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© Clément Mahoudeau/AFP

Convention citoyenne pour le climat de 2020 : un bilan mitigé ?

Temps de lecture  14 minutes

Par : La Rédaction

En juin 2020, la Convention citoyenne pour le climat a adopté 149 propositions dans le cadre de la lutte contre le réchauffement climatique. Comment cet outil de démocratie participative a-t-il permis d'aboutir à ces propositions ? Et où en sont ces propositions quelques années plus tard ?

Proposer des mesures pour réduire les émissions de gaz à effet de serre d’au moins 40% d’ici 2030 dans une logique de justice sociale : tel était l’un des objectifs de la Convention citoyenne pour le climat (CCC), réunie d’octobre 2019 à juin 2020 à la demande du président de la République.

Mais quel bilan tirer de cette Convention pour le climat six ans plus tard alors que le Haut Conseil pour le climat s'inquiète d'un certain nombre de reculs en matière de lutte contre le changement climatique dans son rapport publié en juillet 2025 ?

Création de la Convention

En réponse au mouvement des "Gilets jaunes" né à l’automne 2018, Emmanuel Macron lance le "grand débat national", qui se déroule du 15 janvier au 15 mars 2019. Le gouvernement présente ce débat public comme un outil consultatif de sortie de crise pour recueillir les souhaits des Français sur :

  • la transition écologique ;
  • la fiscalité et les dépenses publiques ;
  • la démocratie et la citoyenneté ;
  • l’organisation de l’État et des services publics.

À la suite du grand débat, le chef de l'État affirme que, face à l’"état d‘urgence climatique" actuel, "le climat doit être au cœur du projet national et européen" (déclaration du 25 avril 2019). Il annonce ainsi la création :

  • d'une Convention citoyenne pour le climat qui sera organisée par le Conseil économique, social et environnemental (CESE). Une réforme constitutionnelle a donné à ce Conseil un rôle majeur en matière de démocratie participative. Le président de la République s’engage à ce que les propositions de la CCC soient soumises "sans filtre" à référendum, au vote du Parlement ou à application réglementaire directe. Chacune sera assortie d’une proposition de financement des dépenses induites ;
  • d'un Conseil de défense écologique. Il réunira autour du chef de l'État les principaux ministres chargés de la transition écologique pour fixer les priorités en la matière, les inclure dans l’action des ministères concernés et vérifier leur mise en œuvre. Il se tient en mai, juillet et novembre 2019 puis en février, juillet, novembre et décembre 2020.

Composition

La lettre de mission adressée au CESE par le Premier ministre assigne à la CCC un mandat précis : définir une série de mesures pour parvenir, dans un esprit de justice sociale, à diminuer d’ici 2030 les émissions de gaz à effet de serre (GES) de la France d’au moins 40% par rapport à 1990. Cet objectif coïncide avec les engagements pris par la France dans le cadre de l’accord de Paris.

Le CESE se voit attribuer un budget de 5,4 millions d’euros pour organiser la Convention. Ce montant couvre l’organisation logistique, l’animation, la venue d’experts et l’indemnisation des participants.

La Convention se compose de 150 membres tirés au sort sur la base des listes électorales et des listes d’abonnés téléphoniques, censés refléter la diversité de la société française.

Travaux de la Convention

Les sessions ont lieu au CESE ou en ligne du 4 octobre 2019 au 21 juin 2020. Les participants auditionnent 140 experts dont la liste est rendue publique (climatologues, économistes, associations, acteurs économiques et sociaux). Le collège des garants contrôle la transparence des débats. Une plateforme de contribution accessible en ligne sur le site de la CCC permet à toute personne ou entité déclarée de déposer des propositions.

Les participants se répartissent en cinq groupes thématiques :

  • consommer. Chacun doit pouvoir consommer d’une façon plus sobre et plus respectueuse de l’environnement ;
  • produire et travailler. Le passage à une société décarbonée implique une transformation complète de l’appareil de production et des métiers ;
  • se déplacer. Les déplacements de personnes et le transport de marchandises représentent 31% des émissions de GES en France. Les voitures produisent 52% du total, les poids lourds 19%, les véhicules utilitaires 19%, les vols intérieurs 4%. Le rapport 2020 du Haut Conseil pour le climat souligne que les transports sont "le premier secteur émetteur". Son rapport 2025 le confirme ;
  • se loger. Les constructions participent aux deux tiers des émissions de GES en France ;
  • se nourrir. Pour réduire les GES d’au moins 40% en 2030, les émissions de l’agriculture et de l’alimentation doivent baisser de 20% par rapport à 2015, notre assiette devant comporter 20% de viande et de produits laitiers en moins mais plus de fruits, de légumes et de céréales.

