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Armée, dissuasion nucléaire, Europe de la défense... L'essentiel en 10 questions-réponses

Temps de lecture  22 minutes

Par : La Rédaction

Qui conduit en France la politique de défense ? Qu'est-ce que la dissuasion nucléaire ? Quelles sont les forces armées françaises ? Existe-t-il une stratégie contre les cybermenaces ? Le point en 10 questions sur les principaux enjeux liés à la défense.

Le président de la République est le chef des armées (article 15 de la Constitution). Il préside les conseils et comités supérieurs de la défense nationale qui définissent les orientations en matière de programmation militaire, de dissuasion, de conduite des opérations extérieures, notamment. Le Président ne peut pas déclarer la guerre sans l’accord du Parlement (article 35 de la Constitution). Mais il décide seul de l’emploi de la force nucléaire.

Le Premier ministre est responsable de la défense nationale (article 21 de la Constitution). Le Gouvernement dispose de la force armée (article 20) et s’appuie sur le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN). Le Premier ministre doit informer le Parlement s’il fait intervenir les forces armées à l’étranger, au plus tard trois jours après le début de l’intervention (article 35). Cette information ne donne pas lieu à un vote. En revanche, le Gouvernement doit demander l’autorisation du Parlement lorsque les opérations militaires dépassent quatre mois. Le Parlement doit autoriser une déclaration de guerre (article 35 de la Constitution). 
Le ministre des armées met en place la politique de défense à partir des orientations stratégiques. Le ministère et ses services ont autorité sur les armées. 

En cas de crise majeure, le président de la République dispose du conseil de défense et de sécurité nationale qui arrête les décisions politiques et stratégiques. Le Premier ministre active la cellule interministérielle de crise (CIC) et désigne le ministre chargé de la diriger.

La CIC garantit l'information du président de la République et du Premier ministre, propose les décisions stratégiques, assure la conduite interministérielle via les centres opérationnels des ministères, élabore la stratégie de communication de crise.

La stratégie de la défense nationale est définie dans la Revue stratégique de défense et de sécurité nationale.

Élaborée en 2017 à la demande d’Emmanuel Macron à son arrivée à l’Élysée, la Revue stratégique se présente comme une réactualisation du traditionnel Livre blanc sur la défense. Elle a pour objectif de tracer les grandes orientations de la loi de programmation militaire pour 2019-2025. Cette revue identifie trois principaux types de menaces qui pèsent sur la France : le terrorisme, la prolifération des armes de destruction massive et le retour de la compétition stratégique entre puissances.

La Revue stratégique a été actualisée en 2022 pour adapter la défense de la France "aux désordres grandissants et aux menaces persistantes". Cette actualisation souligne l’accélération de la détérioration de l’environnement stratégique depuis 2017. Elle estime que la pandémie de Covid-19 agit comme un "catalyseur des grandes menaces et tendances préalablement identifiées, tout en dégradant les capacités de réponse des États". La Revue 2022 pointe la "posture d'intimidation stratégique développée par la Russie" et la "résurgence de la puissance militaire russe". Elle souligne également le doublement du budget militaire de la Chine depuis 2012.

La Revue nationale stratégique 2025 est une actualisation du rapport de 2022 afin d'adapter la défense au nouvel environnement international. Elle définit les contours de la défense globale du pays et du réarmement, y compris moral, de la nation. Son objectif est de préparer les citoyens et les armées à l'hypothèse d'un engagement majeur de haute intensité dans le voisinage de l'Europe à l'horizon 2027-2030. Elle reprend les objectifs de l'actualisation de 2022, avec la différence notable que l'objectif est désormais de se préparer à la guerre :

  • Une dissuasion nucléaire robuste et crédible ;
  • Une France unie et résiliente : contribuer au réarmement moral de la Nation pour faire face aux crises ;
  • Une économie qui se prépare à la guerre ;
  • Une résilience cyber de premier rang ;
  • La France, allié fiable dans l'espace euro-atlantique ;
  • La France, un des moteurs de l'autonomie stratégique européenne ;
  • La France, partenaire fiable de souveraineté et pourvoyeuse crédible de sécurité ;
  • Une autonomie d'appréciation et une souveraineté décisionnelle garanties ;
  • Une capacité à agir dans les champs hybrides ;
  • La capacité d'emporter la décision dans les opérations militaires ;
  • Une excellence académique, scientifique et technologique au service de la souveraineté française et européenne.

