Pourquoi la sécurité sociale est-elle divisée en différents régimes ?

Les raisons de la division de la sécurité sociale, dès sa création, sont multiples et de natures différentes.

Réticences catégorielles

La première raison réside dans une forte réticence de certains groupes socioprofessionnels (salariés et exploitants agricoles, professions libérales, etc.) à intégrer le même système de protection sociale que les salariés du secteur privé marchand, au risque de leur être assimilés.

Dès lors, disposer d’un régime de protection sociale spécifique permettait à ces catégories d’affirmer leur distinction, et ainsi garantir leur existence en tant que groupe social.

C’est la même logique, cette fois catégorielle, que l’on retrouve en 1947 avec la constitution d’un régime de retraite complémentaire propre aux cadres (l’Association générale des institutions de retraite des cadres - AGIRC). C’est l’occasion d’affirmer l’identité d’une catégorie socioprofessionnelle qui cherche à se différencier des ouvriers, employés ou des contremaîtres.

Régimes préexistants

La deuxième raison se manifeste dans la crainte exprimée par certains secteurs d’activité de perdre les avantages liés à des systèmes antérieurs à celui de la Sécurité sociale.

Le régime des fonctionnaires, celui des mineurs ou des cheminots, par exemple, sont déjà en vigueur avant 1945. Certaines des prestations qu’ils versent sont plus généreuses que celles proposées par le régime général en cours de création. Face à l’incertitude que représente à l’époque la constitution du régime général de Sécurité sociale, sa pérennité, mais également le degré de générosité des prestations qui seront versées, les affiliés aux régimes déjà en place revendiquent leur maintien en marge du régime général naissant.

Cette volonté est entendue par les pouvoirs publics qui garantissent l’existence des régimes spéciaux (plus d’une centaine) par le décret du 8 juin 1946.

Aspects politiques

Fortement soutenue lors de sa création par les partis politiques et les organisations syndicales marqués à gauche, la sécurité sociale a pu servir de repoussoir à des catégories sociales hostiles à la gauche. Dès lors, ne pas appartenir au régime général exprimait un refus d’être dirigé, via la démocratie sociale, par des forces qu’elles percevaient avec suspicion.