 

 

Durant la septième session, fin juin 2020, les participants finalisent leurs 150 propositions, et chacune fait l’objet d’un vote. Une seule est rejetée : la réduction du temps de travail hebdomadaire de 35 à 28 heures sans perte de salaire dans un but d’économie d’énergie. La Convention adopte ainsi, le 21 juin 2020, 149 propositions dans le cadre de la lutte contre le réchauffement climatique.

Propositions

Elles se regroupent suivant les cinq thèmes de travail et se déclinent en objectifs. La Convention préconise aussi de réviser la Constitution "afin de mieux garantir […] la lutte contre le dérèglement climatique et pour le respect de l’environnement".

La majorité des participants à la CCC émettent le souhait de soumettre trois propositions à référendum : la reconnaissance du crime d’écocide et les deux modifications constitutionnelles. Les 149 propositions sont remises au gouvernement le 21 juin 2020.

E. Macron reçoit les 150 membres le 29 juin et déclare retenir 146 des 149 propositions en excluant de :

  • limiter la vitesse à 110 kilomètres à l’heure sur autoroute ;
  • taxer à 4% les dividendes supérieurs à 10 millions d’euros pour financer la transition écologique car cette mesure risque de freiner les investissements ;
  • réécrire le préambule de la Constitution afin de "placer l’environnement au-dessus des autres valeurs fondamentales" de la République.

Le chef de l’État annonce une aide supplémentaire de 15 milliards d’euros sur deux ans et la création d’un fonds de conversion écologique de l’économie.

Mise en œuvre des propositions

Le Conseil de défense écologique du 27 juillet 2020 arrête les premières décisions réglementaires issues de la Convention :

  • l’interdiction dès 2022 d’installer des chaudières au fioul ou à charbon ;
  • l’introduction, au 1er janvier 2023, de la performance énergétique parmi les critères de décence d’un logement ;
  • l’interdiction du chauffage extérieur sur l’espace public et les terrasses de café à compter de l’hiver 2021-2022 (en mars 2021, les députés repoussent la mise en œuvre de cette mesure au printemps 2022 afin de ne pas pénaliser les bars et restaurants sinistrés par la crise) ;
  • la division par deux de la bétonisation dans les dix ans à venir en vue de limiter l’étalement urbain, qui accroît l’usage de la voiture individuelle, réduit le potentiel agricole et dévitalise les centres-villes ;
  • l’envoi aux préfets d’une circulaire leur recommandant de saisir la Commission nationale d’aménagement commercial sur tout nouveau projet susceptible de détruire des terres agricoles ou des espaces naturels ;
  • la création de deux parcs naturels régionaux (au mont Ventoux et dans la baie de Somme) et d’une réserve naturelle nationale en Alsace.

France Relance

Le 3 septembre 2020, le gouvernement présente le Plan de relance économique 2020-2022, destiné à répondre à la récession causée par la pandémie de Covid-19 et à préparer la France de 2030. Il vise à rétablir un niveau d’activité semblable à celui d’avant-crise et comporte trois axes :

  • l’écologie et la transition énergétique (dotées de 30 milliards d’euros) ;
  • la compétitivité et l’innovation (34 milliards) ;
  • la cohésion sociale et territoriale (36 milliards).

Le plan répond à deux objectifs en matière de transition écologique :

  • accélérer la décarbonation de l’économie en réduisant les GES ;
  • soutenir les secteurs d’avenir en privilégiant les technologies vertes (hydrogène, recyclage, biocarburants…).

Des lois

Une loi du 24 décembre 2020 innove en matière de justice pénale environnementale : elle crée des juridictions spécialisées et la possibilité de conclure des conventions judiciaires d’intérêt public (CJIP) pour les délits environnementaux.

La loi du 29 décembre 2020 de finances pour 2021 déploie le plan France Relance. Elle consacre 18,4 milliards d’euros au financement de la croissance verte. La fiscalité environnementale renforce les incitations en faveur des énergies renouvelables, de la réduction des émissions de GES et de la lutte contre l’artificialisation des sols.

Concrétisant une partie des 146 propositions de la CCC retenues par le chef de l'État, la loi "Climat et Résilience" est promulguée le 22 août 2021. Elle vise à réduire les émissions de GES de 40% d'ici 2030 dans un esprit de justice sociale, et en particulier à :

  • faire évoluer les modes de consommation et l’alimentation (création de l'éco-score, extension de la vente en vrac...) ;
  • modifier les modèles de production et de travail (verdissement accéléré de l'économie, développement de l'énergie décarbonée) ;
  • transformer les déplacements (création de zones à faibles émissions, interdiction des vols domestiques s'il existe une alternative en train en moins de 2 heures 30...) ;
  • agir sur l’habitat et l’occupation de l’espace en éradiquant les "passoires" thermiques, en limitant la bétonisation des terres et en accroissant les aires protégées ;
  • durcir les sanctions pénales en cas d’atteinte environnementale. La loi crée un délit de mise en danger de l'environnement et, pour les cas les plus graves, un délit de pollution des milieux et un délit d'écocide.