La dissuasion nucléaire est une doctrine défensive qui se fonde sur la capacité d'un pays à infliger des dommages inacceptables à un adversaire.

Historiquement, la dissuasion militaire a toujours existé. Elle consiste à susciter la crainte d’une réponse militaire en cas de transgression d’un accord, d’une règle, etc. La dissuasion nucléaire en est une déclinaison. Elle se distingue toutefois par le pouvoir dévastateur de l’arme nucléaire. 

Afin d’être efficace, la dissuasion nucléaire nécessite non seulement de posséder l’arme nucléaire mais aussi de disposer des moyens de s’en servir. Il existe trois types de vecteurs nucléaires, c’est-à-dire de moyens de transports de l’arme nucléaire jusqu’au lieu d’explosion : l'aviation, les missiles balistiques sol-sol, les sous-marins.

La force de dissuasion nucléaire française repose sur deux modes de lancement : l’aviation (avion Rafale) et le sous-marin nucléaire lanceur d'engins (SNLE). 

La doctrine de dissuasion est strictement défensive. L'emploi de l'arme nucléaire n'est envisagé que dans des circonstances extrêmes de légitime défense.

La Revue stratégique 2025 la définit ainsi, comme premier objectif stratégique : "Dialectique des volontés, la dissuasion nucléaire est d'abord la manifestation d'une détermination politique qui a pour objectif de protéger la France de toute agression d'origine étatique visant ses intérêts vitaux, d'où qu’elle vienne et quelle qu'en soit la forme, nucléaire ou pas. La dissuasion vise à peser en amont sur les calculs et les décisions d'un adversaire étatique en faisant redouter à l'agresseur potentiel des dommages absolument inacceptables."

Dans un discours prononcé le 2 mars 2026, Emmanuel Macron a annoncé un "durcissement" de la doctrine nucléaire française, avec notamment :

  • une augmentation du nombre de têtes nucléaires, qui ne sera plus communiqué ;
  • un partenariat avec huit pays européens (le Royaume-Uni, l'Allemagne, la Pologne, les Pays-Bas, la Belgique, la Grèce, la Suède et le Danemark), puisque la dissuasion avancée se pense dans la profondeur du continent européen.

Deux autres pays européens ont rejoint ultérieurement le dispositif (la Norvège et la Finlande).

L'armée française est une armée de métier. Les forces armées comprennent les armées (armée de terre, marine nationale, armée de l'air et de l'espace), la gendarmerie nationale ainsi que les services de soutien interarmées et organismes interarmées. Les effectifs du ministère des armées sont en hausse sur la période 2019-2025. En 2025, 201 016 militaires sont actifs (en équivalent temps plein annuel travaillé, ETPT, Rapport social unique 2025). La loi actualisant la programmation militaire pour les années 2024 à 2030 (LPM 2024-2030) prévoit une augmentation nette de 275 000 équivalents temps pleins (ETP) sur la période 2026-2030.

À côté de l'armée de métier, la réserve opérationnelle militaire compte 110 015 réservistes. La réserve opérationnelle militaire est composée d'anciens militaires et de volontaires qui signent un "engagement à servir dans la réserve" (ESR) d'une durée comprise entre un et cinq ans. Militaires à temps partiel, ils viennent renforcer les capacités des forces armées pour la protection du territoire national ou en opérations extérieures.

