraite progressive...

Concernant la faible croissance de la productivité du travail et la stagnation du pouvoir d'achat des salariés, les avis diffèrent. Seules les organisations syndicales revendiquent un "coup de pouce" au SMIC. L'ensemble des partenaires sociaux s'accordent néanmoins sur la nécessité de construire des parcours de progression salariale pour éviter le maintien au SMIC tout au long de la carrière, notamment via la renégociation des minima conventionnels et l'actualisation des classifications de branche. 

Qu'en est-il de l'égalité salariale entre les femmes et les hommes ?

Le rapport rappelle que l'écart moyen de rémunération entre les femmes et les hommes s'élève à :

  • 22,3% tous les emplois et les temps de travail confondus ; 
  • 14,2% à temps de travail identique ; 
  • 3,6% à poste de valeur égale et quotité de travail identique.

La directive européenne sur la transparence des rémunérations adoptée en mai 2023 est en cours de transposition en France.

Dégradation des conditions de travail et du vécu des salariés

Le rapport relève que le vécu des salariés au travail se dégrade : manque de reconnaissance, intensité de travail accrue, autonomie et marge d'apprentissage moindres... De fortes disparités sont observées selon le métier et la catégorie sociale, en défaveur des ouvriers et employés, davantage exposés à des contraintes physiques élevées. Selon une étude de la Dares publiée en septembre 2026, si les conditions de travail se sont globalement améliorées entre 2016 et 2024, les employés peu qualifiés ne bénéficient pas de ces progrès.

Les partenaires sociaux appellent à redonner du sens et de la valeur au travail et à préserver la santé des salariés. En France, seuls 56% des salariés estiment que leur travail est reconnu à sa juste valeur (contre 72% au Royaume-Uni et 75% en Allemagne), selon un rapport publié en mars 2025 par l'Inspection générale des affaires sociales (IGAS). Par ailleurs, face au nombre toujours élevé d'accidents graves ou mortels, la grande majorité des organisations participantes s'accordent sur la nécessité de développer une véritable culture de la prévention en la matière, à tous les niveaux. 

Quelles pistes pour les retraites ?

Le système par répartition est négativement affecté par la baisse du ratio démographique, due au vieillissement de la population et à la baisse de la natalité. Alors que dans les années 1960, on comptait en France 4 cotisants pour un retraité, ils n'étaient plus que 1,8 en 2025 et devraient baisser à 1,3 en 2070, selon le rapport annuel du Conseil d'orientation des retraites de 2026. 

Faute de consensus sur une réforme "idéale" des retraites, le rapport suggère des voies de passage : 

  • le maintien de l'âge d'ouverture des droits (AOD), la seule prise en compte de la durée de cotisation pénalisant les carrières hachées - en premier lieu celles des salariés précaires et des femmes ; 
  • l'institution d'un "âge d'équilibre" en remplacement de la notion d'"âge du taux plein" : application d'une décote en deçà de l'âge fixé et d'une surcote au-delà ; 
  • concernant les retraites anticipées pour les métiers pénibles : l'actualisation de la cartographie des métiers pénibles (approche collective) et la mise en place d'une visite médicale en fin de carrière permettant un passage à temps partiel avec maintien de salaire ou un départ anticipé au titre de l'incapacité permanente (approche individuelle).

Concernant le financement de la retraite, le rapport écarte l'idée d'un remplacement du système de répartition par un dispositif de capitalisation. Plusieurs syndicats continuent de s'opposer également à un régime additionnel de capitalisation.