Un projet de loi abandonné

Un projet de loi constitutionnelle intégrait à l’article 1er de la Constitution la protection de l'environnement. Présenté au Conseil des ministres du 20 janvier 2021, il devait être soumis à référendum, conformément à l'engagement du chef de l'État du 14 décembre 2020 devant la CCC. Toutefois, les députés et les sénateurs n'ayant pas réussi à voter le texte en termes identiques au bout de deux lectures, le Premier ministre a annoncé l'abandon de la réforme le 6 juillet 2021.

Bilan et réactions aux réponses gouvernementales

Dans un communiqué d'octobre 2023, le gouvernement indique que sur les 146 mesures de la Convention :

  • 100 ont été mises en œuvre par différents leviers ;
  • 46 sont en cours de mise en œuvre.

Le Haut Conseil pour le climat (HCC) estime, dans son avis de fin 2020 sur le Plan de relance, que les deux tiers du plan soutiennent l’activité économique dans la continuité des pratiques actuelles, qui émettent trop de GES par rapport à la trajectoire de réduction de la France. Pour le Haut Conseil, ce plan représente "une opportunité unique […] de rattraper le retard pris par la France sur ses objectifs climatiques, mais aussi un risque de verrouiller la France dans des activités fortement émettrices".

Dans son avis sur le projet de loi Climat et Résilience rendu le 23 février 2021, le HCC déplore par ailleurs :

  • le manque de "vision stratégique" du texte. Il estime qu’il faut des mesures supplémentaires, en particulier une trajectoire d'obligation de rénovation des bâtiments "cohérente avec la Stratégie nationale bas carbone" et s'échelonnant jusqu’en 2050 ;
  • pour de nombreuses mesures, des délais de mise en œuvre trop longs (échéances à 2024, 2025, 2030…), "incompatibles avec le rythme attendu de l'action contre le changement climatique" ;
  • la portée restreinte de plusieurs mesures qui couvrent trop peu d’activités émettrices de GES.

Les membres de la CCC, réunis en février 2021 pour une ultime séance, expriment leur avis sur les réponses apportées par le gouvernement à leurs propositions. Ils évaluent des questions générales et la prise en compte de chaque thématique et objectif du rapport final. Ils dressent un bilan en demi-teinte :

  • ils jugent les réponses du gouvernement insuffisantes et parcellaires. Ils se disent déçus de voir une partie de leurs travaux délaissée. Le projet de loi Climat et Résilience, en particulier, leur paraît confus et trop peu ambitieux. Ils redoutent l’influence des lobbies sur les décisions gouvernementales ;
  • la plupart saluent néanmoins l’utilité de la CCC : elle a contribué à médiatiser largement les débats sur le climat et à relayer le travail des organisations et des associations dans ce domaine. Ils considèrent la Convention comme "une superbe expérience humaine et démocratique […], une démonstration au grand public […] des vertus de l’intelligence collective. Beaucoup espèrent que ce processus inspirera à nouveau en France et à l’étranger", à l’échelle locale ou nationale.

Dans son rapport 2025, intitulé "Relancer l'action climatique face à l'aggravation des impacts et à l'affaiblissement du pilotage", le Haut Conseil pour le climat (HCC) pointe pour sa part un manque de lisibilité des politiques publiques et un fort ralentissement de la baisse des émissions de gaz à effet de serre (-1,8% en 2024, après -6,8% en 2023), incompatible avec la cible fixée pour 2030. Le Haut Conseil s'inquiète aussi de reculs sur des dispositifs issus des propositions de la CCC, dont le leasing social, les zones à faibles émissions (ZFE) ou encore l'objectif zéro artificialisation nette (ZAN).

Plus récemment, selon une étude publiée en mars 2026 par le Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (Crédoc), l'environnement n'était que l’un des deux principaux sujets de préoccupation pour seulement 21% des sondés, cette inquiétude étant plus vive chez les diplômés du supérieur (29%), les moins de 25 ans (27%), les hauts revenus (26%) et les habitants de l’agglomération parisienne (25%). D'après ce baromètre, les Français étaient plus préoccupés par d'autres problématiques comme la violence et l’insécurité (45%), l’immigration (30%) ou encore la pauvreté (26%).