La réserve citoyenne défense et sécurité rassemble 3 965 volontaires qui souhaitent participer bénévolement au renforcement des liens entre les forces armées et la Nation. 

Le service militaire a été suspendu depuis une loi de 1997. La grande majorité des pays européens ont également abandonné le service militaire obligatoire.

Depuis 2010, le rétablissement du service militaire fait débat dans de nombreux pays européens face à la tension grandissante en mer Baltique. La Lituanie l’a rétabli en 2015, suivie par la Suède en 2017, la Lettonie en 2024 et la Croatie en 2025 . Au total, le service militaire existe dans dix États membres de l’Union européenne : Grèce, Finlande, Suède, Danemark, Estonie, Lituanie, Autriche, Croatie, Lettonie, Chypre. En France, le 27 novembre 2025, Emmanuel Macron a annoncé la création d'un service militaire volontaire en 2026. L'actualisation de la LPM 2024-2030 a instauré ce nouveau service national à partir de l'été 2026 à destination des Français volontaires âgés de 18 à 25 ans.

Irak, Syrie, Centrafrique, Sahel, les opérations militaires extérieures ont longtemps été une composante structurelle de l'activité opérationnelle des armées, en particulier de l'armée de terre. D'après la définition traditionnelle donnée par le ministère des armées, les opérations extérieures sont les “interventions des forces militaires françaises en dehors du territoire national”. La qualification d’Opex résulte d’un arrêté du ministre des armées, qui porte ouverture du théâtre d’engagement en précisant la zone géographique et la période concernées. Les Opex se distinguent des forces prépositionnées dans des bases en Afrique en vertu d’accords de défense ou en mer. Ces dernières années, toutefois, la France a mis fin à ses Opex en Afrique de l'Ouest.

La Revue stratégique de défense et de sécurité nationale de 2017 et la Revue stratégique de cyberdéfense de février 2018 ont reconnu le rôle majeur de la cyberdéfense militaire. La Revue stratégique de 2022 fait d'"une résilience cyber de premier rang" le quatrième de dix objectifs stratégiques et une condition de la souveraineté. Cette consécration a trouvé sa traduction dans la loi de programmation militaire 2019-2025 qui a acté l’augmentation significative des moyens financiers et humains à hauteur de 1,6 milliard et le recrutement de 1 100 cybercombattants.

Depuis 2017, l’ensemble des forces de cyberdéfense est placé sous l’égide du commandement de la cyberdéfense (Comcyber), sous l’autorité du chef d’État-major des armées. Le Comcyber a en charge la protection des systèmes d’information et la planification de la conduite des opérations militaires de cyberdéfense. Il assiste et conseille le ministre des armées dans son champ de compétence. Il dispose d’un état-major et d’un centre des opérations.

Il est appuyé par :

  • l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI) en charge de la lutte informative défensive ;
  • les services de renseignement au sein des ministères de l’armée et de l’intérieur : Direction générale de la sécurité intérieure (DGSE), Direction du renseignement et de la sécurité de la défense (DRSD), Direction du renseignement militaire (DRM), Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI).

Le centre de coordination des crises cyber (C4) conduit des travaux de connaissance, de détection, de caractérisation et d’imputation des attaques grâce à une coordination opérationnelle entre l’ANSSI, le Comcyber, la direction générale de l’armement (DGA), la DGSI et la DGSE. Dans son format stratégique incluant le ministère de l’Europe et des affaires étrangères, il propose aux autorités politiques des stratégies de réponse complètes. 

La stratégie de lutte contre les cyberattaques s’articule autour de doctrines :

  • la lutte informatique défensive (LID) face à un risque, une menace ou une cyberattaque réelle ;
  • la lutte informatique offensive (LIO) qui vise à "produire des effets à l’encontre d’un système adverse pour en altérer la disponibilité ou la confidentialité des données". Dans ce cadre, depuis octobre 2021, le Comcyber est autorisé à diffuser de fausses informations afin de déstabiliser l’adversaire.

À la suite de la cyberattaque sur l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS), le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a annoncé le 30 avril 2026, un plan d'action en trois volets pour renforcer la protection numérique de l'État :

  1. Fusion de la Direction interministérielle du numérique (Dinum) et de la Direction interministérielle de la transformation publique (DITP) afin de créer une autorité numérique de l'État, placée directement auprès du Premier ministre. Son rôle sera d'assurer la standardisation et la sécurisation des infrastructures numériques des ministères ;
  2. Mobilisation de trois leviers financiers :
    • 200 millions d'euros afin de financer des investissements (applications, outils de détection, cryptographie postquantique) ;
    • affectation de l'ensemble des amendes prononcées par la Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL) à un fonds de modernisation des infrastructures numériques de l'État ;
    • 5% des budgets numériques de chaque ministère dédiés au cyber dès 2027.
  3. Doctrine de protection renforcée (exercices d'auto-attaque, recours à l'intelligence artificielle [IA]).

La Revue stratégique 2017 met en évidence la vulnérabilité croissante des sociétés développées face à la manipulation de l'information. Le travail de désinformation, démultiplié par l'hyperconnectivité et l'IA, débouche sur une forme de "subversion sourde, qui vise à accroître les tensions internes de la société ciblée, à l'influencer et à en favoriser la paralysie politique en semant la confusion". La Revue stratégique 2022 conforte cette analyse et la rappelle dans le deuxième objectif stratégique, "Une France unie et résiliente". La Revue 2025 range la désinformation dans les stratégies hybrides auxquelles ont recours les adversaires de la France depuis 2022. Le recours à ces pratiques stratégiques de subversion est croissant et s'inscrit dans un contexte de systématisation de la désinformation dans les rapports internationaux.

Le champ de l'information est ainsi devenu une part clé des conflits. Les informations qui circulent peuvent être fausses (fake news) et manipulées dans l’intérêt des parties en présence (photos de bombardements, de chars et militaires hors contexte, par exemple). Ce risque est encore plus important sur Internet et les réseaux sociaux. Leur véracité est parfois difficilement vérifiable.

Dans le cas de la guerre entre la Russie et l’Ukraine, le Conseil de l'Union européenne a adopté, une mesure d'interdiction de diffusion des médias Russia Today (RT) et Sputnik dans les pays membres de l’Union Européenne. Ils sont interdits de "tous les moyens de communication" (télévision, internet) afin de stopper les relais de propagande russe. Cette mesure s'appuie sur le règlement du 31 juillet 2014 concernant des mesures restrictives eu égard aux actions de la Russie déstabilisant la situation en Ukraine.

En France, l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom) peut résilier une convention passée avec un média sous l’influence ou le contrôle d’un État étranger s’il "porte atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation, dont le fonctionnement régulier de ses institutions, notamment par la diffusion de fausses informations" (article 42-6 de la loi du 30 septembre 1986 sur la liberté de communication).

En 2021, le service technique et opérationnel de l'État Viginum a été créé. Il est chargé de la vigilance et de la protection contre les ingérences numériques étrangères. Depuis, le service a assuré la protection dans le champ informationnel des élections européennes, présidentielle, législatives et municipales, mais aussi des jeux Olympiques et Paralympiques.

C’est la loi de programmation militaire (LPM) qui détermine les moyens financiers consacrés à la défense par une programmation pluriannuelle des dépenses. La loi de programmation 2024-2030 s’appuyait sur la Revue nationale stratégique (RNS) 2022. La loi actualisant la programmation militaire pour les années 2024 à 2030, qui s'appuie sur l'actualisation de la RNS 2025, vise à accélérer le réarmement de la France en ajoutant 36 Md€ au 413 Md€ initialement prévus sur la période pour le budget défense. En 2027, le budget défense devrait donc être de 63,3 Md€, soit le double de ce qu'il était en 2017.

La LPM vise à garantir la crédibilité dans la durée de la dissuasion nucléaire française et à transformer les armées dans un contexte géopolitique dégradé et un environnement stratégique menaçant (guerre en Ukraine, terrorisme).

La loi de finances pour 2026 prévoit une hausse de 6,7 Md€ pour la mission Défense, soit 57,1 Md€.

Les efforts de défense effectués ces dernières années pourraient ne pas être suffisants s'ils ne sont pas accompagnés d'une remobilisation de l'industrie de défense selon le rapport de l'Assemblée nationale sur le volet défense de la loi de finances pour 2024.

Une note du Haut-Commissariat à la stratégie et au plan et de France Stratégie de mai 2025 souligne que, face à un contexte géopolitique extrêmement dégradé, la France devrait se doter d'objectifs militaires correspondant à 3,5% du PIB, voire à 5%.

La France s'est engagée, lors du sommet 2025 de l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN) à La Haye, au côté des 31 autres pays membres à porter ses dépenses de défense et de sécurité à 5% de leur PIB d'ici à 2035. Ces engagements sont pris en compte dans l'actualisation de la LPM.

Le contrôle des exportations d’armement répond à plusieurs enjeux :

  • le respect des engagements européens et internationaux de la France sur la maîtrise des armements, le désarmement et la non-prolifération ;
  • la souveraineté et l’autonomie stratégique de l’État ;
  • la protection de ses forces armées et de ses alliés ;
  • la maîtrise des transferts de technologie sensible à des pays tiers.

Selon le code de la défense, l’exportation de matériels de guerre vers des pays non membres de l’Union européenne est par principe interdite sans autorisation préalable de l’État. L’État peut accorder des licences visant à exporter (pour les pays non membres de l’Union européenne) ou transférer (pour les États membres de l’Union) des produits de défense. Sous la responsabilité du Premier ministre, les demandes de licences font l’objet d’une évaluation menée par la Commission interministérielle pour l’exportation des matériels de guerre (CIEEMG). La Commission est présidée par le secrétaire général de la défense et de la sécurité nationale. Y sont représentés les ministères de la défense, de l’Europe et des affaires étrangères, de l’économie. Le ministère des armées présente également chaque année au Parlement un rapport public sur les exportations d’armement. Selon le rapport 2022, la zone Europe est le premier client de la France. D'après le rapport 2023, un niveau historique de prises de commandes de plus de 27 milliards d'euros, soutenu notamment par le Rafale, fait passer la France au 2e rang mondial. Ces chiffres sont confirmés par le rapport 2025 et le rapport 2026, avec plus de 20 milliards d'euros de prises de commandes et la consolidation de ce 2e rang mondial.

Il n’existe pas, à l’heure actuelle, d’armée européenne. Ce sont les États membres qui mettent leurs capacités civiles et militaires à la disposition de l’Union européenne. L’Union les mobilise, actuellement, dans le cadre de 21 missions et opérations de la politique de sécurité et de défense commune (PSDC), civiles ou militaires, en Europe, en Afrique et au Moyen-Orient.

Plus de 40 missions et opérations ont été lancées depuis le lancement de la politique de sécurité et de défense commune PSDC dont le cadre et les objectifs sont définis par le traité de Lisbonne. Ce sont le Conseil européen et le Conseil de l’Union européenne qui prennent à l’unanimité les décisions relatives à la PSDC et qui lancent les missions.

La PSDC évolue. Jusqu'à récemment, l'idée même de "défense européenne" était un sujet délicat. Pour de nombreux États membres, la sécurité, c'était l'affaire de l'OTAN. Puis, l'incapacité des Européens à agir de manière autonome face aux crises internationales récentes a renforcé la volonté politique des dirigeants européens de se donner les moyens pour une "Europe de la défense".

"Agir seul lorsque cela est nécessaire" est au cœur du concept d'autonomie stratégique. Son objectif est d'adopter une doctrine de défense européenne, à côté de celle de l’OTAN. Pour ce faire, l’Union a élaboré une "boussole stratégique". Ce premier Livre blanc de la défense européenne commune a été adopté par les États membres en mars 2022.

Instrument phare de la politique de l’Union européenne en matière de défense, le budget du Fonds européen de défense a été adopté le 29 avril 2021. Doté d’une enveloppe de 7,9 milliards d’euros pour la période budgétaire 2021-2027, il s’agit du premier fonds européen entièrement consacré à la défense. Il doit permettre aux industries européennes de la défense de travailler sur des projets communs.

Le 5 mars 2024, la Commission européenne a présenté sa première stratégie industrielle de défense européenne. Cette proposition législative et un cadre de mesures prévoient de doter le programme européen d'investissements dans l'industrie de défense de 1,5 milliard d'euros sur la période 2025-2027.

Le plan ReArm Europe, doté de 800 milliards d'euros, destiné à réarmer d'urgence l'Europe, comportera plusieurs volets, dont le l'instrument Security for action for Europe (SAFE), permettant d'accorder à chaque État membre 150 milliards d'euros de prêts pour des investissements dans le domaine de la défense. Le Canada participera à SAFE, contrairement au Royaume-Uni. Des passations conjointes de marchés aideront à diminuer les coûts, à renforcer la base industrielle et technologique de défense européenne (BITDE) et d'accroître l'interopérabilité.

Dans le même temps, la Commission a proposé un train de mesures omnibus sur la préparation de la défense. Le Livre blanc pour une défense européenne – Préparation à l'horizon 2030 a été présenté, avec pour objectifs principaux :

  • de combler les lacunes capacitaires ;
  • de soutenir l'industrie de défense européenne ;
  • de soutenir l'Ukraine ;
  • de simplifier la réglementation du marché de la défense ;
  • d'accélérer la transformation de la défense par des innovations de rupture ;
  • de préparer l'UE à tous les scénarios ;
  • de renforcer les partenariats avec les nations partageant les mêmes valeurs.

L'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN), Nato en anglais, est une organisation internationale politique et militaire. Elle regroupe 32 pays dont les États-Unis, le Canada, la France et presque tous les pays européens. Fondée après la Seconde Guerre mondiale par le Traité de l’Atlantique Nord (1949), elle a pour objectifs : 

  • la coopération sur les questions de défense et de sécurité ;
  • la résolution des conflits de manière pacifique (diplomatie) et, en cas d’échec, usage des forces militaires (opérations de gestion de crise).

En cas de crise, l'intervention de l'OTAN repose sur la clause de défense collective définie dans l'article 5 du traité de Washington : "Les parties conviennent qu'une attaque armée contre l'une ou plusieurs d'entre elles survenant en Europe ou en Amérique du Nord sera considérée comme une attaque dirigée contre toutes les parties, et en conséquence elles conviennent que, si une telle attaque se produit, chacune d'elles, dans l'exercice du droit de légitime défense, individuelle ou collective, reconnu par l'article 51 de la Charte des Nations Unies, assistera la partie ou les parties ainsi attaquées en prenant aussitôt, individuellement et d'accord avec les autres parties, telle action qu'elle jugera nécessaire, y compris l'emploi de la force armée, pour rétablir et assurer la sécurité dans la région de l'Atlantique Nord."

Les décisions de l’OTAN sont prises d’un commun accord de tous les États membres. La concertation se déroule dans le cadre du Conseil de l’Atlantique Nord, organe décisionnaire, présidé par le secrétaire général. Sous l’autorité du Conseil, se trouve le comité militaire qui regroupe tous les représentants militaires des États membres de l’Alliance.

Toutefois, pour reprendre les termes d'Emmanuel Macron dans la préface de la RNS 2025, "le monde semble se replier en grandes zones, où la solidarité des alliances n’est plus assurée".